- Le vieillissement de la population ne doit pas être uniquement conçu relativement à son coût pour la collectivité. Il est aussi un levier de développement. L’économie de la dépendance constitue un potentiel de création de richesse décisif. Les investissements immobiliers, la création d’infrastructures, le vivier de création d’emplois non délocalisables, le développement technologique au service des personnes âgées sont autant de pistes à creuser et de défis à relever.
- La question du développement du lien social et des relations intergénérationnelles doit également être abordée. La capacité de mobilisation des personnes à la retraite pour des causes aussi diverses que l’insertion sociale et professionnelle, la création artistique, la transmission du patrimoine culturel est un atout formidable à l’heure de la crise des familles et de la ségrégation territoriale.
- Notre objectif est de garantir le respect du choix de la personne âgée, le respect de sa dignité tout au long de son parcours de vie.
- Nous devons rassembler l’ensemble des professionnels qui travaillent autour de ces personnes : secteur sanitaire, secteurs social et médico-social, mais aussi les opérateurs de transport, les bailleurs sociaux et tous les services publics qui font vivre au quotidien le lien social avec les personnes âgées isolées.
Les chantiers de la prise en charge du vieillissement : le pari du développement
*Eléments quantitatifs
La mesure du vieillissement des populations a plusieurs dimensions :
- l’augmentation de la part des personnes de plus de 60 ans dans la population totale ;
- l’augmentation de la capacité de vieillissement des personnes âgées aujourd’hui de plus de 50 ans ;
- l’augmentation continue de l’espérance de vie qui concerne les nouveaux-nés (en France aujourd’hui : 75,9 ans pour les hommes et 83,5 ans pour les femmes).
Les données suivantes donnent la mesure de l’évolution et de son accélération.
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France métropolitaine
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Moins de 20 ans
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20 ans à 59 ans
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60 ans ou plus
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dont 75 ans ou plus
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1901
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34,3
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53,0
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12,7
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2,5
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1950
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30,2
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53,6
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16,2
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3,8
|
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2007
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24,7
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54,0
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21,3
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8,4
|
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2020
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23,7
|
50,1
|
26,2
|
9,1
|
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2050
|
21,9
|
46,2
|
31,9
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15,6
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Source : INSEE
Une conclusion simple : le vieillissement global des populations implique une évolution importante de l’organisation sociale pour assurer la bonne prise en charge de ce phénomène : en tirer partie, non le subir.
Nous nous intéressons ici plus particulièrement à la prise en charge des personnes âgées dépendantes.
*Les secteurs affectés par cette évolution
Potentiellement, l’ensemble des secteurs et des volets de l’organisation sociale subissent l’effet de ce phénomène démographique.
Toutefois, dans certains domaines, les impacts sont plus directs, plus importants et mettent en jeu le rôle des pouvoirs publics en tant que producteurs d’ordre social :
- les retraites ;
- les secteurs de la santé et du médico-social.
Dans une moindre mesure :
- les transports ;
- le logement ;
- les loisirs et le tourisme.
Nous nous intéressons ici plus particulièrement aux questions suivantes : les secteurs de la santé et du médico-social, des transports et du logement.
*Problématique générale
La principale tendance qui détermine les réflexions et diverses propositions d’amélioration de la prise en charges des personnes âgées est l’individualisation de la prise en charge.
Elle a pour principaux corollaires d’envisager le vieillissement des personnes à partir de la notion de « trajectoire », pour éviter les ruptures brutales d’une part ; de faire intervenir des équipes pluridisciplinaires autour des personnes âgées d’autre part.
*Principaux enjeux de ces secteurs par rapport à la prise en charge des personnes âgées
1) Secteur de la santé et du médico-social:
Schématiquement, les dispositifs en faveur des personnes âgées peuvent être aujourd’hui présentés de la manière suivante :
La problématique de ces secteurs est la suivante :
La plupart des départements ont mené une forte politique en faveur du maintien des personnes âgées à domicile pour deux raisons :
- c’est généralement le choix des personnes ;
- le coût du maintien à domicile est estimé comme inférieur à une prise en charge dans un établissement.
Cette politique a eu deux implications principales :
- les personnes sont de plus en plus dépendantes chez elles, d’où une augmentation de la taille des services d’aide à domicile et des coûts de l’APA ;
- les personnes entrent de plus en plus tard dans les anciennes « maisons de retraite » (aujourd’hui EHPAD), donc de plus en plus dépendantes, impliquant une médicalisation accrue de ces établissements et la difficulté d’y maintenir une animation.
Les principaux problèmes aujourd’hui rencontrés sont :
- le manque de coordination entre les deux secteurs, le manque de « filières gériatriques » ainsi que de « réseaux gériatriques » ;
- la difficile anticipation de l’impact de l’accroissement du nombre de personnes dépendantes et de leur niveau de dépendance sur le financement de l’Allocation Personnalisée à l’Autonomie (fin 2006, environ 1 million de bénéficiaires en France et un montant d’environ 4,3 milliards d’euros – source DGCL) ;
- le non-remplacement de médecins généralistes et le manque de spécialistes (gériatres, psychologues, ergothérapeutes, diététiciens) dans de nombreux territoires (les disparités se mesurent à l’intérieur des régions) ;
- la gestion des services des urgences et le gestion des personnes âgées dans les services non gériatriques ;
- l’outil d’évaluation de la dépendance des personnes ne permet de leur affecter le niveau d’aide dont elles ont effectivement besoin qu’imparfaitement ;
- le manque de places en Services de Soins Infirmiers à Domicile et leur inéquitable répartition sur certains territoires.
Par ailleurs, toujours dans le domaine de la santé et de la prise en charge sociale et sanitaire, les points suivants ont déjà fait l’objet de prises de décision politiques mais nécessitent une vigilance particulière :
- la prévention au sens large (prévention des chutes, dénutrition, etc.) ;
- le diagnostic précoce et la bonne prise en charge des personnes atteintes de démence (maladie d’Alzheimer et maladies apparentées). On estime qu’en 2020, plus de 1,2 millions de personnes seront atteintes de démence et qu’en 2040, ce chiffre atteindra plus de 2 millions ;
- la formation continue des personnes intervenant dans les établissements et à domicile.
2) Secteurs du transport et du logement
Problématique spécifique en lien avec les personnes dépendantes :
La politique de maintien à domicile menée par les pouvoirs locaux doit nécessairement s’accompagner d’une amélioration de la qualité des logements d’une part, du développement de transports et de services de proximité d’autre part.
Les principaux problèmes rencontrés aujourd’hui sont :
- l’absence de cofinancement des modes de transport rendant les déplacements essentiels (consultations, etc.) très onéreux pour les personnes isolées en milieu rural ;
- l’inadaptation des transports aux personnes dépendantes (problématique similaire pour les personnes handicapées) ;
- la disparition progressive des services de proximité (services publics et privés) ;
- l’inadaptation des logements au niveau de dépendance des personnes et le manque de cofinancement de travaux dans cette perspective.
D’une manière générale, la prise en charge des personnes âgées est envisagée comme une charge, non comme un levier de développement.
Or, les montants versés en APA, les investissements dans les infrastructures immobilières et de transport ainsi que les emplois de proximité créés constituent des leviers de développement local.
Une politique ambitieuse consisterait à voir le phénomène du vieillissement comme un enjeu de développement. Le caractère international de ce phénomène doit inciter la France à se positionner (ainsi que ses entreprises) comme un leader en la matière.
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