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| L'entreprise responsable : un nouveau chantier pour la gauche |
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| Écrit par François Moulère | |||||
| 25-11-2007 | |||||
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La gauche a longtemps perçu – et continue pour une partie de percevoir – l’entreprise comme un lieu de captation de richesses par une classe au détriment d’une autre, cette dernière étant exploitée voire aliénée. La gauche, dans les textes, au pouvoir ou dans la rue, a donc légitimement cherché à développer des contre-pouvoirs à la classe patronale (pouvoir législatif via la définition et le développement du droit du travail, organisations syndicales pour le compléter et le faire respecter, puissance publique pour contrôler son application).
La gauche a longtemps perçu – et continue pour une partie de percevoir – l’entreprise comme un lieu de captation de richesses par une classe au détriment d’une autre, cette dernière étant exploitée voire aliénée. La gauche, dans les textes, au pouvoir ou dans la rue, a donc légitimement cherché à développer des contre-pouvoirs à la classe patronale (pouvoir législatif via la définition et le développement du droit du travail, organisations syndicales pour le compléter et le faire respecter, puissance publique pour contrôler son application).
La question du droit du travail et des avantages pour les salariés et employés constitue toujours un combat important de la gauche, notamment dans le contexte de précarisation croissante des emplois créés et du partage de la valeur ajoutée au profit du capital depuis 20 ans. La grille de lecture précédente ne permet cependant pas de rendre entièrement compte du rôle actuel de l’entreprise dans la société. L’entreprise doit être abordée autrement car son rôle, et donc sa responsabilité, ont évolué. Un certain nombre de forces ont déterminé cette évolution, parmi lesquelles, en simplifiant : - L’autonomisation croissante des entreprises vis-à-vis des pouvoirs publics (diminution des moyens d’action de la puissance publique sur l’économie) - La globalisation : - Extension des capacités et de la rapidité d’allocation des ressources financières ainsi que multiplication des lieux possibles d’allocation de ces ressources ; - Déploiement, dans de nombreux pays, des principes fondamentaux du néolibéralisme économique ; - Systématisation des risques, conséquence de l’interdépendance des économies, et diffusion de principes prudentiels et de gouvernance. - Le développement technologique : développement des outils (au sens large : outils et composants) de communication et de transport, des nanotechnologies et, à venir, des biotechnologies, secteurs très fortement créateurs de valeur ajoutée, nécessitant d’importants investissements et objet de fortes concurrences. Si les firmes multinationales sont à l’évidence les plus directement soumises à ces forces, l’impact de ces dernières se fait de plus en plus net pour les entreprises de taille plus modeste, même limitées au marché national. La concurrence internationale sur des segments à valeur ajoutée croissante – et l’un de ses corollaires, la délocalisation des activités fortement concurrencées – ne font que commencer. Plus d’autonomie donc, dans un contexte plus fortement concurrentiel (international) et marqué par une montée en gamme des productions (avec une transformation conjointe des modes de travail). L’entreprise a ainsi à la fois plus de pouvoir mais aussi plus de contraintes. C’est en particulier sur ces dernières que, par exemple, le discours des syndicats patronaux est focalisé de manière à réclamer une plus grande liberté d’action dans le contexte de pression concurrentielle. L’idée pour une gauche réformiste ne doit alors pas consister à refuser d’emblée ce discours ni à entraver ces demandes mais à conditionner – très naturellement – la liberté à la responsabilité. Pour ce faire, il s’agit de passer à une logique où l’entreprise est partenaire et non pas concurrente, acteur responsable et non seulement objet de réglementation. Synthèse : • La manière dont la gauche envisage l’entreprise n’est pas obsolète mais incomplète. • L’évolution des rapports de force, la mondialisation et les défis globaux à venir doivent inciter la gauche à faire des entreprises des acteurs plus responsables. • La gauche ne doit pas s’opposer aux entreprises mais les inciter et les accompagner à la responsabilisation. Qu’est-ce à dire, concrètement ? • L’entreprise est un acteur responsable L’entreprise est par nature productrice. Cette production implique de nombreuses parties prenantes qui participent à la production et/ou sont affectées (positivement ou négativement) par cette production (les salariés, mais aussi les consommateurs, les investisseurs voire les riverains, etc.). Une politique de gauche réformiste pourrait ainsi chercher à identifier l’ensemble des impacts liés à l’action de l’entreprise, que ces effets soient sociaux, sociétaux ou environnementaux. Il s’agirait ainsi par exemple d’identifier systématiquement les externalités négatives issues de l’action d’une entreprise et de réfléchir à la manière dont ces externalités devraient / pourraient être « internalisées » par l’entreprise (lui en faire porter la responsabilité). Il s’agit donc bien de considérer l’entreprise comme un acteur à part entière de la société et de la rendre responsable de ses actions et de leurs effets. L’entreprise est à l’heure actuelle largement considérée à gauche comme un lieu de création de richesses – d’où son caractère de pourvoyeur de deniers publics – et comme un lieu de relations de travail entre des salariés et des patrons – d’où le développement du droit du travail. Ces deux axes sont légitimes, mais la présence de l’entreprise se manifeste à travers de nombreux autres aspects (toutes externalités négatives et positives). Or l’intégration de nouveaux axes de réflexion dans la manière de concevoir l’entreprise peut amener à des évolutions réglementaires dont une gauche moderne ne doit aucunement préjuger négativement si elle veut être honnête. • Les responsabilités de l’entreprise : Exemples : Elle est un vecteur important d’insertion sociale et porte une responsabilité dans la libre accession et le juste traitement des diverses composantes de la société française (place des femmes, des minorités, des handicapés, etc.). Elle est un fort producteur d’externalités environnementales – via son processus de production notamment, compris au sens large (par exemple, responsabilité vis-à-vis des fournisseurs, etc.). Ces exemples sont bien sûr à différencier en fonction de la taille des entreprises, de leurs secteurs d’activités, de leurs types et modalités de production. • Une responsabilisation créatrice de performance économique, sociale et environnementale Trois avantages principaux grâce à cette manière d’appréhender l’entreprise : a. Un système assurant des bénéfices réciproques à toutes les parties : Cette approche est fondée sur la théorie du développement durable dont les prémisses semblent évidents tant ils sont justes : un acteur, quel qu’il soit ne peut prospérer à long terme s’il ne garantit pas la qualité de son environnement (au sens « écosystème » et au sens « humain »). Les entreprises, comme tout acteur, fonctionnent mieux si toutes les conditions, environnementales, sociétales et sociales sont bonnes. Il ne s’agit donc pas, à l’heure des défis globaux, et de l’innovation comme facteur-clé de compétitivité, de jouer les uns contre les autres mais bien les uns avec les autres. b. Une capacité d’action des pouvoirs publics renouvelée : Les terrains d’action des pouvoirs publics ne sont plus seulement l’élaboration et le contrôle du respect du droit du travail d’une part et la fixation des taux de prélèvements obligatoires d’autre part. Il s’agit d’agir aussi par exemple via la commande publique, qui peut intégrer dans ses cahiers des charges des clauses relatives à la manière dont l’entreprise internalise les externalités liées à son activité (pollution, nuisances, etc.), via les fonds d’investissement (facilitation des placements financiers vers les entreprises respectant un certain nombre de critères sociaux et environnementaux), etc. L’action des pouvoirs publics a un impact sur la manière dont l’entreprise prend ses décisions (incitation fiscale ou imposition réglementaire à la tenue de « conférences de parties prenantes » où toutes les parties prenantes d’une entreprise sont réunies pour donner leur point de vue sur la stratégie d’une entreprise). Enfin, l’émergence des consommateurs comme force de pression sur les entreprises doit pouvoir être utilisée dans une démarche de promotion des comportements « socio » et « éco-responsables » (soutien et reconnaissance des associations, développement des labels, etc.). Tous ces exemples sont déjà mis en place par certaines collectivités et entreprises pionnières : il s’agit de s’en inspirer et d’utiliser les leviers pertinents pour les systématiser. c. Un dialogue plus serein avec les représentants des syndicats d’entreprise et un dialogue social plus efficace repose notamment sur les principes d’action suivants : • Aucun acteur, et notamment aucune entreprise, ne peut se développer durablement dans un environnement déséquilibré ou hostile. • Les principes du développement durable et les principes d’un libéralisme maîtrisé font de l’entreprise un acteur responsable de ses actions et des effets de ses actions. • Il s’agit de rendre l’entreprise responsable des externalités qu’elle produit. • Une entreprise responsable est une entreprise performante sur le plan économique car elle assure les conditions de son développement futur. • La responsabilisation des entreprises par les pouvoirs publics est un dispositif gagnant / gagnant. • En complétant leur manière d’appréhender l’entreprise, les pouvoirs publics étendent leur capacité d’action sur elle.
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