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Les enjeux de la mondialisation Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Administrateur   
20-01-2008

Les échanges commerciaux et culturels entre nations sont extrêmement anciens, peut-être même consubstantiels de l’aventure humaine.  Pour prendre deux exemples, citons les Phéniciens et les Vikings qui ont créé de véritables réseaux commerciaux internationaux.

Ce qui change aujourd’hui, et que le terme ‘mondialisation’ cherche à couvrir, c’est l’augmentation faramineuse à la fois des vitesses de transport  et des volumes transportés pour les marchandises, les passagers, l’information, l’argent, qui remet profondément en cause les modes de pilotage économique et politique de tous les pays.

Certains pays ont su s’y adapter et en ont mieux profité que d’autres.  La résultante de ces adaptations différentes est l’enrichissement formidable d’une partie de la planète, quand une autre partie (malheureusement la plus large) restait dans une grande misère.  Ces inégalités face à l’enrichissement nous interpellent.  Nous ne pouvons délibérément ignorer ceux qui n’ont pas eu notre chance de naître dans le ‘bon’ pays. 

 La première réaction à cette situation, inspirée par la générosité, est le partage des richesses.  Ce partage suit plusieurs canaux : l’aide au développement intergouvernementale, le soutien financier, humain et technique aux ONG qui interviennent dans ces territoires défavorisés (éducation, santé), des taxes internationales (taxe Chirac, taxe Tobin). 

Le constat à dresser aujourd’hui, comme le rappelait Jean-Marie Bockel lors de ces vœux à la presse est que « l’efficacité de l’aide au développement, la nôtre comme celle des autres donateurs, est loin d’être optimale. Inutile de le nier : les résultats de plusieurs décennies d’aide au développement de l’Afrique sont décevants. [… Pourtant,] Avec 100 milliards de dollars par an à l’échelle mondiale, l’aide au développement doit être efficace». 


 

Allons plus loin.  Le partage des richesses est une vision très occidentale du problème.  Pour illustrer ce propos, les immigrés qui viennent dans nos pays ne veulent pas que nous partagions nos richesses avec eux ; ils veulent au contraire produire des richesses et avoir l’opportunité d’accéder à la richesse par leur travail, comme nous.  Le problème n’est donc pas le partage des richesses mais la création d’une situation où chacun sur notre planète a une réelle opportunité de s’enrichir par son travail.  Or, selon le pays où l’on habite, cette opportunité existe ou n’existe pas.  La première vraie question que soulève donc la mondialisation est : pourquoi tel pays a su en tirer partie, quand tel autre n’y est pas parvenu.  C’est en parvenant à résoudre cette question que l’on pourra commencer à résorber les inégalités.  Cette problématique se déroule à deux niveaux : le niveau international, entre pays, et le niveau local, à l’intérieur de chaque pays.

 Au plan international, il est important de rappeler que le sous-développement n’est pas inéluctable.  De nombreux pays ont su relever le défi du développement (Japon, Corée du Sud, Taiwan, Singapour, Chine, Inde).  Tous ces « décollages » ont une origine commune : un pays se développe quand son gouvernement organise la compétitivité de ses territoires.  Tous ces pays ont appliqué globalement les mêmes recettes : une stratégie de développement basée sur l’exploitation d’un avantage compétitif (les bas salaires, la main d’œuvre qualifiée, la qualité de la production, etc.), un mélange très organisé de libéralisme et de dirigisme, une stratégie de positionnement sur la scène économique mondiale, une utilisation pointue des barrières douanières pour accompagner le développement d’industries locales et/ou amortir le choc de l’ouverture au monde, une utilisation raisonnée de l’aide étrangère.

Profiter des opportunités de la mondialisation (et donc augmenter les richesses d’un pays), c’est donc d’abord un problème de gouvernance.  On constate à ce propos que le système politique le plus favorable à une bonne gouvernance économique est la démocratie.  On constate aussi que la corruption a toujours un impact négatif sur la performance économique.  Dernière remarque : le développement ne se nourrit pas de l’aide étrangère, mais des forces internes au pays.  L’aide peut accompagner le développement en permettant à un gouvernement vertueux de financer des infrastructures qui concourront à leur tour au développement du pays.  L’aide peut accélérer le décollage d’un pays en démultipliant les ressources d’un gouvernement. La création de routes, d’hôpitaux, d’école n’amorce pas à elle seule la pompe du développement.

Ces quelques remarques nous donnent des pistes pour travailler à réduire les inégalités : la France doit remettre à plat sa stratégie d’aide au développement à la fois en termes de critères d’éligibilité (la gouvernance des gouvernants devrait être un critère clé de notre aide sachant qu’une bonne gouvernance, ce n’est pas nécessairement le multipartisme ou la démocratie ; c’est d’abord une utilisation raisonnée tant des ressources internes au pays, que des ressources externes comme le rappelait Jean-Marie Bockel) et en termes de programmes éligibles (accès aux soins et à l’éducation, soutien à la création et au développement de l’activité économique par le micro-crédit, mise au point de stratégies de développement par pays, financement de projets d’infrastructure qui s’inscrivent dans l’accompagnement d’une activité économique, mise en place d’un environnement juridique efficient, etc.).  (Remarque : si nous finançons la formation professionnelle dans les pays en développement, et que nous recrutons ensuite les étudiants ainsi formés, nous n’aidons pas le pays en question, mais servons nos propres intérêts.)

 Néanmoins, la mondialisation met les nations en concurrence, de manière féroce.  C’est un état de fait.  On peut le regretter.  On peut rêver à un monde utopique différent.  En l’état actuel, pour réussir le développement, il faut accepter d’entrer dans l’arène de la concurrence mondiale.  Le prix à payer par les populations augmente encore l’exigence par rapport aux politiques, car aucune situation n’est jamais acquise et chaque pays doit travailler à développer de nouveaux avantages compétitifs, à défendre sa place.  L’aspect positif de cela est que ce n’est pas un jeu à somme nulle.  Ce n’est pas une lutte où les places dorées sont limitées.  Grâce à la croissance mondiale, chaque pays peut prétendre devenir riche.  D’ailleurs, l’OCDE s’agrandit presque chaque année.  L’aspect négatif de la mondialisation est qu’à l’intérieur d’un pays, le changement constant pour la quête de nouveaux avantages compétitifs fait peser une forte incertitude sur les travailleurs.  Mais là encore, certains pays s’en sortent mieux que d’autres, et rien n’est inéluctable. C’est, une fois encore, aux politiques de décliner leurs stratégies économiques (agricoles, industrielles ou de services) en termes de formation initiale et continue, de fiscalité incitative, de recherche publique, etc.  Je prendrai un exemple : dans les années 70, la France, comme la Finlande, disposait d’importantes entreprises sidérurgiques et de chantiers navals.  Devant la montée en puissance du Japon puis de la Corée, la France a dépensé sans compter l’argent public pour tenter de maintenir en vie ces activités.  En Finlande, le gouvernement a pris la mesure du défi, compris que seuls les chantiers de haute technicité survivraient.  Décision fut donc prise de miser sur l’électronique.  De vastes plans de formation en ce sens ont accompagné les fermetures d’usine, permettant in fine la naissance de groupes comme Nokia.  Rien n’est inéluctable.  C’est la capacité des politiques à anticiper, organiser la compétitivité des territoires qui fait la différence.

 La mondialisation pose aussi d’autres questions aux nations dans leur ensemble, à résoudre ensemble : régulation financière internationale, gestion des ressources de le Terre, prévention des conflits, etc.  La mondialisation est une chance pour chaque pays qui accepte de la voir comme une opportunité, et dont le gouvernement fait preuve de compétence en organisant le développement compétitif des territoires.

 

Simon-Pierre TREZEGUET

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