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| Sécurité : un chantier pour la République |
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| Écrit par Jean François Pascal | |||||
| 25-11-2007 | |||||
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L’insécurité est d’abord une réalité pour les plus démunis et les plus exposés. La sécurité, première des libertés, est un droit, un bien public qui doit être partagé par tous.
Une politique de sécurité publique est donc nécessaire. Comment la rendre légitime et efficace ? En jouant à la fois sur le temps court de la sanction et sur le temps long de l’action préventive. Soyons tout aussi durs avec l’insécurité qu’avec les causes de l’insécurité !
Nous avons besoin de la mobilisation des services publics, de politiques économiques, sociales et éducatives adaptées au traitement des causes de la délinquance. Ces politiques sont nécessaires mais non suffisantes. Car nous ne devons pas pour autant détourner les yeux, nier l’importance prise par les incivilités et les actes de violence, émanant notamment des mineurs. Osons nommer la réalité des violences, osons assumer la nécessité des règles, l’existence de contraintes, la possibilité et la réalité de sanctions !
Les discours purement compassionnels et sociologiques ne tiennent pas. Ni à l’épreuve des faits : le travail sur les causes ne peut se substituer à la gestion des effets. Ni à l’épreuve des principes : il n’y a pas de liberté sans règles structurantes et responsabilisation individuelle. En ce sens les mesures alternatives à la prison méritent d’être expérimentées lorsque les systèmes d’encadrement ont pour objectif l’insertion et le ré-apprentissage de la citoyenneté. La mise sous tutelle des allocations familiales peut être légitime si, et seulement si, elle est employée dans une logique éducative en lien notamment avec les Maisons des parents. Les internats scolaires de proximité prennent tout leur sens dès lors qu’ils permettent aux parents de continuer à assumer leur responsabilité en relation avec des éducateurs. De même, le dédoublement des collèges à fort effectif ou l’introduction d’un deuxième adulte dans certaines classes, méritent l’attention et montrent la nécessité d’un projet éducatif. Ce qu’a d’ailleurs bien compris Tony Blair, qui appuie sa « société du respect » autant sur des dispositifs de rappel à la règle que sur la forte augmentation des crédits (plus de 900 millions d’euros pour 2006-2007) pour les écoles primaires et secondaires. L’équilibre ainsi trouvé doit être décliné au-delà de la seule lutte contre la délinquance des jeunes. Maintenir l’ordre républicain et assurer la cohésion sociale ne relèvent pas de la déclinaison de postures idéologiques mais d’une action pragmatique soucieuse de justice et d’efficacité. Les élus locaux montrent l’exemple. De nombreuses villes ont développé depuis longtemps la mise en réseau des différents acteurs de la prévention et de la sanction. La ville et les collectivités locales, les représentants de l’État, la police et la justice, l’Éducation nationale, les transporteurs et les bailleurs publics, coopèrent dans le cadre du contrat local de sécurité. Des coordinations territoriales sont organisées, notamment autour des collèges, afin de favoriser les suivis individuels et de traiter en temps réel tous les faits commis. Des actions de médiation impliquant des éducateurs spécialisés et des adultes relais sont conduites. Des Maisons des parents fonctionnent et permettent à une équipe sociale de soutenir et d’accompagner les parents dans l’exercice de leurs fonctions. Des Maisons de la Justice et du Droit assurent une présence judiciaire de proximité tout en proposant des mesures alternatives à la prison, à travers notamment la réparation contractuelle des délits commis. L’aide aux victimes, le développement d’une police de proximité et l’usage centralisé de la vidéosurveillance complètent ces dispositifs. Allons encore plus loin. Donnons au maire plus de pouvoirs, ce qui suppose aussi davantage de moyens assortis d’une réelle égalité territoriale, pour remplir des missions de coordination et d’animation sans le transformer en auxiliaire de justice. Organisons mieux le secret partagé sans aller jusqu’à l’injonction. Luttons contre l’impunité en développant une justice de proximité souple, graduée et réactive sans en appeler à la seule comparution immédiate. Réfléchissons à une réforme de l’ordonnance de 1945 relative à l’enfance délinquante, à la condition non pas de criminaliser toujours plus, mais de responsabiliser en définissant un statut intermédiaire et des réponses graduées. Détectons et traitons les souffrances de l’enfance sans les transformer en éléments déterministes, respectons les actions thérapeutiques sans en faire des instruments répressifs. La politique de sécurité ne doit pas se réduire au contrôle social, elle est au service du « vivre ensemble ». Pour une large part, ces différents leviers pourraient faire consensus. Seul le discours moral, rétif à l’exercice de l’autorité, à la possibilité de la sanction, et le discours martial, opposé à tout traitement social des causes de la délinquance, s’excluent mutuellement. Avant d’être de droite ou de gauche, la sécurité est un défi pour tous les républicains. Elle ne va d’ailleurs pas sans une réflexion sur l’identité nationale, sur la réalité des processus d’intégration et d’insertion, sur nos valeurs partagées et sur l’éducation à la citoyenneté. Nous avons besoin d’un compromis minimal qui, sans effacer les différences, ne remette pas systématiquement en question les orientations fondamentales. Il s’agit là d’un enjeu de cohésion nationale qui mérite que l’on soit capable de dépasser les préoccupations partisanes.
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