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Intervention de F. COSTE Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Écrit par Administrateur   
02-07-2008
"La gauche puritaine"

Pour comprendre notre position, au sein de Gauche Moderne, je pense qu’il faut partir de l’évolution de la gauche elle-même. Je vous propose d’en revenir à une dialectique, centrale dans la pensée politique : celle du progressisme et de la réaction.

 

Si l’on prend originellement cette distinction, on a ceci. D’un côté, on a le conservatisme où l’homme est soumis à une morale religieuse. Sa vie est dictée par Dieu. A l’inverse, le progressisme repose sur l’idée que l’homme se réapproprie son destin. Il n’est plus guidé par quelque chose qui lui est supérieur. Il n’a plus besoin qu’on lui dise ce qu’il doit faire.

Maintenant, si on imagine ce que devrait être l’évolution du progressisme au regard de sa conception originelle, on devrait aboutir de nos jours à un point où l’homme a un tel libre arbitre qu’il n’a plus besoin de dogme, de morale pour lui dire ce qu’il doit faire. On aurait ainsi un homme réellement libre.

 

J’aimerais désormais faire un parallèle entre cette dialectique du progressisme/réaction et la situation de la gauche de nos jours. Et bien, depuis quelques décennies, on a vu la fin de la gauche sociale, et la naissance de la gauche morale. Le progressisme nous a amené vers un retour en arrière. Ce que je veux montrer c’est que le progressisme n’a pas abouti vers un dépassement du conservatisme moral, mais bien à un retour vers cet état de fait. L’homme n’a plus son libre arbitre, et il doit suivre cette morale de la même façon que dans le conservatisme de la morale religieuse. Autrement dit, le progressisme est un conservatisme. Ce passage de la gauche sociale à la gauche morale, c’est ce que j’appelle la « gauche puritaine ».

 

J’aimerais en venir au puritanisme lui-même. Le puritanisme a plusieurs caractéristiques. En premier lieu, c’est une morale. Il y a des préceptes à suivre. Dans le cas de la gauche puritaine : « tu respecteras les Evangiles de la Déclaration des Droits de l’Homme » ; « tu seras vertueux », etc. Deuxièmement, le puritanisme a une peur chronique du Mal : comme tout puritanisme, la gauche puritaine est terrorisée par l’idée du Mal. Dans ce climat post-totalitaire, on va vouloir enlever tous les soupçons du totalitarisme, du Mal. Et cela donne des choses très particulières. En effet, si l’homme est bon, l’insécurité, par exemple, ne peut exister ! C’est alors qu’on va considérer que si insécurité il y a, c’est uniquement car il y a oppression quelque part. Alors, il faut trouver cette oppression, ce mal, pour y mettre fin. Et tout rentrera dans l’ordre. Enfin, un dernier trait du puritanisme, c’est qu’il voit la vie en termes du Bien contre le Mal : comme son ennemi, le conservatisme religieux dont on est parti tout à l’heure, la gauche puritaine va faire une croisade du Bien contre le Mal. De la victoire sur « le totalitarisme », elle veut en faire surgir le Bien. Le progressisme va retomber dans le conservatisme religieux qui était ce contre quoi il avait émergé.

 

Et nous dans tout ça ? Il reste un interstice dans tout ça qui est à mes yeux le plus efficace : tenter de résoudre les problèmes sociaux par un réalisme froid, sans vision a priori, en luttant contre le moralisme de la gauche puritaine.



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