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| Parti socialiste - La bataille du libéralisme |
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| Écrit par Jean François Pascal | |
| 29-05-2008 | |
L'ExpressLa guerre de position fait rage au PS : Bertrand Delanoë et Ségolène Royal font mine de se disputer sur le concept de libéralisme. Un débat qui fait sourire les intellos.Michel Revol Et le gagnant du week-end est... Jean-Marie Bockel. De Mulhouse, le secrétaire d'Etat de Nicolas Sarkozy, autrefois chevalier du socialisme libéral au sein du PS, a assisté avec un regard médusé au ping-pong verbal auquel ont joué Ségolène Royal et Bertrand Delanoë. Devant ses troupes réunies à la Mutualité, le maire de Paris a réaffirmé, en le nuançant, son credo lancé dans son livre (1), l'appuyant de grands gestes aériens : « Je suis socialiste et pas seulement libéral. » Quatre minutes après la fin de cette réunion, une dépêche de l'AFP lançait la contre-offensive : Royal jugeait qu' « être libéral et socialiste, c'est totalement incompatible ». Quelques semaines plus tôt, dans Le Point, elle affirmait pourtant que le libéralisme politique est « depuis l'origine indissociable du socialisme démocratique ». Un débat qui afflige Bockel. « Pendant dix ans, j'ai défendu l'idée que la gauche doit concilier la dimension libérale, y compris sur le plan économique, et la dimension sociale. Aujourd'hui, je souris de voir cette thématique reprise avec force. Mais combien de procès en sorcellerie ai-je entendus sur l'incompatibilité de ces deux notions ? »
L'histoire du libéralisme semble donner raison à Jean-Marie Bockel. Il faut pourtant distinguer deux concepts. Au sein du libéralisme, ce courant de pensée né aux XVIIe et XVIIIe siècles sous l'impulsion, en France, des Lumières, coexistent deux doctrines : le libéralisme politique et le libéralisme économique. Les deux sont indissociables. « Leur tronc commun, c'est l'idée selon laquelle l'initiative individuelle est le moteur de tout. Il ne faut la brimer inutilement, et on ne peut retrancher une liberté individuelle que si elle profite à la communauté », explique Raymond Boudon, membre de l'Académie des sciences morales et politiques et spécialiste de Tocqueville. L'essor des deux libéralismes est d'ailleurs concomitant. « Au XVIIIe, l'un des principaux arguments en faveur du libéralisme économique est politique, ajoute Pierre Manent, professeur à l'Ecole des hautes études en sciences sociales. L'idée, c'est que les princes doivent abandonner l'arbitraire s'ils veulent profiter de la prospérité économique qui découlera du libéralisme. » Les bienfaits du mariage entre libéralisme politique et libéralisme économique n'avaient pas échappé à Montesquieu :« Il a fallu que les princes se gouvernassent avec plus de sagesse [...] car [...] il n'y a plus que la bonté du gouvernement qui donne de la prospérité » (« De l'esprit des lois », livre XX). En France, le libéralisme politique fait consensus, à droite comme à gauche. Le contraire serait étonnant : cette doctrine philosophique n'a-t-elle pas conduit à l'abolition de l'esclavage, à la « Déclaration des droits de l'homme et du citoyen », à la suppression de la peine de mort ? « L'idée d'égalité est très présente chez Tocqueville, souligne Raymond Boudon. Il tenait à siéger à gauche lorsqu'il était député de la Manche, et s'est battu pour des valeurs qui ne seraient pas reniées par la gauche, comme le suffrage universel. » Le libéralisme économique, en revanche, est l'objet de tous les fantasmes. « Je regrette que les deux leaders socialistes prennent l'histoire des idées politiques par-dessus la jambe »,s'emporte Raymond Boudon. Si le terme est aujourd'hui accolé aux délocalisations, au chômage et, donc, à la « liberté du renard dans le poulailler », métaphore employée par Delanoë et Royal, l'histoire nous enseigne que, dès son origine, la pensée libérale n'est pas celle du laisser-faire. « Aucun théoricien n'a jamais dit que le libéralisme imposait un marché dépourvu de normes, prévient Raymond Boudon. Au contraire, la notion même de marché implique celle de morale. » Et, dans ce jeu, l'Etat a sa place. L'Ecossais Adam Smith (1723-1790), l'un des premiers penseurs du libéralisme, avait théorisé les interventions étatiques dans trois cas : pour assurer la sécurité, la justice et lorsque l'initiative privée ne peut pourvoir aux besoins collectifs. Insuffisant au yeux du socialisme ! Apparu au milieu du XIXe siècle, ce mouvement veut corriger certains effets du libéralisme économique. « Le socialisme apparaît comme un prolongement, un développement ou une négation du libéralisme, explique Pierre Manent.C'est toute son ambiguïté : il peut vouloir distribuer plus largement les bienfaits du libéralisme, le rendre plus égalitaire ou encore le considérer comme vicié, donc vouloir le renverser. » Sauf dans ce dernier cas, le socialisme est donc prêt à composer avec le libéralisme. « Les socialistes sont pour la propriété privée, le libre-échange et le marché, qui sont les trois piliers du libéralisme économique. Ils sont donc des libéraux, même s'ils ajoutent une marge d'intervention de l'Etat », juge Jean-Claude Casanova, directeur de la revue Commentaire . Un avis que partage, avec plus de provoc encore, Philippe Raynaud, professeur de sciences politiques à Paris-II : « A partir du moment où les socialistes acceptent l'économie de marché, ils deviennent une famille du libéralisme. » Mais, en entretenant la confusion entre libéralisme politique et libéralisme économique, la famille socialiste se déchire. A la lumière de l'histoire, les experts du sujet le regrettent. « Le seul conseil que je donnerais à Delanoë et Royal, c'est de retourner à l'école », raille un éminent penseur du libéralisme qui refuse de prendre part à « cette histoire de corneculs ».Vincent Peillon justifie pourtant la réaction de Ségolène Royal, dont il est un proche conseiller, en avançant un besoin de « précision ». « Dans son livre, Bertrand Delanoë fait référence à John Locke, ce qui est maladroit, explique-t-il. Locke défendait en effet l'homme renfermé sur lui-même. Or le libéralisme devient oppressif s'il n'est pas accompagné d'une revendication d'égalité. » Hormis la référence à Locke, Bertrand Delanoë se situe en fait sur la même ligne que Ségolène Royal. « Ils partagent la même conception du libéralisme politique. Ensuite, on peut s'interroger sur le niveau de régulation du marché par l'Etat. Mais ce n'est pas un duel à mort entre les deux ! » reconnaît Jean-Pierre Mignard, proche de Royal. D'ailleurs, lorsqu'elle évoque le libéralisme politique dans Le Point, lorsqu'elle y salue l'action de Jaurès, de Blum ou de Mitterrand en faveur des libertés individuelles et publiques, Ségolène Royal ne dit pas autre chose que Delanoë dans son livre... Pour comprendre la polémique du week-end, nul besoin de se plonger dans les livres d'économie. Quelques manuels de politique suffisent. En relançant le débat sur le libéralisme, Bertrand Delanoë veut faire d'une pierre trois coups : déborder Ségolène Royal sur sa droite, apparaître comme le plus réformateur des deux et séduire les électeurs centristes. En réfutant l'alliance des mots libéralisme et socialisme, Ségolène Royal lorgne, de son côté, la gauche du PS. « Elle ne veut pas que ce flanc du parti se dégarnisse à la faveur d'une montée en puissance de l'extrême gauche menée par Besancenot », confie l'un de ses conseillers. Les deux leaders iront-ils, à l'approche du congrès de Reims, jusqu'à signer un texte intitulé « Pour un socialisme libéral » ? C'était le titre de la motion déposée en 2005 par Jean-Marie Bockel. Elle avait réuni 0,64 % des voix... 1. « De l'audace ! », Robert Laffont. |
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