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Pourquoi le social libéralisme ? Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Jean François Pascal   
26-11-2007
Parce que nous sommes en crise.

Parce que nous avons désormais une obligation de résultats.

Parce que seul un discours de vérité est aujourd’hui à la mesure des enjeux, parce que seul il nous donne les leviers pour agir concrètement : « Dire ce que l’on fait et faire ce que l’on dit ».

Parce nous devons partir de la pratique et non de la théorie.
Et qu’en Europe, du nord au sud, la social-démocratie, le nouveau travaillisme, le socialisme pragmatique, nous montrent que la croissance fondée sur l’innovation, le plein emploi, la hausse du pouvoir d’achat, la vitalité des services publics et la santé du pacte social, constituent des réalités.

Parce que tous ces pays proposent des compromis, d’ailleurs divers, entre les libertés et la solidarité, les dynamiques individuelles et les régulations collectives, les initiatives de la société civile et le volontarisme de l’État.
Parce qu’à force de confondre le libéralisme et l’ultra-libéralisme, nous devenons aveugles au monde et incapables d’agir sur lui. Ne pouvant penser ni le capitalisme, ni le marché, ni l’entreprise, autrement que sur le mode de l’opposition, nous n’inventons plus de levier d’action pour agir en leur sein. Au risque de voire naître une société de marché destructrice des hommes et de la planète, à l’ombre de notre stérilité et de notre inaction.

Parce qu’à force de confondre le libéralisme et l’ultra-libéralisme, nous nous résignons à un étatisme convenu, à une conception centralisée et autoritaire de l’action publique. Nous ignorons les dynamiques individuelles et collectives. Nous méconnaissons les ressources de la société civile, les vertus de la régulation contractuelle et du compromis. Nous oublions les possibilités d’une puissance publique décentralisée, d’un État-providence rénové, agissant au plus près des besoins et en vue de la satisfaction de ses usagers.
Notre monde a changé. Il est tissé d’échanges généralisés et de flux, d’acteurs individuels et d’appartenances multiples. Notre société est riche de ses diversités, multiculturelle, mais aussi fragmentée et inégalitaire. Les outils d’une politique progressiste doivent changer.

Parce qu’il nous faut un social libéralisme, un socialisme des libertés , réconciliant l’idéalisme et le pragmatisme, en prise sur le monde d’aujourd’hui.


Nous sommes des sociaux libéraux.

Sociaux, car nous devons opposer aux rapports de force et à l’injustice, la nécessité d’une émancipation partagée. Car nous nous donnons pour fin la justice et la protection sociale, la réduction des inégalités et la promotion des solidarités. Car nous travaillons au partage des biens et des droits à l’échelle du continent et du monde. Sociaux, car nous défendons l’esprit public, ce qui fait société. Car nous soutenons le principe d’une action collective et volontariste.

Libéraux, car nous comprenons l’émancipation comme accès à la liberté. Nous défendons la liberté et la responsabilité individuelle, l’autonomie de la société civile, la délimitation de la souveraineté de l’Etat. L’émancipation doit être le fruit des libertés mises en commun : réunies par le débat et la négociation contractuelle, réglées par les normes du droit et l’exercice de la justice.
Oui, le libéralisme est épris de justice et ne se reconnaît pas dans sa forme « ultra » ou « néo », expressions pathologiques d’une liberté déréglée et irresponsable.
Ce sont bien la liberté de la personne, la responsabilité partagée, l’engagement individuel et collectif, qui ouvrent la voie au progrès et à de nouvelles formes de justice sociale.

Être social-libéral, c’est partir du monde tel qu’il est pour le rendre meilleur.
Nous devons reconnaître et assumer l’ambivalence du capitalisme et de l’économie de marché : ils sont à la fois le meilleur et le pire. Nous reconnaissons le rôle du marché, lieu de la production des richesses à partager et des échanges ouverts à l’autre. Nous assumons la concurrence, source d’innovation, de mobilité sociale lorsqu’elle s’oppose aux avantages hérités et aux monopoles constitués. Nous savons que construire une société solidaire, dans le monde tel qu’il est, suppose aujourd’hui, tout en la dépassant, une économie de marché. Nous encourageons l’autonomie source d’épanouissement et de responsabilité. Nous encourageons l’esprit d’initiative et d’entreprise, source de création, pas seulement économique.

Mais, tout autant, nous connaissons l’importance des régulations nécessaires à la correction des injustices et nous ne nous satisfaisons pas de politiques d’accompagnement. Bien plus, nous nous opposons à la seule logique de la production et de la rentabilité maximale. Nous refusons une société de marché faite d’une juxtaposition d’individus producteurs et consommateurs, isolés et mus par leur seul intérêt.
Nous soutenons que la croissance est nécessaire mais pas suffisante au développement. Que l’individu est d’abord un être social, une personne possédant des dimensions multiples qui ne se réduisent pas à ses fonctions économiques. Nous avons le projet d’une société solidaire, n’ignorant pas le non-marchand, qui comprenne l’émancipation comme épanouissement partagé.


Notre social-libéralisme est en prise sur le monde contemporain car ses principes et ses questions entrent en résonance avec lui.
Foncièrement pragmatique et anti-idéologique, il insiste sur le retour aux faits, aux conditions de vie, de production et d’échange, aux rapports de force.
Il s’intéresse aux conditions concrètes d’une liberté partagée. Il cherche à accorder, sous la forme du compromis et de la régulation, le jeu des libertés et l’exigence de justice.
Il défend les conquêtes pratiques du réformisme.
Il témoigne de son engagement démocratique, fondé sur l’autonomie et le pluralisme du corps social.
Il porte ses regards vers le fédéralisme européen et la solidarité internationale.
 
(1)Nous reprenons l’expression employée par Monique Canto-Sperber dans Les Règles de la liberté, Paris, Plon, 2003

 


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