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Les ambiguïtés de la politique de l’immigration Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Simon-Pierre Trezeguet   
20-02-2008

Ce qui est remarquable dans la politique menée par Brice Hortefeux et ses équipes, c’est qu’elle cherche à être beaucoup plus équilibrée que les médias ne le laissent penser.  Elle est aussi pensée dans une globalité plus pertinente que les politiques précédentes.  Immigration, Intégration, Co-développement.  Ces trois sujets sont intimement liés.  C’est le même défi que les pays d’émigration et les pays d’immigration doivent relever ensemble.  Pression démographique, pauvreté et dynamisme d’un côté ; faiblesse démographique, richesse et frilosité de l’autre.  Nous avons tous à gagner aux flux migratoires, à condition que l’intégration réussisse.  Nous avons aussi tous à perdre : dans les pays d’émigration, la fuite des jeunes dynamiques et/ou formés est un obstacle fondamental à leur développement ; dans les pays d’immigration, des flux mal contrôlés nourrissent les filières de travail au noir (et menacent donc l’économie légale), le communautarisme, menacent l’intégration des migrants légaux, conduisent aux amalgames exploités par les populistes, et, in fine développent l’insécurité et le rejet des étrangers.

 C’est bien à ce triptyque que travaillent les équipes de M. Hortefeux.  C’est suffisamment remarquable pour être signalé, et applaudi.

 

Pourtant, la perception  populaire de cette politique est tout autre.  Le débat se cristallise autour de deux sujets sensibles : les tests ADN et les reconduites de clandestins.

 Les tests ADN d’abord.  Dans sa formulation originelle, l’amendement du député Mariani aurait dû être condamné fermement par le gouvernement, en particulier par le Ministre Hortefeux.  Contraire à l’esprit et à la lettre de nos lois, dangereux pour les femmes et enfants concernés, inadapté au problème : pourquoi cet amendement a t-il dû attendre son passage au Sénat pour enfin ressembler à un texte de loi digne ? Ce long silence, voire un soutien tacite, a teinté irrémédiablement la politique migratoire de ce gouvernement.  Que le texte final soit intelligent et juste, utile aussi dans certains cas, ne change rien à l’affaire.  L’introduction de tests ADN dans nos procédures de regroupement familial a été faite pour de mauvaises raisons.  Cette faute originelle sera longue à effacer.

 Les reconduites de clandestins ensuite.  La fermeté vis-à-vis des clandestins est une chance donnée à l’intégration des immigrants légaux.  Il n’est donc pas question ici de remettre en cause le bien-fondé de cette fermeté.  D’ailleurs, c’est un thème défendu de longue date par Jean-Marie Bockel.  Pourtant, la manière dont cette politique est menée pose de vrais problèmes.  Pour les résumer, nous pourrions utiliser cette maxime du management : « on a la performance que l’on mesure ». 

 25 000 reconduites à la frontière par an.  Ce nombre est un slogan politique.  C’est devenu aussi un objectif clé du ministère.  On peut discuter de savoir si c’est, Place Beauveau, l’objectif principal ou pas.  Dans la réalité du terrain, les brigades de gendarmerie, les commissariats de police ont des objectifs chiffrés à tenir.  Et ils adaptent leur comportement pour les tenir.  Lors des contrôles, les forces de l’ordre ciblent d’abord les populations noires, maghrébines et asiatiques.  Pas nécessairement par racisme ni xénophobie, ni délit de faciès.  Simplement parce qu’ils doivent être efficaces, trouver leur quotas, et ils vont donc privilégier les contrôles sur des populations où la probabilité de ‘succès’ est la plus forte.

Vus de la rue, vus par les enfants issus de l’immigration, ces contrôles qui les ciblent eux en priorité quand leurs copains blancs y échappent, sont comme un abaissement de leur citoyenneté.  Ces contrôles les catégorisent comme des citoyens douteux.  Leur multiplication crée une exaspération.  Au-delà de ce problème connu depuis longtemps, on constate que dans leur chasse aux clandestins, les forces de l’ordre en arrivent à s’intéresser (en priorité ?) aux personnes les plus faciles à arrêter, les moins bien organisées pour se cacher. 

On a la performance que l’on mesure.  Alors la police chasse les clandestins. Imaginons maintenant une politique qui dirait « 5000 ateliers clandestins et entreprises travaillant au noir démantelés par an ».  Les forces de l’ordre ne s’occuperaient plus seulement des immigrés illégaux, mais de ceux qui s’enrichissent grâce à une exploitation honteuse des clandestins.

Un autre sujet sensible est celui du regroupement familial et des demandes de cartes de séjour en général.  Il existe un moyen très simple pour diminuer de 10%, voire même de 25%, le nombre de cartes de séjour attribuées par an.  Il suffit de réduire de 10%, voire même de 25%, les horaires d’ouverture des guichets Etrangers des préfectures, ou de supprimer un guichet sur 4. 

Dans la Préfecture de ma ville, on attend un quart d’heure pour faire faire/refaire son permis de conduire, un peu plus d’une heure pour changer sa carte grise.  Tous les matins, près de 150 personnes se pressent dès l’aurore au portail dans une grande cohue pour arriver en bonne position afin d’obtenir un précieux ticket pour le guichet Etrangers.  60 tickets sont distribués chaque jour.  On attend en moyenne 2,5h.  Ceux qui travaillent sont obligés de poser une journée de congés pour renouveler leur carte de séjour.  S’ils ne sont pas dans les 60 premiers, ils devront revenir (après avoir posé une nouvelle journée de congés). 

Je voudrais pour conclure raconter deux anecdotes vraies, dont j’ai été moi-même témoin.  Un matin, une vieille dame, algérienne ou marocaine, demande à son voisin de lui indiquer lorsque son tour viendra.  Elle ne sait pas lire, et comme plusieurs listes d’appel défilent sur le panneau, elle est perdue.  Le monsieur accepte.  L’attente commence.  Le monsieur s’endort et se réveille un numéro trop tard.  Ils vont ensemble, fort poliment, expliquer la situation.  L’employée l’envoie paître car ce n’est pas son problème, et la vieille dame n’a qu’à revenir le lendemain.  L’émotion suscitée dans la salle ne change rien (dans cette Préfecture, le service Etrangers est le service punition pour les fonctionnaires retardataires, ceux qui ne tiennent pas les cadences, ceux qui refusent d’accueillir les usagers, etc.).  L’après-midi est réservé à ceux qui viennent collecter leur carte de séjour.  A 13h30, grand brouhaha.  Ce jour-là, il y a une cinquantaine de personnes.  Les hôtesses d’accueil les informent tout de suite que tout le monde ne pourra pas avoir un ticket.  Le brouhaha devient foire d’empoigne.  Une hôtesse se lève et déclare « du calme, on n’est pas chez les sauvages, on est en France ici ».  Tout est dit.

 La politique menée aujourd’hui est plutôt bonne dans ses principes directeurs.  Mais elle est en partie contredite par la pratique, car les objectifs fixés ne reflètent pas son équilibre.  Au contraire, ils peuvent favoriser un racisme institutionnel qui est le premier obstacle à l’intégration.  On a la performance que l’on mesure.  Le vrai défi de M. Hortefeux, c’est de trouver les indicateurs de performance à l’image de SA politique d’immigration et d’intégration

Commentaires
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mauve sébastien - l'arme du social liberal: l'   | 87.89.40.175 | 23-02-2008 17:46:10
L'équité est un principe social-libéral:
- dire gentiment mais fermement au clandestin qu'il n'est juste qu'il soit regularisé et même s'ils travaillent en France depuis 1000 ans, que ce n'est pas équitable par rapport à ceux qui dorment pendant set jours devant l'ambassade de France pour un hypothétique visa. Que mode de possession ne vaut pas titre.
Qu'être en France, c'est aussi y être légalement.
- Dire à ce qui font les démarches pour obtenir un visa, que l'ambassade de France va changer, se moderniser, un peu comme les Ambassades d'Angletterre ou des pays developpés, qu'elle va étudier les situations avec équité, sur des critères objectivables, et sur lesquels on peut faire fond.
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