Le
Figaro Magazine - Vous avez envisagé avec intérêt la possible
candidature de Tony Blair à la présidence du Conseil européen. Il n'en
est quasiment plus question aujourd'hui. Comment percevez-vous ce
retournement de situation ?
Jean-Marie Bockel -
Ce n'est pas en qualité de membre du gouvernement que je m'exprimerai
sur ce sujet, mais en tant que président de la Gauche moderne, parti
d'ouverture au sein de la majorité. Cela étant clairement précisé, mon
blairisme ancien me donne en effet beaucoup de sympathie pour une candi
dature dont j'ai compris qu'elle n'est plus guère d'actualité. Sans
doute Blair a-t-il quelques handicaps : son engagement en faveur de la
guerre en Irak en 2003 ou son libéralisme post-thatchérien, mais il a
aussi été le plus européen des Britanniques, par exemple en ne
commettant pas l'erreur d'un référendum sur l'euro, qu'il aurait perdu.
Au-delà de sa personnalité se pose la question de la qualité même de la
présidence de l'Europe.
Quatre fonctions doivent trouver leur équilibre : la présidence du
Conseil, la présidence tournante des chefs d'Etat ou de gouvernement,
la nouvelle fonction de haut-représentant pour les Affaires étrangères
et la présidence de la Commission. C'est pourquoi je continue à plaider
pour une présidence forte qui servirait de repère, de point de
rassemblement pour une Europe en devenir, confrontée à la crise et aux
enjeux mondiaux. Tony Blair, à l'évidence, l'aurait bien incarnée...
Jean-Louis Bourlanges -
Il a pour qualité fondamentale d'être un véritable homme du centre,
conciliant la confiance dans l'économie de marché et un souci de
correction sociale. Il est doté d'un immense talent : au Parlement
européen où l'on avait applaudi Jean-Claude Juncker dans une
dénonciation assez vive du comportement britannique, je l'ai vu
retourner l'hémicycle et partir lui-même sous les ovations. Mais
imaginez-le à la présidence du Conseil avec Barroso à la Commission,
deux personnalités qui ont voté pour la guerre d'Irak alors que les
Etats-Unis ont élu un Président qui a voté contre. Un tel lapsus
historique serait assez préoccupant...
Blair
représente un pays qui a fait le choix systématique de la dérégulation,
notamment en matière financière, modèle qui a pris du plomb dans l'aile
avec la crise. Le Royaume-Uni a, par ailleurs, systématiquement choisi
ce que l'on appelle dans le jargon communautaire des opting out.
Il n'accepte ni Schengen, ni la monnaie unique, ni la charte des droits
fondamentaux, tout en manifestant une très grande capacité à occuper
des positions de pouvoir à Bruxelles.
Ce
n'est cependant pas pour toutes ces bonnes raisons que les 27
s'apprêtent à refuser Blair, mais parce qu'il a une personnalité trop
brillante, trop forte. On aura donc des profils moins ambitieux et
beaucoup moins ciselés. Imaginez que lors de la crise du Caucase nous
ayons eu un président du Conseil parallèlement à Nicolas Sarkozy. Qui
aurait représenté l'Europe ? Contrairement à une idée reçue, le traité
de Lisbonne ne simplifie pas la donne, il la complique. Le poste
important me semble en fait être celui de haut-représentant pour les
Affaires étrangères et la politique de sécurité, le président du
Conseil européen risquant de n'avoir d'autre pouvoir que celui d'«
ouvrir la séance et de la fermer ».
Jean-Marie Bockel - Cela me rappelle la célèbre phrase de Kissinger : «Quand je prends mon téléphone pour appeler l'Europe, qui ai-je au bout du fil
?»
Jean-Louis Bourlanges - En fait, on lui offre un standard téléphonique...
Jean-Marie Bockel -
Face aux enjeux planétaires comme Copenhague en décembre prochain, et
l'après-Copenhague, la ligne de téléphone unique est importante. A côté
d'un président que j'espère fort, il est bon également que le
haut-représentant pour les Affaires étrangères soit un ou une
socialiste, comme cela se discute actuellement. Que la gauche
européenne - que je considère comme moderne, à l'exception de la
française - puisse se retrouver avec un ministre constituerait un utile
complément à la réussite de cette démarche. L'image de la triangulation
restera d'actualité. Blair l'a incarnée en son temps, de même que
Clinton.
On n'est pas d'abord libéral ou social-libéral, mais issu d'une réalité
nationale face à un monde en pleine mutation. Les réponses aux enjeux
planétaires existent aussi ailleurs, chez ceux qui pensent
différemment. Ces allers-retours idéologiques pour constituer une
pensée en actions, Blair les a opérés en Grande-Breta gne, tout comme
Nicolas Sarkozy en France, avec l'ouverture. Mais c'est un autre
sujet...
Jean-Louis Bourlanges -
Un mot sur Jean-Claude Juncker dont la candidature, comme celle de
Blair, semble de moins en moins à l'ordre du jour : la quali té
fondamentale d'un Luxembourgeois est d'être en stéréophonie
franco-allemande, de comprendre les deux cultures. Dans ce cas
d'espèce, Juncker est en mauvais termes avec Nicolas Sarkozy et très
critique vis-à-vis d'Angela Merkel. Il y a donc un problème.
Jean-Marie Bockel -
L'Europe d'aujourd'hui ne se fera pas sur la seule relation
franco-allemande, comme j'ai pu le penser à une certaine époque, mais
elle ne progressera pas non plus sans ce lien essentiel.
Jean-Louis Bourlanges - Ce sont toujours les Français et les Allemands qui donnent le la.«Si l'on a fait l'euro, raconte Jean-Claude
Trichet, c'est parce que les Allemands et les Français ont affirmé que s'il devait n'en rester que deux, ils seraientces deux-là.» La monnaie
franco-allemande apparaissant incontournable, tout le monde s'est écrié comme dans la chanson de Jacques Dutronc : «Et moi ! Et moi ! Et moi !» Or
actuellement je sens mal l'articulation entre la construction
européenne et le franco-allemand. La France pratique une politique
budgétaire plus laxiste que l'Allemagne, même si cette dernière semble
relâcher un peu les cordons de la bourse, en dépit de la modification
de sa loi fondamentale proscrivant les déficits budgétaires à l'horizon
de 2016 et 2020.
Jean-Marie Bockel -
Ne s'agit-il pas tout simplement d'un décalage dans le temps ? Au
moment où la crise est arrivée, nous enregistrions un certain retard
par rapport au déficit, à la modernisation du pays, au soutien
industriel, c'est pourquoi il y eut quelques désaccords sur le plan de
relance entre Angela Merkel et Nicolas Sarkozy dans la première
période. Par la suite, la crise s'approfondissant, la position
allemande s'est rapprochée des intuitions françaises. La France ne
résiste pas trop mal, que ce soit pour l'amortisseur social ou en
matière de chômage. J'observe donc aujourd'hui plus de convergences que
de divergences entre nos deux pays.
Jean-Louis Bourlanges -
Reste que les Alle mands peuvent se permettre de faire 24 mil liards de
réductions d'impôt, parce qu'ils sont dans une situation de déficit
structurel très sensiblement moindre que la nôtre. Nous, nous sommes
adossés à un quart de siècle de politique budgé taire laxiste, et à la
relance à con tretemps du plan Tepa.
Le Figaro Magazine - Est-ce l'axe franco-allemand qui déterminera la présidence européenne ?
Jean-Marie Bockel -
Le moteur franco-allemand pouvant malgré tout amener à des impasses
psychologiques, il nous faut plusieurs fers au feu en comptant avec le
partenaire britannique. Le président français ne perd pas de vue cet
aspect, et les Allemands le savent...
Jean-Louis Bourlanges -
Sans doute, mais il ne faut pas non plus se dissimuler que le très
relatif dynamisme franco-allemand risque désormais de se heurter à un
regain d'inertie britannique, relayée par un certain nombre
d'eurosceptiques au sein de l'Union. Les Français et les Allemands
détiennent un pouvoir essentiel à condition de s'avancer tous feux
éteints, sans mettre les autres devant le fait accompli. La bonne
technique était celle de Delors. Lorsqu'il voulait faire passer quelque
chose, il téléphonait à Kohl et à Mitterrand. Quand il sentait que cela
marchait, il allait voir les Belges et les Luxembourgeois, puis se
taisait. Un Belge, un Luxembourgeois ou un Néerlandais reprenait la
proposition à son compte, et tout le monde s'y agrégeait Débat Bockel - Bourlanges
animé par Patrice de Meritens, Le Figaro magazine
La prison serait-elle l’École du vice, ou tout au contraire un lieu de contention réglé par un régime punitif et
disciplinaire dégradant, synonyme de tous les arbitraires ?
Contempteurs de l’enfermement ou zélotes de la détention punitive, trop souvent les discours angéliques ou
ultra-sécuritaires se croisent et se nourrissent mutuellement à partir d’un même déni du réel.
L’une des caractéristiques essentielles du cœur de ce qui fait
l’institution pénitentiaire : l’isolement dans un espace clos et coupé
de l’extérieur, semble de moins en moins pertinente.
Faut-il
le rappeler, depuis 1985, les soins psychiatriques ne dépendent plus de
l’Administration pénitentiaire et depuis 1994, cette situation s’est
élargie à l’ensemble des soins. De surcroît, la prison en s’ouvrant sur
l’extérieur a fait entrer en son sein, outre les magistrats et les
avocats, une multiplicité de nouveaux intervenants : enseignants,
parlementaires, visiteurs de prisons, aumôniers, délégués du médiateur,
Contrôleur général des lieux de privation de libertés, associations.
Ces évolutions tendent à affaiblir les modèles des années 70,
l’institution n’est plus aussi « totale » qu’il n’y paraissait.
Pourtant certaines figures emblématiques d’un militantisme
anti-carcéral, tout à fait estimable ne s’embarrassent guère de ces
scrupules méthodologiques. Ils semblent traquer, derrière chaque indice
du mal-être carcéral, la justification de la Cause de l’abolition des
prisons. Ce combat respectable, ne justifie pas, à l’instar des propos
tenus par Florence Aubenas, que les dispositions novatrices du projet
de loi pénitentiaire soient disqualifiées comme un simple habillage d’un régime disciplinaire immuable.
Il est cependant une question à laquelle les abolitionnistes hier comme
aujourd’hui n’ont jamais apporté de réponse : par quoi remplacer la
prison ?
L’abolitionnisme a pourtant, au cours de notre histoire récente réalisé son programme, dans un secteur particulier de la
société, sous la pression de l’antipsychiatrie.
Il est possible aujourd’hui d’en évaluer les dégâts. Les murs asilaires
sont certes tombés, entraînant la destruction de 40 000 lits de
psychiatrie en 20 ans. Résultat : une grande partie de cette population
en déshérence se retrouve entre les murs de l’institution
pénitentiaire. La prison a-t-elle vocation à être un asile de
substitution ? Ce transfert des pathologies psychiques au sein de
l’univers carcéral rajoute assurément de la complexité et de la
souffrance au sein d’une institution qui n’en avait pas besoin.
C’est par une faute d’inertie politique que les prisons ont été victimes d’une sorte d’oubli dans l’agenda politique.
Ainsi,
en 2001, l’échec du projet de loi pénitentiaire préparé, lorsque
Marylise Lebranchu était ministre de la Justice, consacrait
l’enlisement d’un chantier, fixé dès novembre 2000 au rang de priorité
par le Premier Ministre de l’époque, Lionel Jospin.
Pouvait-on accepter dès lors de laisser nos prisons dériver au gré des majorités successives dans cette obscurité honteuse ?
Le gouvernement de François Fillon a pris l’initiative d’amarrer la
prison aux enjeux démocratiques. Le Président de la République, lors de
son discours au Congrès a fait de cet enjeu, un chantier décisif, à
cette étape de la mandature.
Pour
incontestables que soient les avancées de l’État de droit en prison, il
fallait en effet les stabiliser dans un texte normatif qui permette de
délimiter les missions du service public pénitentiaire, de définir son
code de déontologie, de garantir la protection des droits des personnes
détenues, de clarifier les régimes de détention ainsi que les
aménagements de peine.
C’est la raison pour laquelle le gouvernement a souhaité rassembler
dans un texte unique, que nous avons défendu à l’assemblée
nationale avec le Garde des Sceaux, Michèle Alliot-Marie, les missions
de surveillance et de réinsertion des personnes placées sous main de
justice. Au-delà des restrictions qui résultent des contraintes
inhérentes à la détention, de la prévention des infractions et de la
protection de l’intérêt des victimes sont énoncées dans ce projet de
loi l’ensemble des droits qui doivent continuer à prévaloir dans leur
intégralité.
Enfin le projet de loi pénitentiaire vise à clarifier les régimes de
détention. Des efforts considérables ont été développés depuis 2002,
grâce à un programme de constructions de 13 200 places, qui permettra
d’atteindre, en 2012, une capacité de 63 000 places. Si le principe
d’encellulement individuel est conforme à une exigence de dignité
individuelle, il peut être nuancé, au regard des nécessités de prévention du suicide et du profil psychologique de certains détenus.
Le point d’équilibre réside bien dans le réalisme pénal et pénitentiaire qui inspire le projet de loi
pénitentiaire.
Tant
qu’elle reste indicible, la prison demeure une sorte de mythologie
obscure qui trimballe avec elle son lot de fascination ou de répulsion,
laissant la société démocratique dans une sorte de sidération entre
mauvaise conscience et ressentiment à l’égard de ceux qui ont
transgressé la loi commune.
Il est grand temps de réintégrer la prison réelle dans l’espace de la délibération démocratique, afin qu’elle cesse
justement d’en être la part maudite.
La Gauche Moderne tenait ce week-end
ses Rencontres Nationales. Deux ans après sa fondation, le mouvement
compte 1500 adhérents. "Nous sommes peut-être une
petite formation politique mais une formation qui existe réellement sur le terrain", assure au JDD.fr
Jean-Marie Bockel, son président et Secrétaire d'Etat auprès de la Ministre de la Justice. Il table sur des régionales réussies pour
asseoir un peu plus son mouvement en vue de 2012. Et ambitionne
d’accueillir des socialistes déboussolés.
Comment se porte votre mouvement? Il
progresse. Nous sommes encore petits mais nous sommes désormais
présents dans toute la France. Nous avons 150 conseillers municipaux
depuis les Municipales de 2008 et deux députés de la Gauche Moderne ont
été élues lors des Européennes. Nous avons eu la capacité de présenter
des candidats crédibles aux Européennes, et nous l’aurons aux Régionales. C’est la preuve que nous sommes peut être une petite
formation politique mais une formation qui existe réellement sur le
terrain.
Diriez-vous que votre mouvement a réellement trouvé sa place sur l’échiquier politique? Je
ne peux pas dire ça. La Gauche Moderne trouvera vraiment et durablement
sa place quand il se sera renforcé, quand il aura une influence, un
poids plus important, une capacité à produire des idées. Nous bossons,
nous avons un vrai corps de doctrine mais nous sommes encore trop
faibles. On ne nous entend pas assez. Nous sommes au milieu du gué,
nous avons accompli beaucoup de chemin depuis un an, où certains
prédisaient que dans six mois, nous ne serions plus rien. Je prends le
pari qu’après les régionales, nous serons encore mieux implantés dans le
paysage et en 2012, vraiment inscrits, respectés. J’espère que nous
aurons des parlementaires, que nos idées, nos propositions soient
reconnues.
"Un coup de gueule utile"
A court terme, quelle est votre ambition pour les élections régionales?
Aux Européennes, nous avons eu une stratégie réaliste: on n’avait
demandé aucune place éligible. Certains avaient souri à l’époque, mais
finalement, nous avons deux élues. Il faut savoir prendre des risques
quand on est petit... Là, nous avons la capacité d’avoir des places
éligibles dans certaines régions où nous sommes assez fort, comme
l’Ile-de-France ou l’Alsace. Dans d'autres, on jouera le succès: si on
gagne, on est élu, si on perd, on ne l’est pas. Et là où nous sommes
plus faibles, nous serons "pousseurs", pour marquer notre présence,
notre soutien. C’est une stratégie réaliste et appréciée. A l’UMP, nous
sommes vus comme des alliés libres indépendants mais fiables.
Se revendiquer de gauche, dans une majorité à droite, vous vous êtes habitué? Nous
ne sommes pas une sensibilité de l’UMP comme peuvent l’être les
Progressistes ou le Parti radical, qui pratiquent la double adhésion.
Nous sommes autre chose, nous ne sommes pas associés à l’UMP, au même
titre que le Nouveau Centre. Nous sommes la formation politique
indépendante, alliée à la majorité, qui symbolise sur le plan d’une
formation politique l’aile gauche de la majorité.
Je parle
beaucoup avec les travaillistes britanniques, les sociaux-démocrates
allemands ou les socialistes italiens: partout nous sommes considérés
comme un élément de la gauche européenne, certes allié avec la droite
dans un contexte particulier, celui de la politique de réforme menée
par le président Sarkozy. Il n’y a qu’en France qu’on se fait insulter
de traître. Ailleurs on comprend, voire cela paraît assez naturel, car
beaucoup de députés socialistes européens se sentent plus proches de
nos idées ou de celles de Sarkozy, que de celles du PS français. Dans
cette majorité, nous voulons garder cette sensibilité propre, la
liberté de ne pas être d’accord, voire si vraiment on n’est pas
d’accord, de partir. Mais c’est aussi ce qui donne de la valeur à notre
soutien.
Et
vous pensez que ce positionnement vous permettra d’attirer à vous des
socialistes déçus par ce qui se passe au PS, comme vous l’avez souhaité
ce week-end? Nous
pouvons attirer l’électorat de gauche qui se détourne du PS, qui se
pose des questions, qui ne se retrouve pas dans le caractère trop
dogmatique des Verts et qui ne rejette pas en bloc tout ce que fait le
gouvernement. Pour tous ces socialistes déçus, nous pouvons être, comme
je l’ai dit, "un permis de voter". Un marqueur. Le fait que nous soyons
au gouvernement montre qu’ils ne sont pas tout seuls à se poser des
questions. Ils peuvent voter pour des gens de la majorité qui pensent
comme eux et ont toute leur place au sein du gouvernement. Evidemment
je parle de ceux qui se sentent proche de la grande tradition
européenne de centre gauche. Ce qui peut être appelé la droite du PS en
France et qui serait appelé partout en Europe l’axe de la gauche.
Vous ne vous opposez peut-être pas assez pour attirer des électeurs socialistes, mêmes déçus… S’opposer
pour s’opposer, sans que cela ait d’effets ensuite, cela ne nous rendra
pas plus crédibles. Nous sommes d’abord une force de proposition. A
plusieurs reprises, ce qu’on a pu dire a contribué à des réformes,
comme sur la flexi-sécurité. Lorsque Philippe de Villiers a intégré le
comité de liaison de la majorité, je crois que mon coup de gueule a été
utile. J’avais dit que pour que ce rassemblement fonctionne, il ne
fallait pas être négatif comme Philippe de Villiers, qui ne disait à
l’époque que vouloir être "contre" la gauche. J’avais souligné qu’il
fallait aussi être "pour", construire quelque chose de manière durable.
Ça a été entendu. Cela dit, nous restons vigilants et attentifs. Mais
je n’ai pas de raison non plus d’être sectaire a priori sur Philippe de Villiers, puisqu’on ne l’a pas été avec moi.
Le maire de Mulhouse veut continuer d'élargir l'aile gauche de la majorité présidentielle.
« Nicolas Sarkozy porte une grande attention à des idées qui ne sont pas forcément les siennes au départ, qu'on ne retrouve pas dans la pensée de la gauche française, mais qui sont défendues par la gauche européenne. Il n'hésite pas à s'en inspirer, quitte à bousculer sa propre famille politique» : ainsi parle Jean-Marie Bockel, le secrétaire d'État à la Justice qui a réuni samedi dans sa ville de Mulhouse quelque 400 personnes pour les 2es rencontres nationales de la Gauche moderne.
L'été a été difficile pour les animateurs de cette formation partenaire de l'UMP, consternés de l'arrivée tonitruante de Philippe de Villiers au sein de la majorité présidentielle. Jean-Marie Bockel reconnaît avoir été «agacé» par ce ralliement sans condition, avant de se raviser dans une interview au Figaro.
"Entre-temps, le président avait rappelé avec insistance que les nouveaux venus rejoignent la politique de réformes de la majorité et font un pas vers nous", a-t-il expliqué samedi. Secrétaire d'État auprès de Michèle Alliot-Marie, il a souligné sa propre «capacité à rebondir», allusion à son limogeage de la Coopération pour avoir déplu à Omar Bongo.
Aucune amertume dans les propos de Jean-Marie Bockel, ni dans ceux des responsables des fédérations qui sont pour la plupart en rupture avec le Parti socialiste. «Un parti qui va à vau-l'eau, entre histoires de personnes et bourrages d'urnes», dénonce le Parisien Serge Federbusch.
«La Gauche moderne est une gauche ouverte, avec des propositions, contrairement à celle que nous avons quittée», insiste Yves Urieta, ancien maire PS de Pau, en appelant la majorité à être attentive à «la France qui souffre».
Pour Marielle Gallo, une des deux députées européennes, «la valeur qui doit guider la Gauche moderne n'est plus le socialisme, mais le social».
Gauche moderne a mis 25 commissions en place, de la «flexisécurité» à la construction de l'identité, pour «enrichir les réformes».
«Les socialistes, qui continuent de se déchirer, n'ont pas de projet alternatif», a martelé Jean-Marie Bockel en tendant, une nouvelle fois, la main «aux sympathisants de gauche qui sont en plein désarroi et qui ne sont pas attirés par la gauche de la gauche ou par les Verts».
«Nous sommes un permis de voter pour ceux qui ne sont pas d'accord avec tout, mais qui se retrouvent dans nos réformes, a conclu le ministre d'ouverture. Ils ont le sentiment, en se rapprochant de nous, qu'ils ne sont pas les seuls de la gauche à le faire…»
AFP 21 09
STRASBOURG — Le secrétaire d'Etat à la Justice Jean-Marie Bockel a estimé samedi que la Gauche moderne (GM) qu'il préside est "une sorte de permis de voter" pour les nombreux déçus de la gauche.
Deux ans après la création de ce petit parti allié à l'UMP, l'ancien élu socialiste a estimé que les dirigeants du PS "laissent un champ de ruines qui conduit beaucoup de sympathisants à se détourner durablement du parti socialiste. "Or, a-t-il argumenté, tous ne sont pas attirés par la gauche de la gauche ou les Verts, assez dogmatiques".
"Nous constituons en fait une sorte de permis de voter, un sas vers la majorité pour des gens de gauche qui ne sont pas forcément d'accord avec tout mais qui sentiront qu'en se rapprochant de nous, elles ne sont pas les seuls de gauche à le faire", a-t-il déclaré.
"Les réformes de Sarkozy ne sont pas conservatrices et souvent elles poursuivent des idées d'une gauche européenne", a-t-il ajouté.
M. Bockel s'est exprimé samedi après-midi devant 300 personnes à l'occasion des 2e Journées nationales du parti organisées à Mulhouse. "Nous sommes deux fois plus nombreux qu'il y a un an", s'est réjoui le président de Gauche moderne.
A propos des régionales, il a indiqué à l'AFP que des membres de GM seraient présents sur les listes régionales d'union dès le premier tour. "Nous avons une surface nationale suffisante pour avoir des candidats partout, même s'ils ne seront pas éligibles partout".
Nommé secrétaire d'Etat à la Justice auprès de la garde des
Sceaux, Jean-Marie Bockel sera en charge du dossier des prisons et de la
réforme pénitentiaire.
"Je vis cette nomnination comme une promotion après ce
qui avait été perçu comme une rétrogradation au secrétariat d'Etat aux Anciens
combattants", a-t-il estimé.
Ministre "d'ouverture", ex-PS, Jean-Marie Bockel
interprète aussi cette nomination comme "la reconnaissance de la Gauche
moderne (le parti qu'il préside, allié à l'UMP) au sein de la majorité."
OuestFrance.fr
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Bockel, de la Défense à la Justice
« Je suis très
content. C’est une mission qui m’intéresse beaucoup », a relevé, hier soir, le
maire de Mulhouse, Jean-Marie Bockel, peu après l’annonce de sa nomination
comme secrétaire d’État auprès de la garde des Sceaux. En plus d’une mission
généraliste au côté de Michèle Alliot-Marie, il aura à s’occuper plus
spécifiquement des prisons, dont l’état est « une honte pour la République », a
déclaré Nicolas Sarkozy devant le Congrès.
Au cours des dernières semaines, Jean-Marie Bockel – qui a
été avocat dans sa jeunesse et dont l’épouse, Marie-Odile Mayer, plaide
toujours – avait marqué son intérêt pour les questions de justice. Mais, dans
le cadre d’un remaniement qui fait la part belle aux personnalités issues de
l’UMP, le président de la toute jeune Gauche moderne, très actif pourtant
durant la campagne européenne, n’a pas fait le poids. « La configuration ne le
permettait pas », a-t-il simplement constaté.
Entré au gouvernement, comme ministre d’ouverture, en juin
2007, l’ancien sénateur socialiste n’aura passé que quelques mois à la Coopération. Ses
critiques envers la «
Françafrique » avaient déplu à Omar Bongo et aux autres
potentats africains.
Nommé en mars 2008 secrétaire d’État à la Défense,
Jean-Marie Bockel, colonel de réserve, s’est montré à l’aise avec les
militaires, y compris sur les théâtres d’opérations, comme avec les anciens
combattants. Il a réglé, en Alsace-Moselle, la délicate question de l’indemnisation
des « Malgré-elles ». À 59 ans, un nouveau champ d’action s’ouvre devant lui.
Dans son nouveau poste, au sein d’un ministère régalien, il sera cependant plus
exposé qu’avant.