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Les jardins de la culture Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par François-Xavier Tramond   
22-12-2007
Les associations sont les mains de notre société qui avance à tâtons.

Les institutions culturelles officielles et subventionnées se régalent et ignorent les associations au ventre vide et aux poches pleines de talents. La vie culturelle dans notre pays est nourrie par ces deux réseaux asymétriques qui aiment à se toiser et à s’ignorer, mais qui ont pleinement conscience qu’une nouvelle saison commence avec de nouveaux acteurs. Ceux d’un autre monde, interdits de résidence sur le territoire de « l’exception culturelle » pendant longtemps, les acteurs de l’économie, de la gestion, de la stratégie, du mécénat d’entreprise.

Organisées, rangées, structurées, les Institutions bénéficient de toute l’attention du jardinier royal, qui préside souverainement au choix, saison après saison, du contenu de son potager, de la couleur de ses massifs et de la taille de son verger.
L’offre culturelle dite « d’excellence », que ne renierait pas André Le Nôtre, organisée par territoire et par discipline, dans une architecture faite d’alignements et d’esthétiques artificielles, met à la disposition du plus grand nombre des jardins royaux hors de prix. Mais le peuple ne s’y plait pas et les jardins n’ont que leurs ouvriers et les courtisans pour visiteurs.

Les associations, moins apprivoisées et plus ingénues, grimpent de manière désorganisée le long des murs des jardins clos, poussent follement au milieu des contre-allées du potager ou plus souvent, préférant la liberté à la sécurité et poussées par leur audace et leur ambition, vont coloniser les grands espaces, les nouveaux territoires, les friches, pour y trouver leur terrain de jeu et d’épanouissement. Les associations ont su coloniser de nouveaux espaces, s’adapter à des environnements hostiles, inventer des formes nouvelles. La nomenclature par territoire et discipline du Ministère est bouleversée. Ces structures ne répondent qu’à l’énergie vitale et à la nécessité créatrice. Elles sont une expression criante de la diversité de notre société.

Le tissu associatif, dans nos quartiers difficiles, fait un travail de fond remarquable et exemplaire, sur le plan culturel et social. Les acteurs de terrain ont compris la force et la pertinence du lien qui unit création et apaisement : l’acte de création génère de la paix intérieure et par conséquent de la liberté. Les adolescents en paix avec eux même sont des jeunes libres et à l’écoute des autres.

Ces associations se développent sur des terrains arides d’aides financières. Néanmoins la richesse et le potentiel de ce réseau informel n’ont pas échappés aux mécènes que sont aujourd’hui les entreprises. Ces dernières, désireuses de s’engager dans des actions d’intérêt général, deviennent progressivement les nouveaux partenaires de la vie culturelle et sociale. Les associations de terrain sont en prise directe avec la société dans de nombreux domaines où l’entreprise n’a pas toujours les bons repères. Elles peuvent anticiper des situations sociales de crise ou de changement que ne verront pas immédiatement les entreprises.
Elles sont les mains de notre société qui avance à tâtons.

L’Etat a renoncé à son « droit régalien » du financement de la culture une nuit d’août 2003, en adoptant une loi sur le mécénat, le jardinier a renoncé à son rêve de « grand horloger » de la Culture. Cette loi redessine les canaux de la redistribution, elle est une chance pour les associations, les institutions et les entreprises, elle donne à la vie culturelle française un nouveau souffle.
Cependant un travail de pédagogie, tant du coté des bailleurs de fonds que des acteurs culturels et des créateurs, est primordial afin de parvenir à construire des partenariats équilibrés et efficients.
La « diversité » culturelle existant sur notre territoire est probablement beaucoup plus significative de l’exception culturelle française que ne l’est l’offre culturelle dite « d’excellence » du Ministère. Les structures de diffusion formidables, financées par l’Etat et les collectivités locales, doivent s’ouvrir pleinement et sans pudeur à la pollinisation des associations. Une fécondation
remplie d’espoir pour l’avenir.

 

François-Xavier Tramond
Consultant en mécénat culturel
Enseignant à Sciences Po Paris
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