Agenda & évènements
| Samedi 23 janvier 2010, colloque : « les gauches dans la crise » |
Menu principal
| Accueil |
| Elections Européennes |
| Rencontres Nationales Sept 09 |
| Convention Nationale Education |
| Groupes de Travail |
| Société et culture |
Newsletter
| Jean-Marie Bockel face aux lecteurs de Libération |
|
|
|
| Écrit par Administrateur | |
| 10-12-2008 | |
|
Retrouvez cet entretien sur le site de Libération ou ci-dessous.
Ernest-Francois. Votre initiative politique rénove le parti socialiste en lui donnant le sens des réalités, mais peut-on encore suivre une ligne de conduite alors que les concepts éclatent de toutes parts, que le Président adopte des idées sur l'action de l'Etat qui étaient l'apanage exclusif de la gauche il y a quelques mois, que les idées se bousculent? Le pragmatisme n'est-il plus la seule valeur possible? Jean-Marie Bockel. Il faut du pragmatisme dans un monde qui bouge vite, il faut de la réactivité face aux événements, mais cela ne dispense pas d'avoir des idées et de les défendre, bien au contraire: c'est ce que j'ai tenté de faire en essayant de rénover le PS, pendant dix ans, en vain. La démarche de Gauche moderne, au-delà de la déception face au PS, de l'adhésion à une démarche de réformes justes, c'est d'abord structurer et défendre une pensée politique qui s'inspire des gauches européennes, toutes sauf la France. Que le président de la République prenne les bonnes idées de la social-démocratie dans une période de crise où le PS s'est mis hors course, faut-il s'en plaindre? Le nécessaire débat d'idées n'interdit pas de savoir se rassembler à certaines périodes, quand l'essentiel est en jeu. Francis. N'y aurait-il pas possibilité de regrouper "La gauche moderne" avec le PRG, Besson et pourquoi pas les Valoisiens, pour arriver à une entité représentative centriste, 20% à gauche et 20 % à droite. Peut-être est-ce encore trop tôt, mais il faudrait y penser, qu'en pensez-vous?
En terme de passerelle, voire un jour de
coordination entre nous, assurément. Mais il faut pouvoir regrouper à
l'aile gauche de la majorité des personnes qui ne sont ni centristes,
ni de droite, mais qui ont une vraie sensibilité de gauche, avec la
capacité au sein d'un parti politique, comme Gauche moderne, de dire
«oui» quand on est d'accord, mais aussi de dire «non» si nous ne sommes
pas d'accord.
Je pense, étant moi-même fidèle à mes idées, et ayant tenté de les
faire partager par les socialistes pendant tant d'années, que le parti
socialiste a aujourd'hui trahi beaucoup d'espérance, et quelques
idéaux, faute d'avoir su se rénover à temps, contrairement à toutes les
autres gauches européennes. Cette trahison est d'autant plus pénible
qu'elle se poursuit dans des querelles d'ambition sans fin.
J'ai connu pendant plus de trente ans un parti socialiste vivace
malgré plusieurs courants de pensée en son sein, mais porté par
quelques idéaux communs et une capacité de se retrouver pour des
batailles importantes. Le drame aujourd'hui n'est pas la diversité des
courants de pensée, mais plutôt qu'une partie de la gauche, et
notamment du PS, est idéologiquement tétanisée par la gauche de la
gauche, de Mélenchon à Besancenot, alors même que le parti communiste
n'en finit pas de mourir. La menace principale aujourd'hui c'est un
centre-gauche qui, notamment au PS, n'ose pas s'assumer, et n'a plus
l'audace de la nécessaire rénovation.
En politique, la dimension tactique existe toujours, mais là n'est
pas l'essentiel. Je suis convaincu, depuis le premier jour, que
l'ouverture est d'abord une démarche stratégique pour montrer au pays
qu'il n'entend pas moderniser la France camp contre camp, sur une ligne
conservatrice ou réactionnaire, mais en s'inspirant autant de certaines
idées de droite que des bonnes idées de la gauche européenne, qu'elle
soit sociale-démocrate ou sociale-libérale. Et que cette capacité de
rassemblement au delà de la droite et du centre puisse, le moment venu,
contribuer à sa victoire ne me gêne pas, dans la mesure où il poursuit
la démarche de réformes justes dans laquelle la Gauche moderne se
retrouve.
Hélas, le PS, dirigé par Martine Aubry, ne donne aucun signe positif
de changement et Ségolène Royal ne semble pas vouloir prendre la
nécessaire hauteur face à cette radicalisation assez cynique du PS.
J'ai tellement souffert au PS depuis dix ans d'avoir voulu prôner une
ligne politique claire que je ne me sens pas prêt à retenter
l'expérience. Je préfère mettre mon énergie au développement d'un parti
politique, Gauche moderne, afin qu'il trouve progressivement sa juste
place dans le paysage politique français.
Non, mais j'en ai ramassé quelques-unes dans ma vie politique, pour
avoir toujours défendu les idées que je croyais justes. J'ai aussi
gagné quelques batailles au nom de ces idées, et je ne suis pas sûr que
les Français soient convaincus de la sincérité de ceux qui me jugent si
facilement.
Je ne le pense pas, car elle a été clairement réaffirmée, tant par
le Président, le Premier ministre et même Devedjian lui-même à
l'occasion de mon congrès de Suresnes. J'ai connu Devedjian comme
ministre de l'Industrie, alors que j'étais sénateur-maire socialiste
d'une ville industrielle, Mulhouse, il y a de cela trois quatre ans.
J'ai pu apprécier son intérêt pour ces questions et ses compétences. Il
peut tout à fait être l'homme de la situation.
Tout chant est connoté par une histoire, il y a dans l'International
une aspiration à l'universel, en même temps que certaines envolées très
datées.
Ça dépend. L'ambiguïté politique est aussi utilisée par ceux qui
aspirent sans arriver à se mettre d'accord entre eux sur une ligne
claire. S'agissant du président de la République, il est tout sauf
ambigu. Mais il veut faire ce que toutes les gauches européennes ont su
faire à un moment ou un autre de leur Histoire, c'est-à-dire rassembler
pour moderniser, surtout quand c'est difficile dans un pays qui a pris
tant de retard par rapport à ses voisins, comme la France.
Ça vous arrangerait bien que je sois de droite car pour vous
l'étalon-mètre de la gauche c'est une gauche archaïque divisée,
pusillamine qui n'existe qu'en France. Vous me traitiez d'ailleurs avec
le même mépris quand j'étais encore au PS, car vous jugiez déjà mes
idées sociales-libérales tout simplement de droite: donc rien de
nouveau sous le soleil.
Vos exemples sont mal choisis car ces dérapages ou ces perspectives
ont été, sans délai, condamnés ou écartés par le gouvernement au plus
haut niveau. Comme maire de Mulhouse, je me suis toujours affirmé comme
un sécuritaire de gauche mais en privilégiant, y compris dans nos
actions locales, une démarche de prévention concrète sur le terrain. Et
là aussi en refusant, et l'angélisme, et le tout sécuritaire. L'avocat
que je suis milite depuis plus de trente ans pour les droits de
l'homme, y compris au quotidien en France et dans le monde.
Je vous comprends. Si tous ceux dont j'avais la sympathie au PS
m'avaient soutenu alors j'y serais peut être encore. Un conseil
cependant, gardons l'esprit critique vis- à-vis de Nicolas Sarkozy,
mais évitons de le diaboliser: cette diabolisation, encore trop
fréquente à gauche, est d'abord injuste, par rapport à ce qu'il est
réellement, et par rapport à ce qu'il fait. Mais elle constitue
également une facilité pour ne pas se remettre soi-même en question. Ce
que lui, je puis en témoigner, ne manque pas de faire, afin d'agir au
mieux et au plus juste. Le chiffre de la retraite est faux, en deux ans elle a augmenté de 30% et elle est aujourd'hui à plus de 550 euros. Elle continuera à augmenter. Les associations d'anciens combattants d'Algérie ne parlent pas comme vous et reconnaissent les efforts que nous faisons, et que je fais moi-même pour qu'ils soient reconnus et respectés. |
| < Précédent | Suivant > |
|---|



