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Le juge et la membrane Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Francine Girond   
02-06-2008

Un juge du tribunal de Lille a annulé un mariage, en avril dernier : l’épouse avait menti sur une « qualité essentielle. »

En effet, le soir de leurs noces, le 8 juillet 2006, l’homme - la victime - avait découvert que sa femme n’était plus vierge, alors qu’elle l’avait assuré de sa chasteté.

Elle avait donc menti sur son intégrité physique comme sur sa vie intime d’antan.

L’avocat du plaignant, Me Xavier Labbée justifie cette annulation, qui revient à considérer que le mariage n’a pas eu lieu : « Le divorce sanctionne un manquement aux obligations issues du mariage (…) Ici, il y a un vice dès le départ. » (AFP) 

Cette affaire qui bouscule, a cependant la vertu de faire réagir les différentes tendances politiques dans le même sens. Elle place aussi le citoyen devant une certitude et devant un doute...

La certitude que, maintenant, pour un prochain mariage, la jeune femme ne sera définitivement plus vierge, puisque son intimité a été dévoilée urbi et orbi.

Le doute devant l’interprétation contemporaine d’un article assez ancien du Code civil (1804 ?), où il est question de rupture de confiance entre les époux et d’union contractée sous l’emprise d’une erreur objective.

Et surtout le questionnement sur les solutions à apporter à ce type de litige, au sein de notre démocratie, respectueuse des droits de l’homme et de la femme, de l’égalité entre les sexes et de la laïcité.

Parce que derrière le choc juridique, et le risque de jurisprudence, se profilent d’autres malaises, d’autres décisions à prendre avec courage, qui sont de l’ordre de l’éthique.

 

Or la première difficulté surgit au moment de définir le terrain de la réflexion.

S’agit-il d’une interférence avec le religieux ?

Ici les deux époux sont musulmans et le verdict de la justices lilloise a été comparé à une sentence digne de la charia.

Mais les islamologues assurent que l’obligation de virginité n’est pas inscrite dans le Coran… bien que l’on n’ignore pas la coutume. Et il est bien compliqué de ne pas tomber dans le même piège que celui du voile islamique, qui est d’ailleurs avant tout un signe politique et moins religieux. Mais la loi sur tous les « signes » à l’école interdit cette nuance.

La plainte ne fait pas état d’un manquement religieux : toute son ambiguïté réside dans l’acceptation d’un postulat de départ : la recevabilité du motif de la virginité ressentie comme une qualité essentielle.

La preuve que cette condition avait de l’importance pour l’un, que l’autre le savait et n’a pas dit la vérité, a été entendue.

Mais a-t-on évoqué le problème de la nature du mensonge ? de la qualité de l’aveu de la jeune femme ? Aurait-elle été contrainte ?

 

S’agit-il de morale conjugale? Sera-t-il alors usuel d’ester en justice à chaque coup de canif aux promesses primordiales ?

Il n’est pas insensé d’imaginer que les prétoires afficheront vite « complet » devant la recrudescence d’accusés qui avaient toujours juré fidélité éternelle et dont cet engagement, avant l’hyménée, tenait moins de la qualité essentielle que du pléonasme…

 

Doit-on se placer sur le,plan de la lutte contre les discriminations et des droits de la femme ?

Cette affaire révèle un terrible fait de société, qui n’est hélas pas nouveau : celui de la pratique par des chirurgiens de la reconstitution de l’hymen.

Sans même évoquer les tarifs parfois prohibitifs de certains praticiens, nous devons prendre position sur la nature de l’acte en soi.

Sans vouloir comparer cette opération, qui a seulement les apparences d’une « reconstruction », à l’horreur et aux conséquences de l’excision, il faut néanmoins prendre conscience de la profondeur de sa valeur, et de sa douleur, symboliques.

Outre qu’il dérive de pressions familiales, culturelles et communautaires, il demeure une marque d’humiliation et d’intrusion au cœur de l’intime même de la femme, et seulement de la femme.

 

Parce que, finalement, sur le plan juridique, la vérification de cette « qualité essentielle » est seulement valable pour la femme, et donc discriminatoire. Alors que la question peut être examinée en toute parité, qu’il s’agisse de santé mentale ou de casier judiciaire, comme cela arrive le plus fréquemment.

 

C’est bien d’éthique qu’il faudra se munir afin de protéger les citoyens, et les citoyennes ; afin d’éviter les pièges et de contourner les tabous ; afin de défendre les valeurs de la république et de la démocratie.

Afin qu’une femme ne soit plus jamais réduite à une membrane.

 

 

NDLR : Les tribunes n'engagent que leurs auteurs et les idées qui y sont exprimées ne représentent pas nécessairement les positions de La Gauche Moderne.

 

 

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