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| Écrit par Alexandra Mallen-Trentinella | |||||
| 25-11-2007 | |||||
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La mondialisation n’est pas un phénomène nouveau. Nous pouvons même dire que la « première mondialisation » débute il y a 500 ans, par la découverte de l’Amérique. La « seconde mondialisation », si l’on peut dire, a lieu au XIXe siècle, avec l’industrialisation des grandes nations européennes. Enfin, la « troisième mondialisation », dans laquelle nous vivons aujourd’hui, s’accélère dès les années 1970-1980 : nous observons alors une forte tendance des économies nationales à l’internationalisation. Cette mondialisation concerne les biens, les services, les capitaux et les hommes.
Aujourd’hui, la mondialisation est soit décriée, soit considérée comme inéluctable. Elle a donné naissance à de véritables mouvements sociaux que nous n’étudierons pas ici. En outre, même en dehors de ces mouvements structurés, certaines revendications, dans les pays développés, ont porté sur des mesures protectionnistes afin d’atténuer les effets pervers de la mondialisation.
À l’autre extrême, la mondialisation est parée de toutes les vertus et est synonyme d’ouverture, de création de richesse et de modernité. Notre but ici n’est nullement de trancher entre ces deux conceptions mais de prendre en compte un certain nombre de faits, d’aller au-delà des lieux communs et des détours faciles et de proposer des solutions aux problèmes pointés. Quels sont ces problèmes ? Nous pouvons en discerner au moins deux : 1) Comme l’énonce l’économiste Amartya Sen , prix Nobel en 1998 : « Les doutes émis sur l’ordre économique mondial, qui vont bien au-delà des manifestations organisées, sont à considérer à la lumière à la fois de la misère immense et de la prospérité sans précédent que connaît le monde. Car même si ce monde est incomparablement plus riche qu’il ne l’a jamais été, c’est aussi le lieu de privations extrêmes et de saisissantes inégalités ». Le premier problème de la mondialisation serait alors celui des inégalités : économiques mais aussi sociales et politiques. La question est alors celle du partage des bénéfices de la mondialisation, à la fois entre les pays, et à l’intérieur de ces derniers. À ce titre, la mondialisation illustre bien la difficulté, mais aussi l’importance, de concilier un certain libéralisme économique, créateur de richesse, mais ambivalent s’il n’est pas accompagné de régulations permettant une redistribution équitable des richesses. Mais au-delà de ces mécanismes de régulation, il s’agit également de mettre en place des procédés, institutionnels et politiques, permettant à chacun de tirer les bénéfices de cette mondialisation. En effet, ce que l’on observe souvent, c’est que certaines populations ne tirent pas de bénéfice de la mondialisation car le système institutionnel du pays où elles vivent ne leur permettent pas de bénéficier des fruits de la mondialisation. Comment profiter de la mondialisation quand les droits de propriété sont foncièrement inégalitaires ? Quand l’égalité hommes-femmes n’existe même pas en droit ? Quand le système politique est corrompu et/ou non démocratique ? 2) Le second problème de la mondialisation serait celui de la perception que nous en avons. Comme le montre Daniel Cohen dans son ouvrage La mondialisation et ses ennemis : « La mondialisation aujourd’hui se distingue en effet radicalement des précédentes sur un point essentiel. Elle rend difficile d’en devenir acteur et facile d’en être spectateur. (…) La nouvelle économie mondiale crée un divorce inédit entre l’attente qu’elle fait naître et la réalité qu’elle fait advenir. Jamais, par le passé, les moyens de communication, les médias, n’avaient forgé un telle conscience planétaire ; jamais les forces économiques n’avaient été autant en retard sur celles-ci » . À partir de cette affirmation, nous pouvons dire que tout l’enjeu consiste alors à rendre chaque citoyen pleinement acteur de la mondialisation afin que cette dernière ne soit pas vécue dans la passivité ou l’opposition frontale. Quelles solutions apporter ? Il s’agit de prendre en compte tous les acteurs concernés, à savoir : États, institutions internationales mais aussi ONG et entreprises, et cela, afin d’impliquer les citoyens dans une mondialisation juste. 1) Réformer les institutions internationales : le FMI, la Banque mondiale et l’OMC sont des institutions et organisations issues majoritairement des années 45-50, après la seconde Guerre Mondiale. Depuis cette époque, le monde a changé : décolonisation, consolidation puis chute du communisme… On ne peut plus réguler la mondialisation d’aujourd’hui avec les outils d’hier. Au-delà de réformes structurelles, ces institutions gagneraient également à acquérir une plus grande légitimité populaire. Faire mieux comprendre comment elles fonctionnent permettrait à chaque citoyen de changer le regard qu’il poste sur la mondialisation. 2) Créer une taxe mondiale contre la pauvreté qui pourrait financer l’aide au développement. Elle pourrait par exemple être prélevée sur les flux financiers. 3) Donner un rôle plus important aux ONG, associations et syndicats. En particulier, ces derniers peuvent jouer un rôle important en mettant en place des mécanismes favorisant l’initiative individuelle (micro-crédits) ou en palliant, du moins temporairement, certaines insuffisances étatiques (notamment en matière d’éducation et d’accès à la santé). À ce titre, les ONG, associations et syndicats doivent devenir des interlocuteurs véritables des États et institutions internationales. 4) Les entreprises doivent également avoir leur rôle à jouer, et pas seulement en créant de la richesse. L’entreprise peut passer du principe de share holder (propriété des actionnaires) à celui du stake holder (communauté humaine œuvrant dans l’intérêt de tous les publics auquel elle s’adresse : actionnaires, consommateurs, leaders d’opinion…). Cette transformation peut ne pas se faire de manière autoritaire dans la mesure où dans un monde constamment médiatisé, les entreprises savent que leurs bénéfices et bonne santé financière dépendent tout autant de la qualité de leur production que de l’image qu’elles donnent. 5) Les États doivent mettre en œuvre un certain nombre de réformes institutionnelles (démocratie réelle) et de politiques publiques (santé, éducation). 6) Réorienter la construction européenne en direction d’une meilleure prise en compte des défis de la mondialisation, à la fois à l’intérieur des frontières de l’Union (redistribution équitable des groupes ne tirant pas bénéfice de la mondialisation) et hors de ces frontières. En conclusion, la mondialisation peut devenir un bien pour tous en agissant à différents niveaux : internationaux, locaux et nationaux.
(1) Sen, Amartya, « Dix vérités sur la mondialisation », Le Monde, 18 juillet 2001.
(2) Cohen, Daniel, La mondialisation et ses ennemis, Hachette Littératures, Paris, 2004. (3) Ibid., p. 17
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