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Economies de la connaissance Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Thierry Guillaudeux   
16-11-2008

La crise économique actuelle, sans précédent depuis ces 70 dernières années, frappe aujourd’hui de plein fouet l’ensemble des grandes puissances du monde occidental. Une des raisons majeures de cette crise financière amplifiée largement par une crise de confiance des investisseurs trouve son origine dans le fondement même de notre système économique avec une valeur argent exacerbée allant jusqu’à l’émergence de produits financiers de valeurs virtuelles.

Il est temps aujourd’hui de revenir à des principes et des fondements beaucoup plus sains, revenir aux bases économiques fondamentales qui associent tout produit financier à un produit matériel ou intellectuel.

Or, dans ces valeurs fondamentales, les Sciences et Technologies jouent un rôle de tout premier ordre dans la prospérité de nos économies. Malheureusement et tout particulièrement en France, les politiques de ces 2 dernières décennies n’ont pas pris suffisamment conscience de cet enjeu. Il ne prend néanmoins que quelques minutes de réflexion pour s’apercevoir que notre vie quotidienne est tributaire d’un grand nombre d’inventions et innovations techniques ou scientifiques ; que ce soit pour l’ensemble des aliments que nous consommons chaque jour avec les procédés de contrôle qualité associés, pour notre santé, pour nos habitations, pour nos transports ou encore pour nos systèmes de communication. En outre, les sciences sont aussi au cœur des solutions que nous devons dès aujourd’hui apporter aux grands défis de notre siècle tels que le réchauffement climatique, la surpopulation dans le monde et les problèmes de nutrition et de santé qui y sont associés ou encore l’énergie. Ce sont elles qui ont en effet permis d’alerter le monde de la véracité de ce réchauffement planétaire et ce sont elles qui apporteront les solutions de demain en inventant de nouvelles formes d’énergies non polluantes et des procédés de recyclage systématique. Ce sont elles qui apporteront les solutions au problème de surpopulation en permettant le contrôle des naissances, mais également en permettant le développement de nouvelles approches de productions agricoles. Ce sont elles aussi qui permettent d’alerter des pandémies ou des nouveaux problèmes de santé publique et qui apportent des solutions à ces fléaux et la liste est encore longue.

 

Au delà de ces valeurs fondamentales auxquelles les sciences et technologies permettent de répondre, elles sont aussi les moteurs d’une économie florissante et prospère. Elles représentent l’essentiel des productions de richesses d’un pays. Les sciences et technologies sont aussi importantes dans le développement des petites comme des grandes entreprises. Or, les retards accumulés par la France dans ces secteurs sont considérables et plus particulièrement pour les PME. En effet, si les politiques de ces trente dernières années ont permis de maintenir une dynamique de développement des grands groupes technologiques et industriels, elles ont malheureusement négligé le soutien capital qu’il fallait apporter aux PME, structures qui sont pourtant aux cœur de la créativité, de l’invention, de l’innovation industrielle et de la prospérité économique des générations futures. La création des pôles de compétitivité, par exemple, en a été une parfaite démonstration, puisque ces structures ont été principalement profitables aux grands groupes industriels déjà existants, ne facilitant pas vraiment l’émergence de nouvelles PME à fortes valeurs ajoutées. Après un tel constat, il semble heureusement que la deuxième phase de la politique des pôles de compétitivité lancée cet automne veuille favoriser l’accompagnement des PME innovantes dans leur croissance et leur intégration dans ces pôles structurés, afin de favoriser l’innovation et la compétitivité.

 

La dégradation des secteurs scientifiques et technologiques s’est produite de manière progressive et pernicieuse, sans jamais vraiment alerter l’opinion publique et ceci par manque de réelle volonté politique de la part de nos dirigeants, préférant souvent gérer les problèmes à court terme que d’avoir une réelle vision d’avenir et ambitieuse pour notre pays. Cette situation a conduit d’une part à une lente mais certaine dégradation des infrastructures de l’enseignement supérieur et de la recherche en France, d’autre part à la dévalorisation financière et matérielle des métiers de chercheurs et enseignants-chercheurs et enfin à freiner voir empêcher la valorisation des découvertes et la genèse de liens possibles entre l’université et l’entreprise. Cet état de fait a été largement amplifié dans notre pays par deux éléments importants, tout d’abord par une ancienne génération de chercheurs et enseignants-chercheurs absolument hostiles au monde de l’entreprise et aux principes de valorisation des découvertes, puis par nos concitoyens qui ont souvent et surtout au cours de cette dernière décennie associé progrès scientifiques et techniques à nuisances environnementales et sociétales plutôt qu’à progrès économiques et sociaux, connaissance de l’homme et du monde qui l’entoure.

Cette situation a conduit toute une nouvelle génération d’étudiantes et étudiants à se détourner des carrières scientifiques et à ceci s’est ajouté la fuite des scientifiques formés en France dans d’autres pays leur offrant de bien meilleures conditions de travail et de rémunérations et des partenariats « public privé » largement facilités contribuant d’une part à l’ouverture des carrières et d’autre part à la valorisation des connaissances.

 

Même si, ne nous le cachons pas, le constat réel qui vient d’être dressé est alarmant pour la prospérité de l’économie de la connaissance mais aussi de l’ensemble de l’économie en France, une lueur d’espoir vient d’être apportée par notre Ministre de l’éducation supérieure et de la recherche qui a enfin compris que le salut de notre pays et de son économie trouvait sa source dans un enseignement de très haut niveau et de qualité ainsi que dans sa recherche et la valorisation de cette recherche. Avec tout d’abord un plan « campus » ambitieux donnant l’autonomie de gestion aux Universités avec pour ambition particulière de contribuer à leur rayonnement scientifique, une réforme des systèmes d’aides sociales pour les étudiants afin de permettre l’accès des meilleurs quelque soit leurs origines sociales et culturelles à ces carrières de prestige, le plan « licence » afin de favoriser dès les premières années universitaires les liens entre étudiants et monde de l’entreprise et enfin et surtout le plan « carrière » pour promouvoir l'attractivité des métiers et des carrières dans l'enseignement supérieur et la recherche. Il était en effet plus que temps de redonner de la dimension à nos universités et de les replacer au cœur de notre société, de donner à nos meilleurs chercheurs l’envie de revenir s’installer dans les meilleurs conditions matérielles et financières dans notre pays, de promouvoir les carrières des scientifiques déjà en poste et qui font très souvent et en toute discrétion un travail remarquable sans véritablement être gratifiés pour cela, mais aussi d’attirer les meilleurs chercheurs de toute nationalité.

Ces reformes vont enfin permettre de redonner à nos chercheurs, professeurs et ingénieurs la place qu’ils avaient su prendre au cours du 19ème et début du 20ème siècle et qui avait largement contribuée à la reconnaissance et au succès de notre pays. Elles devraient ainsi permettre de replacer la connaissance et l’innovation au cœur de notre société et de notre économie, de rapprocher l’entreprise privée et la recherche publique et de relancer la France dans la compétition internationale.

 

Il est donc aujourd’hui impératif de réagir, de soutenir les premiers efforts entrepris, de renforcer de manière très concrète et pas seulement avec des mots l’attractivité de ces carrières et de ces secteurs économiques, de poursuivre la démarche de réforme engagée par notre Ministre Mme Pecresse et même aller bien au delà.

Il ne faut en effet pas avoir peur d’injecter massivement de l’argent neuf, même en cette période de crise et de restriction budgétaire pour valoriser à leur juste mesure les métiers de nos savants, de leur assurer une pérennité d’emploi seule garante d’une recherche de haut niveau et de financer convenablement cette recherche de pointe qui coûte cher. Il faut également largement faciliter la valorisation des inventions et des innovations, non pas en créant de nouvelles cellules de valorisation qui existent déjà aujourd’hui et dont l’efficacité reste d’ailleurs largement à améliorer, mais plutôt en inventant de nouveaux liens encore trop souvent inexistantes entre grandes écoles de commerce et de management et recherche académique afin d’identifier les découvertes ou procédés pouvant être valorisés et qui bien souvent malheureusement sommeil dans les tiroirs de bon nombre de nos laboratoires académiques. Or, ces projets de valorisation pour qu’ils aient un jour la chance d’arriver à maturité nécessitent l’aide de professionnels de la finance et du secteur économique. La création d’entreprises de haute technologie ne doit pas être du seul ressort de nos chercheurs. Ces sociétés ne peuvent être viables que par l’association d’un savant mélange de managers économiques et de scientifiques assurant la gouvernance dans les conseils d’administration.

Enfin, les entreprises de hautes technologies sont des sociétés ayant un potentiel à forte valeur ajoutée mais elles présentent également bien évidemment des risques pour les investisseurs. Par conséquent, la France et l’Europe doivent appréhender cette culture du risque. Des fonds d’investissement aussi bien privés que publics capables d’appréhender réellement cette notion de risque doivent enfin se créer et non pas rester de pâles copies de leurs homologues anglo-saxons. Les personnes gérant ces fonds doivent comprendre que lorsque l’on investit sur dix entreprises de ces secteurs une seule peut être rencontrera le succès, mais un succès tel qu’il permettra de couvrir et de largement dépasser les pertes engagées pour les neufs autres qui auront peut être échoué. Il est a noté que ces risques sont en France d’autant plus limités pour les investisseurs que parmi les excellentes mesures récentes prises par le gouvernement, notre pays à fait le choix de stimuler la fiscalité de ces entreprises de hautes technologie en créant un des meilleurs dispositifs de soutien à la recherche et développement des pays industrialisés par le biais du crédit « impôt recherche ».

Enfin, le succès de ces entreprises de pointe réside dans l’investissement complet de ses cadres qualifiés, or les finances de ces entreprises en début de création ne permettent souvent pas de rémunérer les personnes aux niveaux qu’ils devraient être en mesure d’exiger, compte tenu de leur formation et de leur expérience. Aussi, les incitations par des « stock-options » ne doivent pas être revues à la baisse, mais bien au contraire renforcées pour permettre à ces femmes et à ces hommes de sciences mais aussi aux managers de ces entreprises de pouvoir voir un jour un vrai retour sur investissement, en cas de succès de leur projet, des efforts importants qu’ils auront pu avoir consentis. Seules ces mesures concrètes permettront d’inciter véritablement à la valorisation de la recherche dans notre pays. N’oublions jamais les exemples de nos amis américains qui alors qu’ils étaient hier ou sont encore aujourd’hui dans la tourmente économique ont su et savent encore massivement soutenir ces économies de la connaissance ; ça a été le cas par exemple pour la Silicon Valley en Californie ou la ville de Seattle dans les année 1980 qui ont su soutenir très fortement les Technologies de l’Information et de la Communication ainsi que les Biotechnologies et c’est aujourd’hui vrai pour Boston et l’état du Massachusetts pour les industries des mêmes secteurs économiques. Regardons également avec attention ce qui se passe aujourd’hui dans de grands pays comme l’Inde et la Chine qui investissent également massivement dans ces secteurs et ces investissements auront des répercussions très importantes dans l’économie mondiale des dix prochaines années.

Aussi nous ne nous pouvons plus nous permettre de manquer ce nouveau virage aussi bien en France qu’en Europe, c’est pourquoi nous devons miser sur ces secteurs pour miser sur notre avenir.

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