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La présidence française, une réponse au non irlandais Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Marc d'Héré   
19-06-2008

NDLR : Les tribunes n'engagent que leurs auteurs et les idées qui y sont exprimées ne représentent pas nécessairement les positions de La Gauche Moderne.

Le non Irlandais au traité de Lisbonne, résulte, comme ce fût le cas en France il y a trois ans, d’une alliance baroque et  conjoncturelle entre  l’extrême droite et l’extrême gauche, auxquelles se sont joints des citoyens inquiets, désabusés ou voulant manifester leur opposition à leurs dirigeants. Ce vote est une mauvaise nouvelle pour l’Europe car il lui interdit (au moins pour l’instant) d’adopter des  règles de fonctionnement plus démocratiques et plus efficaces lui donnant notamment la capacité de jouer un plus grand rôle sur la scène internationale,  de décider plus facilement et de mener des politiques communes. Pourtant, la victoire du non en Irlande ne doit pas être assimilée à une catastrophe et elle ne conduit vraisemblablement pas  l’Europe dans l’impasse.

 

D’abord il faut observer que si le rejet Irlandais nous impose d’en rester pour l’instant aux règles fixées par le traité de Nice (œuvre commune de Jospin et Chirac !) il  ne remet pas en cause l’essentiel. L’espace européen de libre échange existe toujours,  le grand marché fonctionne,  l’Euro n’est pas remis en cause, les politiques communes existantes ne disparaissent pas.  Si l’acceptation du  traité de Lisbonne aurait rendue plus démocratique, plus coordonnée et sans doute plus solidaire l’Europe économique, son rejet ne la remet pas en cause. L’Europe continue.

 

Ensuite, il serait inconcevable que  le rejet du traité par un des plus petits pays de l’Union Européenne, interdise définitivement son application. L’Irlande ne peut disposer d’un droit de veto. Il faut, dans un premier temps, que les ratifications se poursuivent dans les autres pays et la Grande-Bretagne vient de donner à ce sujet un signal positif. Une fois le traité ratifié par 26 pays, des négociations pourront s’engager avec l’Irlande, visant, au prix de concessions ou de garanties renouvelées, à la faire revenir sur son vote, ou à lui faire accepter d’adopter, une « mise en congé » provisoire ou   une « situation particulière » au sein des  membres de l’Union. Cela exigera un peu d’imagination juridique et surtout une unité sans faille et une même volonté  de la part des 26. Le rôle de l’Allemagne, de la Grande-Bretagne et de la France sera essentiel dans cette phase.

 

Et j’en arrive au rôle particulier que la France peut et doit jouer dans cette période. Nicolas Sarkozy a joué un rôle positif et  déterminant dans la proposition puis  l’élaboration et la signature du traité « simplifié » de Lisbonne.  Les hasards du calendrier font qu’il lui appartient  de permettre à l’Europe de réagir face à cet échec de dernière minute. La France se trouve présider l’Europe pour les 6 mois qui viennent. Elle doit, pour compenser cet échec institutionnel, faire de sa présidence un succès de l’action concrète, permettre des avancées importantes et visibles de l’Europe sur les sujets qui font partie de ses priorités : défense européenne, Union pour la Méditerranée, politique concertée d’immigration, politique de l’énergie, de l’innovation, du développement durable, politique agricole commune, mais aussi recherche d’une réponse européenne à l’augmentation des prix du pétrole, qui touche durement tous les européens.   La présidence française, placée sous le signe de « l’Europe protection » doit montrer aux peuples Européens, y compris et particulièrement aux Irlandais, que l’Europe peut faire de réelles avancées sur des sujets concrets qui concernent très directement  la vie des citoyens, leur bien-être et leur développement. Ce sera la meilleure façon et la plus utile, de répondre à ce vote de défiance et au risque de « blocage ».  

 

En relançant, dès le mois de juillet, une nouvelle phase dans la construction de l’Europe, la France peut fortement contribuer à préparer l’avenir. Une grande responsabilité repose sur les épaules du Président et de son gouvernement. Ils devraient pouvoir compter sur le soutien de l’ensemble des forces politiques françaises, celles au moins qui veulent le succès de l’Europe.

 

Marc d’Héré

 

 

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