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| De la « prison européenne » au projet de loi pénitentiaire |
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| Écrit par Emmanuel Ruchat | |
| 27-10-2008 | |
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La prison ne doit être qu’une privation de
liberté ; elle ne peut pas être le cadre de traitements inhumains ou
dégradants. De ce point de vue, l’effort majeur à fournir porte sur la
généralisation de l’individualisation des cellules, l’hygiène, l’intimité, le
maintien du lien familial.
La prison doit également être un dernier recours et
non une peine standardisée. Il faut promouvoir les mesures alternatives comme
les peines de travail, le recours aux nouvelles technologies comme le bracelet
électronique, la médiation, l’augmentation du recours à l’amende à la manière
de ce qui se fait en Finlande. Il faut aussi cesser de recourir à la détention
préventive comme une évidence.
Enfin, les établissements pénitentiaires doivent devenir des structures de réinsertion et non d’exclusion quasi-définitive. Le temps passé en prison ne peut pas être perdu ; il faut le mettre à profit par un renforcement de l’enseignement et de l’éducation. Le personnel pénitentiaire doit être formé et augmenté en nombre ; les assistants sociaux et visiteurs de prison aussi.
Nous l’avons déjà écrit dans ces colonnes, nous
soutenons la réflexion sur ce thème à l’échelon européen. D’abord parce que ce
thème peu populaire s’accommode mal d’échéances électorales locales, de
démagogie ou d’obsession sécuritaire. Ensuite parce qu’un travail de
comparaison entre différents Etats membres est toujours instructif. Certains
pays scandinaves ont ainsi parfaitement réussi à allier la diminution de la
population carcérale avec celle de la criminalité.
Il faut compter aussi, de ce point de vue, sur
Rappelons également que dès janvier 2006, le
Conseil de l’Europe a adopté une recommandation (Rec(2006)2) du Comité des
Ministres aux Etats membres sur les Règles pénitentiaires européennes. Parmi
les principes fondamentaux édictés par le texte, citons le respect des droits
de l‘homme, la conservation de tous les droits qui ne sont pas retirés selon la
loi par la décision de condamnation à une peine d‘emprisonnement, le fait que
les restrictions imposées aux personnes privées de liberté doivent être
réduites au strict nécessaire et doivent être proportionnelles aux objectifs
légitimes pour lesquelles elles ont été imposées. De la même manière, le manque
de ressources ne saurait justifier des conditions de détention violant les
droits de l‘homme et la vie en prison doit être alignée aussi étroitement que
possible sur les aspects positifs de la vie à l‘extérieur de la prison. Le
Conseil souligne également que chaque détention est gérée de manière à
faciliter la réintégration dans la société libre des personnes privées de liberté
et que la coopération avec les services sociaux externes et, autant que
possible, la participation de la société civile à la vie pénitentiaire doivent
être encouragées. Le recrutement, la formation et les conditions de travail du
personnel pénitentiaire doivent lui permettre de fournir un haut niveau de
prise en charge des détenus. Enfin, les prisons doivent faire l‘objet d‘une
inspection gouvernementale régulière ainsi que du contrôle d‘une autorité
indépendante. Cette recommandation s’inscrivait dans la ligne tracée par le
Parlement européen qui, dans sa résolution du 17 décembre 1998, avait invité
les Etats membres à élaborer une loi fondamentale en la matière.
Dans ce contexte, que peut-on dire du projet français
de réforme de la loi pénitentiaire présenté par la ministre de
Mais l’administration pénitentiaire aura la
possibilité suspendre ou même de supprimer l’essentiel des droits des détenus
pour des « impératifs de sécurité ». Elle aura un pouvoir
discrétionnaire en matière de perquisitions de cellules. Et les règles
disciplinaires seront appliquées par une « juridiction » composée
d’agents pénitentiaires. Quant à l’encellulement individuel, il ne sera pas
automatique (bien qu’inscrit dans la loi depuis 1875, il n’a jamais été
appliqué systématiquement). Les avocats, une fois de plus, ont été tenus à
l’écart de la réforme et seront exclus, pour l’essentiel, des points-clés du
régime disciplinaire.
C’est au sein de l’Union européenne qu’à terme, des
dispositions normatives devront donner prise aux principes fondamentaux liés à
la dignité humaine en prison. Vaste chantier. Il faut soutenir l’idée d’une
grande déclaration de principe européenne. L’amélioration de la condition
pénitentiaire est un thème difficile mais hautement politique.
Emmanuel Ruchat |
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