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| Samedi 23 janvier 2010, colloque : « les gauches dans la crise » |
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| Texte d'Orientation de La Gauche Moderne approuvé au congrès fondateur de Suresnes |
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| Écrit par Administrateur | |
| 01-12-2008 | |
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Le Congrès Fondateur de La Gauche Moderne fut l'occasion de préparer, de débattre et de valider un texte d'orientation, qui explicite les engagements et les positions de notre parti sur les grands sujets qui structurent la vie politique française. Vous trouverez ci-dessous l'intégralité de ce document approuvé à l'unanimité.
La réforme juste,
condition d’une société
libre, équitable et solidaire
A - NOTRE CHOIX POLITIQUE
Depuis
la fin des années 80, avec la chute du mur de Berlin et l’accélération de la
mondialisation, le monde change et il change rapidement. Comme d’autres pays,
la France doit pouvoir s’adapter à ce monde nouveau marqué par une concurrence
généralisée des économies et des organisations sociales, et le faire en
répondant aux nouvelles attentes de nos sociétés.
Changer,
réformer, c’est le seul moyen de relancer la machine du progrès social qui
s’est arrêtée depuis des années dans notre pays. Les dirigeants de la gauche française ne peuvent répondre à ce besoin
de changement, parce que n’ayant saisi ni le sens ni la portée des temps
nouveaux, ayant perdu leurs repères, craignant de remettre en cause une vision
du monde qui a fait son temps et, avec elle, les dogmes qui restent leur
boussole, ils ne savent plus proposer une nouvelle route au pays.
Pourtant,
nombre de militants, de sympathisants et d’électeurs seraient prêts à s’engager
dans une vraie perspective de gauche, dynamique et revivifiée, si on savait
comprendre leurs aspirations, répondre sans démagogie à leurs craintes et
définir avec eux un chemin.
C’est le sens
de la création de
Parti
politique, voulant peser dans le débat public et agir concrètement dans la vie
politique de notre pays, «
Le monde vit aujourd’hui une crise
globale, financière mais aussi économique et donc sociale, d’une gravité sans
précédent. C’est la crise d'un capitalisme financier, de plus en plus fou, qui
s’est affranchi de toute prudence, de toute réglementation et s’est développé
en dehors de toute intervention publique, sans autre préoccupation que celle de
la rentabilité immédiate. Il a contribué à dévoyer les principes qui doivent en
permettre le bon fonctionnement, à pervertir et mettre en danger l’ensemble de
l’économie internationale.
Cette crise va rendre nécessaire de
refonder la gouvernance de l’économie mondiale sur des règles claires et
équitables, d’établir une nouvelle régulation pour protéger la planète des
dangers que lui feraient courir un capitalisme irresponsable.
La chute du Mur de Berlin a mis un terme
à l’illusion d’une meilleure gestion de la richesse au moyen d’une économie
administrée d’en haut par un État tout-puissant. En retour, dans l’euphorie de
cette victoire de l’Occident, s’est développée l’idée que l’État et la
règlementation devaient être totalement évacués de la sphère économique.
L’ultra-libéralisme néo-conservateur est fils de la chute du communisme. Son
résultat est là. Il nous montre que la voie n’est ni dans un excès, ni dans
l’autre. Nous devons trouver un équilibre entre la liberté et la réglementation
qui lui permet de s’exercer, entre les nécessités du marché et les exigences de
l’intérêt collectif, entre l’économique et le politique qui, sans prétendre
administrer l’économie ne peut, à l’évidence, s’en désintéresser, représentant
l’intérêt collectif, qui ne découle pas plus de l’addition des intérêts
particuliers que du simple produit des actions des acteurs individuels. Et puis
sera aussi plus nécessaire que jamais la moralisation de ce système qui ne peut
fonder une efficacité à long terme sur l’ignorance absolue des principes de
justice et d’équité, sur l’écrasement des plus faibles, sur des modes de
rémunération extravagants, dans leurs montants, et dans le fait qu’ils ne sont
basés sur aucune efficacité économique, aucune utilité sociale.
La France, l’Europe, la communauté
internationale, doivent contribuer à définir les nouvelles régulations, dont
tous aujourd’hui semblent comprendre la nécessité, et à leur permettre d’être
mises en application. Cette volonté d’un capitalisme mieux contrôlé, correspond
à l’équilibre, que nous appelons depuis longtemps de nos vœux, entre la liberté
qui permet la création de richesse et la régulation qui permet l’optimisation
de son utilisation. Pour apporter des solutions à cette crise, comme pour faire
face à d’autres situations, ce sont les orientations que nous proposons depuis
plusieurs années, compromis entre les libertés et la solidarité, les dynamiques
individuelles et les régulations collectives, les initiatives de la société
civile et le volontarisme de l’Etat, qui paraissent toujours les mieux
adaptées.
Ce sont les orientations mêmes de ce
courant qui s’est développé sous le nom de social libéralisme, et dont nous
pensons que l’actualité est confirmée par la crise majeure que nous vivons.
B - LES VALEURS QUI NOUS GUIDENT
C’est l’indignation devant les
intolérables inégalités et les injustices qui a constitué, dès le XIXème siècle,
le socle fondateur, le ciment de
Oui, l’autonomie entraîne la
concurrence, qui peut être la meilleure ou la pire des choses. La pire quand,
non régulée, elle contrarie les démarches de solidarité et permet au plus fort
d’imposer sa loi. Mais elle peut être la meilleure aussi car elle est
nécessaire au dynamisme de nos sociétés, tandis que son absence conduit à une
société figée, dans laquelle il est impossible de remettre en cause les
situations dominantes. Au lieu, comme le souhaite la gauche traditionnelle, de
renoncer, le plus souvent, aux avantages de la concurrence pour éviter les
risques qu’elle induit, nous voulons en permettre l’exercice dans des
conditions qui la font aller de pair avec
Il existe aujourd’hui un fort besoin de
sécurité que la liberté peut sembler menacer. Tout en sachant que le risque est
inhérent à notre société, à nous de comprendre de quoi est fait ce besoin et de
chercher à y répondre sans abandonner le recours à la liberté.
Parce que toute action présente un
risque, toute initiative un danger d’échec, on aura souvent tendance à
sacrifier liberté et initiatives au profit d’une prudence conduisant à
l’immobilisme et au repli sur soi. Alors on encadrera toutes les activités,
quitte à les étouffer, on regardera avec méfiance les entrepreneurs, on
favorisera des emplois publics à vie quand rien ne les justifie, on interdira
tous les Organismes Génétiquement Modifiés, on refusera toute réforme. Pour
nous, la sécurité ne doit pas limiter la liberté mais en être une condition,
être moins un lourd bouclier qu’un filet de sécurité qui rattrape en cas de
chute, qui garantit en cas d’échec et qui pousse à l’action puisqu’elle peut
corriger les conséquences néfastes éventuellement engendrées par
Nous voulons, en conciliant le désir de
liberté et le besoin de sécurité dans un monde changeant, encourager
l’initiative au lieu de
- Permettre à chacun d’être libre,
c’est lui permettre d’exprimer son potentiel, d’influer sur son destin,
d‘entreprendre. C’est la possibilité d’agir dans et sur une société qui doit
lui en donner la faculté et les moyens concrets. Notre conception de la liberté
ne se résume pas à une liberté de droits, mais c’est celle d’une liberté
concrète. Ce n’est pas celle du « laisser faire » c’est celle du
« pouvoir faire ». C’est la liberté réelle donnée à chacun d’exercer
sa responsabilité.
La liberté et la responsabilité sont le
moteur de l’action, et favoriser la mise en œuvre de la responsabilité permet
de donner à la société vitalité et dynamisme. C’est l’ignorance de ce principe
qui a maintenu nos sociétés dans un immobilisme où certains ont vu une cause de
déclin. Une société où personne n’est incité à assumer ses responsabilités ne
peut progresser. Ce n’est pas en enserrant l’individu dans des réglementations
et des prescriptions, en l’assistant ou en le protégeant du réel en toutes
circonstances que l’on favorisera le dynamisme social et le progrès, pas
davantage le lien social ou la solidarité, mais bien en développant son
autonomie et ses capacités d’initiative, en lui donnant l’ambition et les
moyens d’agir, de vivre pleinement l’aventure humaine.
L’exigence de liberté individuelle et de
responsabilité, entraîne la reconnaissance du même droit pour autrui ce qui
induit refus des discriminations, démocratie, et pour tout dire égalité ou équité. Il est vain
d’opposer l’exigence de liberté à celle d’égalité. Donner toute sa place à la
liberté, interdit d’en refuser l’exercice à d’autres. Vouloir la liberté, c’est
la vouloir pour tous, ce qui passe par la recherche de l’égalité, ou, selon la
belle expression de Monique Canto-Sperber, par la construction de
« libertés égales ».
Certes, l’égalité
absolue de situation est impossible, mais cette constatation ne contredit pas
notre volonté de voir se réduire les inégalités, car autant une société de
« l’égalité parfaite » serait une société immobile et déjà
« morte », autant les inégalités excessives déchirent les sociétés et
peuvent les faire mourir. Si toute inégalité n’est pas forcément une injustice,
la suppression des inégalités injustifiées et la réduction des inégalités
excessives constituent des exigences. Nous refusons la persistance des inégalités
entre les hommes et les femmes, celles s’appuyant sur une origine sociale ou
ethnique, celles liées à une orientation sexuelle ou une façon de vivre sa vie
privée, celles encore résultant d’un statut ou d’une situation privilégiée
prédéterminée. Nous refusons les inégalités héritées. Nous refusons l’idée
d’inégalités dont on ne pourrait pas sortir. L’égalité à laquelle nous
aspirons, au-delà de l’égalité de droits, est l’égalité des chances ou, mieux,
celle qu’ Eric Maurin appelle « l’égalité
des possibles ». C’est la possibilité, quelle que soit sa
situation, son handicap ou son origine, de s’insérer dans la vie sociale ou
professionnelle, d’accéder aux biens collectifs - éducation, culture, emploi,
santé - et de pouvoir en tirer un même profit. C’est l’égalité dans les opportunités
offertes à chacun d’utiliser au mieux sa capacité d’autonomie, ses talents et
sa volonté.
De même que notre
« liberté pour agir » dépasse la liberté formelle, notre conception
de l’égalité nous sépare de l’égalité globale et de principe qui anime nombre
de politiques sociales traditionnelles. Est-ce l’égalité que de vouloir la même
école et les mêmes moyens pour tous, alors que l’on sait que les possesseurs
d’un patrimoine culturel et vivant dans un environnement privilégié seront
ainsi avantagés ? Est-ce égalitaire de laisser chaque individu dans la
même situation face à l’emploi quand un jeune d’origine immigrée a trois fois
moins de chances d’être embauché qu’un Français « de souche » ?
Est-ce égalitaire d’attribuer, pour aider à élever leurs enfants, davantage aux
familles aisées qu’aux familles défavorisées, avec des allocations familiales
également réparties, ajoutées à un quotient familial qui avantage les plus
hauts revenus? N’est-il pas plus conforme au désir d’égalité, de construire des
dispositifs qui aident vraiment certains individus à combler leur retard ?
L’égalité formelle – facilement baptisée républicaine –
pensée à travers le prisme de l’uniformité, est en elle même porteuse
d’inégalités et vouloir traiter de la même manière des situations différentes
est porteur d’injustice. On ne peut poser le principe d’égalité en faisant
comme si il n’y avait pas de différences au départ entre les individus, et que
tous, passant dans le même moule, devaient en retirer le même profit. Quand une
inégalité existe à l’origine, l’égalité de traitement est une manière de
prolonger cette inégalité, alors qu’une forme d’inégalité compensatrice peut
l’atténuer. Il faut donner plus à ceux qui partent avec moins si l’on veut que
tous aient des chances comparables de réussite et d’épanouissement. C’est le
moyen de lutter contre l’exclusion sociale. C’est aussi la juste signification
de la solidarité et la condition
réelle de sa mise en oeuvre.
Notre vision est celle
d’un humanisme qui, refusant les discriminations de toutes sortes et faisant
appel à la responsabilité de chacun, ouvre un large champ d’autonomie et
d’épanouissement personnel, d’initiatives sociales et d’actions solidaires.
Elle exprime une confiance dans l’homme et dans la société.
Nous voulons une
politique adaptée à la société complexe d’aujourd’hui, attentive aux situations
et aux devenirs individuels, ouverte aux initiatives, favorisant la cohésion
sociale, plus soucieuse d’incitation que de volonté dirigiste. Une politique,
et une méthode, réformistes, que nous mettrons en œuvre en sachant que toute
réforme, même attendue, ne sera tolérée que si elle résulte d’un débat
démocratique, mise en perspective, suffisamment expliquée pour en faire
comprendre l’utilité, et si les efforts demandés apparaissent justement
répartis. Notre société a besoin de la réforme mais elle ressent d’abord le
besoin de la justice.
Les citoyens, qui sont
conscients que des transformations sont nécessaires, craignent l’insécurité
qu’elles peuvent entraîner lorsque rien n’est fait pour les informer de ce
qu’ils peuvent en attendre. Ils se replient sur l’existant – même peu
satisfaisant – lorsqu’ils ignorent ce que leur apportera le changement.
L’atomisation, l’apathie, qui « plombent » notre pays ne trouveront
de remède que dans l’affirmation d’une ambition collective capable, parce
qu’elle sera comprise, de rassembler les intelligences et les énergies. C’est
lorsqu’on ne propose aucune perspective que se développe la crispation sur ce
qui paraît acquis, c’est lorsqu’ils peuvent adhérer à une vision de l’avenir et
partager une espérance, que les peuples s’impliquent et deviennent moteurs.
Celui qui attend trop souvent qu’on le prenne en charge et qui réagit par la
récrimination et la revendication, retrouvera le désir de construire parce
qu’il en attendra son développement et son épanouissement. L’acceptation des
efforts qui accompagnent toute transformation, l’énergie nécessaire à la
construction de l’avenir ne seront possibles que si un projet est proposé, une
voie indiquée, un débat ouvert pour la choisir, des moyens fournis pour s’y engager.
C’est ainsi que pourra se bâtir cette société, libérale et solidaire, rendant
chacun conscient de ce que peut lui apporter l’avenir et, en conséquence,
désireux et capable de devenir l’acteur responsable du changement. Une société
de justice, de droits et de devoirs partagés, dans laquelle les destins ne se
construisent plus de manière irréversible, mais où chacun d’où qu’il vienne,
quels que soient son parcours et ses choix puisse se dire qu’il a sa chance, sa
chance de réussir sa vie professionnelle et sociale, sa chance de vivre pleinement
sa vie d’homme ou de femme.
C’est pour notre
société le moyen de répondre aux dangers de délitement, de résignation ou de violence
qui
Cette vision sera un objectif mais aussi
un moteur car c’est pour s’en approcher que chacun trouvera la volonté de
s’engager. Nous avons l’ambition de contribuer à donner forme à cette société
dynamique et solidaire, qui aura retrouvé à la fois une espérance et une
volonté d’agir, un but et des moyens d’y parvenir. Une liberté et une responsabilité.
La crise que nous allons vivre dans les
mois et les années qui viennent, loin d’être le moment d’un repli, doit être le
moment de s’élancer vers l’avenir, de le construire sur ces bases renouvelées.
C - NOTRE PROJET
1-
Orienter la mondialisation
Nous vivons l’époque de la globalisation
de la production, de la consommation et de
- L’encadrement et la
régulation internationale des mécanismes du marché pour permettre à celui-ci de
fonctionner de manière plus sûre, moins injuste et plus efficace. Il ne faut
pas restreindre le marché, mais fixer un cadre dans lequel il pourra, parce
qu’on en aura éliminé au maximum les perversions et les dévoiements, donner sa
pleine efficacité. On devra réviser et renforcer les régulations du système
bancaire, sur un plan international, contrôler la manière dont les banques et
les opérateurs financiers agissent, faire que leur activité principale soit
davantage tournée vers le développement de l’économie réelle que vers la
spéculation, revoir les règles prudentielles. Et réexaminer les constructions
sophistiquées qui deviennent de plus en plus abstraites et compliquées au point
de n’être pas assimilables même par les principaux acteurs d’un système qui
fonctionne dans le virtuel, à quelques uns… Mais dont les pertes, un jour,
deviennent bien réelles pour tous. Il faudra enfin lancer une action coordonnée
contre les paradis fiscaux, trous noirs qui servent d’abord à la prédation des
richesses créées dans le cadre de l’économie réelle.
- Un rôle accru des
organisations internationales est nécessaire. Démocratisons les organismes internationaux
chargés de la santé, du travail, de l’éducation ou de l’environnement et
faisons en sorte que leurs décisions revêtent le même caractère normatif que
celles du FMI ou de l’OMC. Encourageons l’ONU à fonder, sur la base de
propositions anciennes de Jacques Delors, un « Conseil de sécurité
économique et de développement humain », qui aurait un rôle d’impulsion et
de coordination des organismes spécialisés, ainsi que de règlement des conflits
économiques et sociaux. A travers une nouvelle charte qui serait plus adaptées
aux réalités du monde globalisé, l’ONU trouverait une nouvelle légitimité et de
nouveaux moyens de remplir mieux sa mission.
-
Le dialogue entre les institutions multilatérales et la société civile
internationale doit être amélioré. Les grandes ONG mondiales pourraient être
amenées à délibérer publiquement afin d’apporter avis et propositions aux organisations
internationales. Elles peuvent jouer un rôle décisif, en favorisant un
développement adapté aux besoins et aux capacités de chacun et pourront
d’autant mieux remplir ce rôle qu’on aura facilité leur développement, par des
incitations, des facilités d’intervention. Elles seront d’autant plus légitimes
à le remplir qu’elles répondront aux exigences de transparence et d’évaluation démocratique
que l’on peut attendre de tout acteur collectif.
La mondialisation ainsi orientée
pourrait devenir le cadre d’une coopération internationale pour la paix
d’abord, et nous devons soutenir toute initiative contribuant à renforcer
l’ONU, ses capacités de décision et ses moyens d’action. Mais aussi, une
coopération en faveur d’un développement équilibré et durable reposant sur la
solidarité et la responsabilité.
- Nous ne pouvons accepter
un monde dans lequel plus de 800 millions de personnes souffrent de
malnutrition, où des millions d’entre elles meurent faute d’accès à des
médicaments. Nous ne pouvons accepter de laisser des centaines de millions
d’individus dans la misère, alors que nous avons collectivement les moyens
techniques, économiques et financiers de remédier à cette situation. Nous devons
apporter des secours d’urgence, élever le niveau d’une aide publique qui reste
très faible, quand on sait que les capitaux envoyés par les immigrés du
« sud » représentent le double de l’aide publique des pays riches au
tiers-monde ou que la fondation privée de Bill Gates a dépensé en 2004 plus
d’argent que l’OMS pour lutter contre les maladies qui ravagent les pays pauvres.
-
La responsabilité qui est la nôtre implique de nouvelles formes de solidarité,
pour assurer un accès plus général au développement et aux biens publics
mondiaux. L’accès à l’eau potable manque à 30% de la population mondiale, 25
000 personnes meurent quotidiennement de manque d’eau, alors que quelques
dizaines de milliards de dollars par an suffiraient, semble t-il, à résoudre le
problème. Lançons une grande initiative contre les maladies infectieuses et le
sida. Prenons les dispositions permettant le retour dans leur pays des
immigrants hautement qualifiés, notamment des médecins africains, dont la
moitié exercent hors d’Afrique. Il est urgent de permettre aux pays les plus
pauvres d’atteindre l’auto suffisance alimentaire. Les accords de partenariat
économique (APE), qui comprennent un accompagnement tendant à un investissement
massif dans l’environnement technique et financier des petites et moyennes
entreprises et des exploitations agricoles, constitue une avancée. Allons plus
loin et plus vite.
- On l’a dit, un « plan Marshall » est nécessaire
pour l’Afrique. Au-delà d’une aide financière accrue, ciblée dans le choix de
ses destinataires et des canaux de sa distribution, doit se développer une
logique de partenariat. Ce plan suppose une incitation à la mise en place de
l’environnement politique, social et économique qui permettra au développement
d’être durable et de profiter aux populations. Les raisons de la malnutrition
et des famines, les obstacles au développement, sont davantage liés à des situations
de guerre ou de conflits internes qu’à des raisons naturelles ou économiques.
Sans paix civile il est illusoire d’attendre un progrès pour l’Afrique :
les investissements ne s’y hasarderont pas, les aides seront gaspillées, les
potentialités humaines écrasées.
Nous devons tout faire, avec les
organisations régionales, pour favoriser la paix et la stabilité politique qui
sont la condition des changements nécessaires. Au-delà, notre action doit
favoriser des politiques de santé publique, d’éducation, de lutte contre la
corruption et de mise en place d’une administration efficace, premier pas vers
un État de droit, lui-même accélérateur de la croissance, quand il n’en n’est
pas
Tout ne doit pas reposer sur nous et les
changements n’interviendront pas sans une participation et une volonté des pays
africains eux-mêmes. Il est vain de penser que le progrès puisse se passer de
la responsabilisation des populations concernées et de leurs gouvernants. On
n’a jamais, dans l’Histoire, exporté ni la démocratie, ni le développement, ni
l’épanouissement des populations.
- Faisant le choix de la
croissance mais en l’accompagnant de préoccupations sociales, éthiques,
environnementales, nous voulons la mettre au service du développement humain,
en l’orientant vers une diminution des inégalités et de la précarité à
l’échelle du monde, en limitant les risques et les nuisances liés aux effets
mal contrôlés des progrès des sciences et des techniques, en protégeant les
ressources de la planète. Favorisons les mécanismes du marché, mais
encadrons les. Ouvrons nos
marchés aux produits agricoles - sucre, arachide, fruits, café - venant des
pays moins développés et reconnaissons leur un droit temporaire à un traitement
différencié. Si nous savons la libéralisation des échanges bénéfique pour la
croissance, nous devons en accepter des exceptions pour favoriser les plus
pauvres. Sur ce terrain aussi « l’inégalité compensatrice » est
préférable à une égalité formelle injuste dans ses résultats. Examinons, en
tenant compte de ce problème, le soutien de nos exportations agricoles et les
garanties de prix qui peuvent fausser la concurrence, comme certaines
subventions à nos agriculteurs.
- Le développement doit
s’engager sur un chemin nouveau. Nous réalisons que la rencontre entre le désir
de surconsommation de la société et la recherche de profit immédiat qui anime
certains de ses acteurs, a de lourdes conséquences sociales, et altère de
manière grave notre environnement, jusqu’à mettre en danger notre planète.
L’humanité à toutes les époques avec les armes et les méthodes de son temps, a
toujours constitué un risque potentiel pour elle-même. Le progrès permis par
son intelligence et son obstination possède aussi sa face sombre. Mais
aujourd’hui nous prenons conscience que notre responsabilité s’étend dans
l’espace et dans la durée et que notre modèle de développement ne peut, au
risque de bouleverser les équilibres, être généralisé. Nous devons passer d’une
société de l’excessif et de l’aveuglement à une société de responsabilité.
- C’est
tout de suite que nous devons agir, ne laissons pas « les catastrophes être la seule manière que
nous ayons d’apprendre », comme le dit Jürgen Habermas. Prenons
garde, pour autant, à ne pas tomber dans un intégrisme écologique s’appuyant
sur un catastrophisme généralisé et sur l’instauration d’un « principe de
précaution » dévoyé dont l’application systématique en vue d’une illusoire
élimination de tout risque conduit au refus du progrès, de toute avancée
scientifique ou technique. Rien ne peut justifier l’emploi de techniques qui
pourraient être destructrices de la biodiversité ou socialement néfastes, ou la
mise sur le marché de produits potentiellement nocifs pour
- Engageons-nous dans une
politique de protection des ressources naturelles, d’économie d’énergie
fossile, principale responsable de l’effet de serre et dont la pénurie se
prépare, et dans l’analyse rationnelle, et sans à priori, des meilleurs choix
des sources d’énergie, en fonction des situations du moment et prévisibles à
moyen terme. La recherche dans le domaine de l’énergie, comme des transports,
est du domaine du développement et implique une participation de
l’industrie. La position défensive,
vis-à-vis des menaces sur l’environnement, ne peut suffire, les propositions de
limitation de la croissance doivent être évitées, c’est d’une politique offensive
dont nous avons besoin, basée sur la recherche et l’innovation. Ce n’est pas
l’immobilisme craintif ou le retour en arrière, qui nous apportera la solution,
mais bien les efforts, intellectuels, économiques, financiers pour aller de
l’avant. Ce sera le meilleur moyen, même s’il est coûteux dans un premier
temps, de répondre aux dangers qui nous menacent et menacent notre planète.
C’est tout un secteur de recherche et d’industrie qui s’ouvre devant nous, il
pourra donner à l’Europe des opportunités de développement et d’emploi.
2
- Une Europe politique,
solidaire
et utile au monde
L’Europe
contribuera à cet objectif de bonne gouvernance mondiale et de développement équilibré, en s’affirmant
comme un acteur influent de la scène
internationale.
L’insuffisance
d’Europe s’est fait sentir durant la crise financière, il faut rapidement aller
vers une Europe plus présente, plus active et qui fasse mieux ce qu’elle seule
peut faire. Cela demande que l’Europe se dote de l’ensemble des moyens pour y
parvenir, de façon pragmatique et flexible, mais il s’agira aussi de redonner au projet européen un sens qui a
disparu pour la plupart des citoyens, et, plus encore, de manifester une
volonté commune et une pratique démocratique empreinte de transparence et de
proximité.
- Nous devons aller vers une Europe
capable de décider, de mener et de réussir des politiques. Certes, il faut
réagir contre la propension de
- Au sein de cette Europe, le noyau
central représenté par l’Eurogroupe doit se renforcer. Pour tirer tout le
profit possible de l’Euro, bénéficier de la protection qu’il offre et des
initiatives qu’il permet, un « gouvernement économique » des États
partageant cette monnaie s’avère de plus en plus nécessaire.
-
- L’Europe politique ne se
construira pas sans l’Europe économique et sociale. On ne répondra au désenchantement
ou au scepticisme populaire, qu’en montrant que l’Europe apporte la prospérité,
ce qui exigera une politique permettant d’accroître sa compétitivité et de
créer des emplois durables : rééquilibre du budget et développement des
investissements en faveur de la recherche et des secteurs d’avenir (on ne peut
conserver ad aeternam l’agriculture
comme premier budget !), encouragement à l’initiative, invention de
métiers nouveaux, impulsion donnée aux politiques de croissance et d’emploi. A
titre d’exemple, on pourra prévoir la mise en réseau des centres universitaires
ou la création d'une agence européenne pour la recherche et la science ainsi
que la création d'une commission chargée d'identifier les emplois de moyen et
long terme, et les formations qu’ils exigeraient.
Ce sera aussi la promotion de services
d’intérêt général rénovés, la convergence fiscale pour les entreprises, le
développement des politiques communes et des politiques structurelles, éléments
de la solidarité.
La flexisécurité, parce qu’elle répond
aux exigences de performance économique et de justice sociale en permettant à
la fois de donner aux entreprises la souplesse, condition de leur
compétitivité, et aux salariés la sécurité nécessaire à une vie sereine, doit
être le socle du modèle économique et social européen. Les éléments,
équilibrés, qui la constituent doivent résulter de négociations sanctionnées
par la puissance publique. L’initiative prise par le Président de la
République, de lancer une Sécurité Sociale Professionnelle, va dans ce sens.
- L’Europe doit s’affirmer
comme un acteur de la coopération internationale pour la défense intransigeante
des droits de l’Homme, (nous luttons pour l’abolition de la peine de mort dans
le monde) contre les fondamentalismes et les intégrismes, ainsi que pour le maintien
ou le rétablissement de
- L’Europe doit s’ouvrir
sur le monde, et particulièrement sur les régions qui lui sont proches. La
Méditerranée est de celles-la. L’Europe ne peut qu’être concernée pour des
raisons historiques et culturelles par les peuples qui bordent cette mer, et la
fracture, économique, démographique, sociale existant entre ses deux rives
risque de devenir explosive, si rien n’est fait pour
- L’UPM, abordera les
problèmes posés par l’immigration, mais cette question dépasse le cadre
méditerranéen. Les pays européens doivent ensemble lutter contre l’immigration
clandestine, limiter les régularisations, rechercher avec les pays sources de
l’immigration, des solutions convenant aux uns et aux autres, dans l’accueil
des immigrés ou leur retour dans leur pays d’origine. Ils doivent prévoir pour
les immigrés réguliers des conditions d’accueil et d’intégration satisfaisantes.
- L’ Union Européenne doit
être, nous l’avons évoqué, un acteur du développement durable. Elle pourrait,
dans cet objectif, encadrer et financer des projets humanitaires, sociaux ou
d’aide au développement et la jeunesse
européenne pourrait se voir proposer un « service civique » pour
participer à ces projets.
3
- Un État modernisé,
aux
interventions ciblées
L’État a dans notre pays une place si
importante que toute volonté de réforme globale, doit commencer par une
rénovation de son rôle et de son fonctionnement.
L’Etat doit rester un acteur essentiel,
les Français y sont attachés et rien de solide ni de juste ne peut se
construire avec un Etat faible. Il doit assumer avec autorité les fonctions
régaliennes. Face aux dérèglements épisodiques du marché, comme à ses excès,
face aux incertitudes liées à l’accélération des mutations mondiales, aux
risques d’atomisation sociale, l’Etat est un irremplaçable pôle de cohésion, de
stabilité et de sécurité. C’est à lui que revient la responsabilité de donner
une perspective globale et les impulsions stratégiques. Il lui appartient de
remplir un rôle moteur d’investisseur social dans les domaines qui engagent
l’avenir, comme l’éducation ou
En dehors des domaines régaliens et des
circonstances exceptionnelles, l’intervention régulière, notamment dans le
secteur économique doit être mieux ciblée et souvent réduite. L’Etat central ne
peut plus être le seul acteur de la régulation, il doit se faire moins présent,
moins interventionniste, et laisser un rôle important aux acteurs sociaux, aux
collectivités locales, aux entreprises, à la société civile organisée.
- En concentrant ses
moyens sur ses priorités, l’Etat doit savoir se dégager de certaines missions
qu’il a pu remplir avec des résultats positifs, mais que l’évolution technique
et sociale amène à confier à d’autres. Cela concerne à l’évidence le secteur
économique, où la culture administrative et l’organisation bureaucratique sont
en contradiction avec les nécessités de souplesse, de rapidité, d’innovation
que les règles du marché et de la concurrence imposent. Il doit tendre à ne
faire que ce qu’il peut mieux faire ou de manière plus équitable que d’autres.
Il doit savoir déléguer, « faire faire » plutôt que faire, agir
davantage par l’incitation que par la réglementation, dans le respect de ses missions
stratégiques: orienter, réguler, évaluer et contrôler. En 1985 déjà, Michel
Rocard évoquait ainsi le rôle de l’Etat « moins
de règlements, plus de négociations ; moins de lois, plus de
contrats ; moins de tutelles, plus de responsabilité : voilà
l’équilibre qu’il faut trouver pour conjuguer modernisation et solidarité ».
Ce discours garde toute sa pertinence, son application est seulement devenue
plus urgente.
- Dans la
situation de concurrence généralisée à laquelle la mondialisation nous expose,
la diminution des dépenses publiques et des prélèvements, est une nécessité. La
France ne pourra pas s’accommoder longtemps de la contradiction entre l’appartenance à un marché ouvert et la
persistance de prélèvements supérieurs à ceux de nombre de ses concurrents,
lorsque l’efficacité de ces prélèvements n’est pas toujours assurée, comme
c’est le cas aujourd’hui. La réduction de la dépense publique
contribuera à nous faire retrouver des marges de manœuvre à utiliser pour les
dépenses sociales et les investissements d’avenir, comme elle rendra possible
la diminution des déficits et de la dette.
Pour
parvenir à conjuguer le service de l’intérêt général avec le sens de
l’efficacité, tout en pesant moins sur les dépenses publiques, l’administration
doit évoluer dans son organisation et ses méthodes. Trop d’énergies sont
stérilisées dans une organisation lourde et complexe, ne sachant pas motiver
ses ressources internes, constituée en citadelles cloisonnées, interdisant la
mobilité et rendant difficile toute coopération. Une gestion prévisionnelle des
emplois s’impose, on doit pouvoir redéployer les effectifs des secteurs
excédentaires vers ceux où des besoins existent, ce qui exigera un abandon de
la gestion par corps qui est un frein à toute mobilité.
L’initiative, la créativité,
l’implication, doivent être encouragées et avoir plus de poids que l’ancienneté
dans la rémunération et le déroulement d’une carrière. La motivation sera stimulée
et récompensée, les indicateurs de résultats systématisés. Les administrations
ont un devoir de performance en contrepartie d’une autonomie qui doit être plus
grande. La gestion par projets ainsi que les contrats par objectifs, la
responsabilisation des gestionnaires sur des enveloppes globales de crédits
pour permettre une meilleure maîtrise de la dépense, devraient être plus
souvent envisagées. L’ensemble de ces changements contribuera à une modernisation
du statut de la fonction publique qui dans une perspective d’équité,
d’harmonisation européenne et d’efficacité doit se rapprocher progressivement
de celui du secteur privé, rien ne justifiant les différences qui existent
aujourd’hui et isolent la fonction publique du marché du travail, en dehors de
certaines fonctions d’autorité qui nécessitent un statut spécifique.
Il faut être clair, la taille de la
fonction publique devra décroître durant plusieurs années, non seulement pour
alléger les coûts publics, tout en rétribuant mieux les agents, mais aussi
parce que c’est une condition pour que l’Etat gagne en efficacité. Un des
paradoxes français réside dans l’existence d’un État à la fois omniprésent et
sans efficacité suffisante. Une administration moins nombreuse et réorganisée,
serait plus réactive, plus efficace. Pascal Lamy a mis l’accent sur « la disproportion entre le volume de
l’État…et ce qu’il produit », dénonçant « un très gros État qui coûte très cher mais
qui marche mal. » Un État qui n’est pas puissant mais obèse. Il
arrive un moment où l’augmentation des effectifs, non seulement n’a plus
d’effet bénéfique mais devient un poids, entrave la réactivité, multiplie les
tâches internes, les pertes de temps et d’énergie, les double emplois. Aucune
politique de réforme et de croissance ne peut être menée en France sans une
réorganisation drastique de la fonction publique, qui conduira à une réduction
significative de sa taille. Elle touchera particulièrement les ministères
pléthoriques, comme celui de l’économie et des finances[1],
et là où on a préféré augmenter la quantité de personnels que se livrer au
devoir d’intelligence des questions posées qui sont
qualitatives, ceux aussi dont les responsabilités
et les populations concernées ont été réduites par le temps et les évolutions
technologiques comme celui de l’agriculture. Certes, les enseignants
exercent, dans des conditions souvent difficiles, leur métier, avec beaucoup
de dévouement, mais l'Education nationale pourrait mieux fonctionner avec un
mode d’organisation différent, plus économe en personnel, plus efficace pour sa
mission[2].
La police elle-même, et la gendarmerie pourraient libérer des milliers d’heures
de gardes statiques ou confier des charges comme le transfert des détenus à des
sociétés privées agréées qui le feraient aussi bien pour un coût moindre. A
l’heure de l’Euro et du rôle de la BCE, les effectifs de la Banque de France
peuvent être réduits, et combien d’administrations sont dans le même cas qui
ont vu leurs missions transférées à d’autres niveaux, Europe, régions,
départements … Le ministère de l’équipement emploie des dizaines de milliers
d’ouvriers, sans que la mission de l’État ne l’exige. Et cela est valable pour
d’autres fonctions : est-il besoin
d’être fonctionnaire pour trier des colis, être informaticien, chauffeur ou
standardiste dans un ministère ? Facilitée par le nombre important
de fonctionnaires devant partir à la retraite dans les années à venir, encore
faut-il que, pour se faire dans de bonnes conditions, cette réduction soit liée
à des réorganisations, à l’introduction de nouvelles méthodes, à un effort de
formation, à des aides au reclassement. Cette politique ne vise en rien à désigner
les fonctionnaires à la vindicte publique, ni à faire porter sur chacun d’eux
individuellement une responsabilité qui a été celle des gouvernants. Elle vise
à rendre au service de l’État toute son efficacité et donc toute sa noblesse
- Cette réorganisation de
l’administration doit permettre une réforme de la fiscalité d’État qui doit,
sur le long terme avoir tendance à diminuer, notamment pour les entreprises.
Elle doit être plus simple, plus facilement compréhensible, incitative pour la
protection de l’environnement, plus juste et permettre aux plus aisés de
participer davantage qu’aujourd’hui à l’effort commun. Nous proposons que soit
étudiée l’introduction d’une flat-tax, par exemple, sous la forme de
l’extension de la CSG, impôt plus équitable que la plupart des autres. Les
niches fiscales doivent être strictement limitées et globalement plafonnées.
- La décentralisation est une des
conditions de la modernisation de l’État, de l’approfondissement de la
démocratie, du bon fonctionnement des services publics. Elle permet de mieux cerner les besoins, de répondre à
l’aspiration des populations à maîtriser leur destin, alors que l’État central
ne dispose pas des meilleurs moyens pour adapter son action aux particularités
locales, même s’il doit conserver une capacité d’examen de long terme et de
vision large. Les régions ne pourraient-elles pas voir leurs compétences
devenir majeures dans les domaines non régaliens, tels les transports, le
logement, la santé, l’éducation et la formation, l’environnement, la politique
culturelle, dès l’instant où l’État veillerait au nécessaire transfert de
richesses entre les divers points du territoire ? Mais dans tous les cas,
ces compétences devront être spécialisées selon les collectivités et non se superposer
ou s’enchevêtrer, comme c’est le cas aujourd’hui ce qui nuit à l’efficacité.
Les co-financements seront limités.
Les régions devraient disposer de moyens
supplémentaires et d’une grande autonomie dans leur utilisation. Ce
développement des capacités financières s’accompagnera d’une réforme d’une
fiscalité locale devenue un « maquis
inextricable », en envisageant la spécialisation des taxes par
collectivité, des règles de transparence et des modalités de contrôle à
posteriori notamment par les chambres régionales des comptes. Les collectivités
locales auront toute latitude pour collaborer et contracter avec d’autres
entités territoriales, y compris européennes, rechercher toutes sources de
financement, rétrocéder au privé, sous condition d’évaluation et de contrôle,
une part de l’exécution de leurs missions.
On se dirigera vers une progressive
rationalisation des niveaux institutionnels qui aujourd’hui s’imbriquent et se
contrarient. On peut, pour disposer de régions suffisamment fortes, inciter au
regroupement de certaines d’entre elles. Le développement des structures
intercommunales a été un élément positif et concerne aujourd’hui plus des trois
quarts de la population française. Il convient d’inciter à la poursuite de leur
développement, de permettre l’élection au suffrage universel de leurs
exécutifs, d’élargir leurs responsabilités. On réexaminera le rôle des
départements. Si leur suppression ne peut intervenir à court terme, pour des
raisons politiques, on peut envisager des regroupements entre départements, entre
départements et région, voire en faire évoluer certains vers une structure de
gestion des systèmes sociaux de proximité dépendant de
Il n’est pas souhaitable d’imposer des
solutions uniques, l’uniformité administrative ne doit pas être un dogme. Les
expérimentations peuvent être un levier du changement et de
La diversité peut être en elle-même
créatrice de progrès et de richesse, si elle n’est pas prétexte à l’inégalité
et à l’égoïsme, pourquoi vouloir faire rimer égalité et uniformité. C’est la
rigidité, l’uniformité de principe, impossible à satisfaire dans la réalité, et
le refus de s’adapter à la diversité des situations qui créent souvent les injustices.
Ce respect de la diversité n’empêchera
pas l’échelon central de se mobiliser prioritairement pour les territoires
cumulant les handicaps. Il faut mettre en œuvre une péréquation des moyens
permettant la solidarité entre territoires riches et territoires moins
favorisés. La responsabilité et la solidarité sont ainsi les principes autour
desquels se développera la décentralisation : pouvoirs accrus qui
pousseront à la responsabilité, péréquation équitable qui permettra la
solidarité.
Pour montrer sa volonté de favoriser
cette évolution décentralisatrice l’État pourra recourir à des mesures de
déconcentration. Certains ministères pourraient s’éloigner du centre de Paris,
ou s’installer en province. On pourra aussi procéder au regroupement régional
de services départementaux. Les sous-préfectures, seront, en concertation avec
les collectivités locales, progressivement supprimées.
4
- Des services publics efficaces
et
au service du public
- L’autonomie des plus
fragiles passe par l’accès dans des conditions d’équité aux services
fondamentaux et exige, pour eux particulièrement, la qualité et l’accessibilité
– y compris physique pour les personnes à mobilité réduite - de ces services.
Car c’est bien aux plus fragiles ou aux plus pauvres qu’ils sont d’abord nécessaires.
Pour être à la fois performants et utiles à la société, les services publics
devront être responsabilisés et disposer d’une large autonomie de moyens et de
décision. Lorsque cela s’avèrera utile, sans mettre en cause l’intérêt général,
ils développeront leur action dans le cadre d’une concurrence régulée, comme
d’une coopération étendue entre le public et le privé.
- L’éducation est à la fois la meilleure arme qui puisse être fournie
aux individus dans le monde changeant d’aujourd’hui et la meilleure garantie de
compétitivité de nos économies. Le caractère fondamental de sa mission
justifie qu’elle représente la priorité d’un État attaché à la réussite individuelle
et collective, ainsi qu’au développement d’une société d’égalité des chances.
Malgré le « toujours plus »
des politiques suivies, les résultats de notre enseignement ne correspondent
pas à nos attentes d’efficacité et de solidarité : il favorise ceux qui
disposent des meilleures chances au départ et les situations d’échec scolaire,
les 150 000 sorties annuelles du système sans diplôme, touchent essentiellement
les enfants de familles défavorisées. L’enseignement doit prendre conscience
qu’il a une obligation de résultat et non seulement de moyens. L’échec scolaire
marque l’échec de l’école. Une rénovation du service public de l’éducation doit
avoir ce double objectif: le rendre plus performant et plus égalitaire. En
faire le moyen privilégié de l’égalité des chances, la condition de la mobilité
sociale.
- Le mode de
centralisation de notre système éducatif constitue un facteur de rigidité,
d’opacité et de conservatisme, que le développement d’une énorme bureaucratie
et l’influence de syndicats corporatistes ne font qu’accentuer. Des mesures de
déconcentration et de décentralisation donneraient plus de souplesse et, sans
remettre en cause la nécessité d’une cohérence nationale, diffuseraient les
responsabilités et les prises d’initiative. Le chef d’établissement se verra
reconnaître des pouvoirs de gestion et d’animation accrus. Il participera au
choix des enseignants, à la valorisation des compétences et à leur rémunération
en recourant à des modalités motivantes d’évaluation, en donnant plus de poids
au mérite et aux résultats qu’à la seule ancienneté. C’est aux chefs
d’établissements et aux équipes d’enseignants qu’il appartiendrait, dans le
cadre d’orientations fixées nationalement, de donner corps au projet éducatif.
Il leur reviendrait d’adapter les programmes à partir du socle commun défini,
de diversifier les méthodes, de les moderniser en y intégrant l’informatique,
de déterminer les itinéraires pédagogiques. Le nombre d’enseignant n’a pas
vocation à s’accroître mais leur intervention doit être optimisée. Une
meilleure organisation, la réorientation des professeurs des disciplines en surnombre,
une limitation des détachements, permettront une meilleure allocation des
moyens. Une formation plus adaptée, l’autonomie supplémentaire dont ils
bénéficieront, leur responsabilisation, de nouvelles modalités de rémunération,
renforceront leur motivation et leurs résultats.
- Si l’école doit donner à
tous un bagage commun, elle doit aussi permettre à chacun de trouver la voie de
sa réussite sociale et professionnelle. La nécessité de ne laisser personne en
route, sans abaisser le niveau général, doit conduire à des enseignements et à
des méthodes davantage personnalisés, à des formes d’aide et d’encadrement qui
tiennent compte d’aptitudes et d’aspirations différentes.
Vouloir parvenir à « l’égalité des
possibles », condition de la mobilité sociale, ne peut résulter d’une
égalité de façade mais exige des politiques différenciées, une diversité des
traitements. Ceux qui suivent bien ne doivent pas être retardés ou ralentis.
Pour ceux qui ont des difficultés, des dispositifs d’aides et de soutien doivent
leur permettre de continuer à suivre le parcours normal, ou de le quitter
provisoirement pour pouvoir ultérieurement s’y insérer à nouveau. La solution
des ZEP a échoué parce que ce sont des individus qui sont menacés par l’échec
scolaire, ce ne sont pas des zones. Quand le territoire visé est trop vaste,
les efforts se diluent et on en arrive à une différence d’un élève par classe
selon que l’on est ou pas dans une ZEP, ce qui, malgré le coût engagé,
représente un progrès proche de zéro. C’est sur des classes, ou même des élèves
que doivent être ciblés les efforts, pour apporter des résultats.
La diminution du temps scolaire global
hebdomadaire de 2 heures, pour les consacrer au suivi de ceux qui ont besoin de
rattrapage va dans le sens de cette forme « d’inégalité
compensatrice », faisant plus pour ceux qui partent avec un handicap de
départ.
- Au moment du passage au
collège, on doit s’assurer que chaque élève possède les connaissances de base
sans lesquelles il serait inutile, dans l’intérêt des élèves eux-mêmes, de les
laisser poursuivre leur scolarité comme si de rien n’était. Trouvons les
moyens, suivi particulier, stages de vacances, classes de rattrapage, de les
remettre à niveau. Des classes en alternance doivent pouvoir fonctionner assez
tôt, les « écoles de la deuxième chance » doivent se généraliser. Au
collège, maintenons un socle commun tout en introduisant une diversification
des parcours rendue possible par de meilleurs dispositifs d’orientation.
Développons, revalorisons et rendons encore plus qualifiantes les filières
techniques et professionnelles.
- Les écoles seront
évaluées de manière publique sur des critères globaux intégrant les résultats
obtenus par rapport aux objectifs fixés et aux particularités des populations
prises en charge. Cette évaluation qui existe déjà, de manière informelle et
incontrôlée, donnera une information publique permettant de souligner les
carences, d’évaluer les moyens nécessaires et de mobiliser tous les acteurs.
Elle favorisera une concurrence vertueuse entre les établissements, profitable
à un meilleur service public d’éducation.
- C’est dans l’enseignement supérieur que se joue pour une bonne part l’avenir
de la société et de l’économie. Nos universités et grandes écoles ont été
longtemps des lieux dans lesquels et grâce auxquels l’ascenseur social fonctionnait.
Elles ont contribué au rayonnement scientifique de notre pays. Mais elles ont
peine aujourd’hui à tenir leur rang dans la concurrence internationale et elles
ne permettent plus la promotion sociale.
Nos sociétés sont de plus en plus des
sociétés de la connaissance, ce qui suppose une augmentation constante et
partagée du niveau de formation et de qualification. La France ne s’est pas
donnée tous les moyens pour y parvenir. En même temps qu’on multipliait l’accès
aux universités, on négligeait l’orientation, on n’augmentait pas les
ressources et on ne réformait pas les structures.
- L’autonomie de gestion des universités était une
exigence, l’absence de responsabilisation et de pression concurrentielle
tendant à altérer la qualité et le coût du service.
On doit aller plus loin que la récente
loi sur l’autonomie des universités, en leur accordant encore davantage de
possibilités de choisir leurs intervenants, de recueillir des fonds, de prendre
plus rapidement des décisions stratégiques, de coopérer avec le monde
économique, d’opérer des regroupements, y compris avec des universités
européennes. On doit accélérer la mise en place de pôles universitaires
multidisciplinaires, de taille suffisante.
Une sélection sur des critères
clairement reconnus doit pouvoir être organisée. Une augmentation des droits
universitaires peut, dans certains cas, être envisagée, en contrepartie d’un
développement de prêts, à taux très bas, remboursables en fonction de la rémunération
future de l’étudiant.
- Il convient de fédérer
les ressources de l’enseignement supérieur, au service d’une politique de recherche exigeante qui
doit conduire la France à y investir au-delà des 2% du PIB. Mais, dans le même
temps, les structures de la recherche doivent être modernisées, au risque de
voir les injections de moyens supplémentaires rester sans guère d’effet.
Un pilotage des grands choix qui doivent
orienter la recherche française, doit exister. Il faut ensuite une autre
organisation, plus incitative, plus responsabilisante, des principaux organismes
de recherche (CNRS, INSERM, INRA…). On doit abandonner l’idée que l’on est
chercheur fonctionnaire à vie, et que les rémunérations doivent ignorer les
résultats et la qualité des travaux. Ce système, centralisé, bureaucratique,
cloisonné qui ne sait plus ni attirer, ni motiver, ni inventer, a vécu. Nous
devons passer d’une logique de statut à une logique de contrats
renouvelables. Nous devons moderniser
notre recherche, l’alléger des pesanteurs bureaucratiques, adopter une culture
de projets couplée à des procédures d’évaluation indépendantes et
transparentes. Il faut donner aux chercheurs plus d’autonomie, et avoir des
rémunérations incitatives pour les meilleurs si nous voulons enrayer la
« fuite des cerveaux » et attirer des chercheurs étrangers. Les
moyens accrus de l’État doivent bénéficier aux chercheurs eux-mêmes, et non à
un encadrement administratif pléthorique, et utilisés avec l’objectif de les dynamiser.
L’université doit être un lieu
performant de recherche, des évolutions croisées ou successives des fonctions
d’enseignement et de recherches doivent exister, et les échanges entre
l’université et les organismes de recherche, voire avec les entreprises, se
multiplier. La collaboration public/privé doit devenir un mode de
fonctionnement normal. On doit rapprocher recherche publique et privée. La
recherche privée est insuffisante, notamment dans les entreprises moyennes, qui
ne sont pas assez présentes dans les technologies du futur. Le crédit
d’impôt-recherche est une bonne incitation à la recherche privée. On doit en
proposer d’autres.
Les pouvoirs publics doivent favoriser la
synergie entre recherche et politique industrielle, la création et le
développement de pôles de compétitivité, sans multiplier leur nombre, ce qui
est malheureusement le cas aujourd’hui, regroupant, dans un même environnement
et autour de thématiques multidisciplinaires mais cohérentes, universités,
organismes de recherche, laboratoires privés, entreprises industrielles
novatrices, sociétés de services…C’est la règle du triangle d’or :
Université Recherche, Entreprise.
- La santé et la protection sociale : La santé est aussi un bien
collectif: sa garantie est un objectif d’intérêt général qui requiert une mobilisation
collective. Nous devons affirmer l’égalité devant le service public ainsi que
la qualité du service. La protection sociale doit bénéficier à tous, sans
excéder les moyens disponibles, ce qui exigera rigueur de la gestion,
responsabilisation des acteurs, et proportionnalité dans les contributions.
Notre système
d’assurance-maladie est toujours sous tension parce que les dépenses de santé
augmentent d’elles-mêmes : coûts croissants liés à la prise en charge des
soins d’une population vieillissante, développement de techniques médicales de
plus en plus coûteuses, demande croissante de soins émanant de nos sociétés
développées, mais aussi, du fait d’une gestion tout à la fois laxiste et rigidifiée
du système. Et pourtant elles doivent être maîtrisées.
La distribution des
médicaments doit prendre en compte les besoins de la recherche conduisant à un
prix de vente suffisant des médicaments nouveaux, lié en parallèle au recours
aux génériques, même si cela apporte peu d’économies. Les résultats médicaux et
la qualité des prestations de santé fournies en milieu hospitalier et en
médecine de ville, doivent faire l’objet, de la part des caisses de sécurité sociale
d’une évaluation et d’un contrôle exigeants. Le remboursement ne peut être indépendant
de ce contrôle. La logique du guichet ouvert doit ici faire place à une logique
de remboursement modulé, voire de « bonus-malus », lié à la qualité
du service rendu, notamment pour le service public hospitalier.
Les hôpitaux, source de
la moitié des coûts de l’assurance maladie, continueront à bénéficier d’une tarification
modulée à l’activité, mais doivent échapper à une bureaucratie paralysante et
disposer, dans un cadre de concurrence régionale, d’une plus grande autonomie
de gestion et d’une plus grande souplesse d’organisation, proches de celles des
cliniques privées. Une responsabilisation et une grande autonomie de gestion, y
compris au niveau de l’engagement du personnel et de ses interventions, au
niveau de sa rémunération, qui ne doit pas exclure l’intéressement, doit être
donnée au directeur de l’hôpital (ou au pôle de direction constitué d’un
médecin et d’un gestionnaire).
Un hôpital modernisé
devra continuer à garantir la qualité des missions d’intérêt général tenant au
service public hospitalier, tout en tirant le meilleur du dynamisme propre à la
responsabilisation et à la gestion privée. Des regroupements d’unités
hospitalières doivent être réalisées à l’échelon régional, des mises en réseau,
des reconversions de plateaux techniques (ex. chirurgie ou maternité), dans les
hôpitaux réalisant un nombre d’interventions limité, en services de prise en
charge pour personnes âgées, en hôpitaux de moyen ou long séjour, en centre de
rééducation…
La démographie médicale
doit faire l’objet d’une régulation plus fine, anticipant sur les besoins de la
société à moyen et long terme. Des mesures incitatives à l’installation dans
certaines zones géographiques doivent être prises. Des contrats seront passés
avec les médecins, conditionnant la revalorisation des actes médicaux aux
résultats obtenus en terme d’amélioration des pratiques, de limitation des
prescriptions médicales, de maîtrise globale des dépenses, de meilleure
organisation des gardes. Nous devrons mieux prendre en compte le rôle social et
les responsabilités nouvelles des infirmiers libéraux.
- Notre
politique de santé doit mieux anticiper les enjeux de l’avenir. En premier
lieu, elle doit répondre bien plus vigoureusement aux enjeux du vieillissement,
qui se posent en terme de solidarité, en termes financiers, en termes
d’adaptation et de localisation des services spécifiques aux personnes âgées,
qui sont par nature des services de proximité.
En second lieu, notre
politique de santé doit ménager une place plus grande à la logique de
prévention qui doit devenir un objectif transversal. Pour l’élévation de la
durée de vie sans pathologies et l’intérêt de nos finances sociales, il est
nécessaire de passer d’une culture curative à une culture de la prévention.
- Les
usagers du système de soins doivent bénéficier de traitements de qualité au
coût collectif le plus bas, ils doivent être responsabilisés quant à la
fréquence de leurs consultations médicales, et à leur consommation de
médicaments. La priorité de remboursement doit aller aux patients qui suivent
un parcours recommandé et consomment les médicaments génériques qui leur sont
proposés. L’équité doit aussi nous conduire à prendre en compte les disparités
de condition financière. On doit mettre davantage à contribution les plus hauts
revenus, envisager que dans certaines conditions, les cotisations, le coût ou
le remboursement ne soient identiques pour une personne aisée ou une personne à
faible revenu.
- La sécurité est la première des libertés pour les citoyens et la
première des responsabilités incombant à la puissance publique. L’insécurité
est une réalité, principalement pour la partie la plus fragile de
Il convient de redonner toute sa place à
la responsabilité, de redonner à la personne toute sa qualité de sujet de
droits, mais également de devoirs. Le respect de la personne implique de la
considérer comme responsable de sa conduite et de ses actes.
A ce titre, la contrainte et la sanction
peuvent avoir un rôle salutaire. La sanction, motivée, proportionnée et
immédiate, est une des faces de la prévention, dans la mesure où elle peut
faire éviter
La lutte plus active, coordonnée au
niveau européens, contre les trafics, la présence policière accrue dans les
lieux et aux horaires où le besoin s’en fait sentir, l’utilisation renforcée
des moyens de vidéo surveillance et d’intervention, l’encouragement des forces
de sécurité à l’efficacité, étaient nécessaires. Les succès dans la politique
menée sont réels mais encore loin de l’attente des Français. Si la recherche de
l’efficacité ne doit pas empiéter sur la liberté et les règles de droit, ou
mettre en péril les principes démocratiques et la solidarité que l’on doit aux
plus faibles, on doit admettre que l’équilibre entre efficacité et respect des
droits de l’Homme est aujourd’hui respecté. Il nous appartient d’y veiller.
- Une politique efficace
sur le long terme ne peut se fonder exclusivement sur l’usage de
Il faut accroître les dispositifs de
détection des problèmes dès les petites classes, établir un traitement précoce
des difficultés à travers un partenariat entre l’Ecole, les parents, le tissu
associatif et les relais sociaux des municipalités. On doit encourager le
développement d’établissements expérimentaux qui s’attachent à redonner à des enfants
désocialisés des possibilités de sortir de la spirale de l’échec et de la
marginalisation et de reprendre un cursus normal. On doit aussi agir sur le milieu familial. Si les fonctions
parentales ne sont plus remplies, risquant d’engendrer des conséquences graves
sur les enfants mais également pour autrui, il est du devoir de l’État de
redonner un sens à l'autorité de l'adulte. Des leviers peuvent être utilisés,
tels que l’action sur les allocations familiales, leur mise sous tutelle en cas
de délit grave ou de récidive, comme la loi le permet déjà lorsque des jeunes
se dispensent de l’obligation de scolarité. Au-delà, lorsque l’autorité ne peut
être rétablie ou lorsque le cadre familial et l’entourage sont néfastes, on
envisagera des mesures d’éloignement des jeunes. Des « internats pédagogiques
renforcés », accueilleront les enfants en situation de rupture et pour les
jeunes les plus déstructurés, pour les récidivistes, des modalités de placement
en milieu fermé spécifique s’imposent où seront dispensées des formations.
D’une manière générale on doit multiplier les alternatives à la prison et pour
les mineurs, dépasser les admonestations répétées - qui sont sans effet - pour
des sanctions telles que travaux d’intérêt général, mesures de réparation….Les
textes qui leur assurent aujourd’hui une quasi immunité doivent être, dans le
cadre d’une révision et d’une simplification du code pénal, reconsidérés.
Au-delà de l’aspect éducatif, une
politique de prévention se traduit par des efforts dans les domaines de
l’urbanisme, de « l’insertion » des banlieues dans la ville, dans la
lutte contre les discriminations, dans les politiques du logement, de l’emploi
et de
Autant de leviers qui peuvent être coordonnés
dans le cadre de la politique de
Un point encore, qui touche à la réforme
de la justice et particulièrement de la politique pénitentiaire. Aujourd’hui
nos prisons sont souvent dans un état indigne de notre démocratie et, en outre,
sont devenues des écoles de la délinquance et de
Tout doit être fait d’abord pour limiter
le recours à l’emprisonnement, qui ne devrait concerner que les personnes dont
la liberté peut nuire à
A l’heure où la criminalité, comme le
terrorisme, ignore les frontières, la sécurité ne peut plus être une
préoccupation purement nationale. Une collaboration européenne, voire la
création d’entités communes entre services de police et justice, s’avère nécessaire.
5 - Initiative, concurrence,
responsabilité,
les clés du
développement économique.
- Nous voulons favoriser le rôle positif
du marché qui est l’espace de la création de richesse. Il doit, pour
fonctionner de manière optimale, s’inscrire dans un ensemble de règles
permettant d’éviter les dérives ou les débordements qu’une liberté trop grande
et non contrôlée, provoquent. Une régulation doit corriger ses injustices et ses
excès sans en brider l’efficacité.
- L’excès de rentabilité à court terme
exigé par une logique uniquement financière entrave toute politique sociale et
limite les investissements utiles en occultant le long terme. La logique de
rendement doit être régulée par une logique de responsabilité. Notre projet
veut utiliser l’efficacité du capitalisme en le rendant plus équitable et plus
responsable.
- Nous
reconnaissons la concurrence comme un facteur de progrès, comme source du dynamisme
et de l’innovation dont nos sociétés ont besoin, mais elle ne peut être sans
limite. La concurrence doit s’exercer de manière loyale, sans que des ententes
la suppriment au profit d’opérateurs par trop dominants ou d’un opérateur
exclusif. Les autorités européennes doivent faire appliquer un droit de la
concurrence qui permette de concilier la puissance de grands groupes européens
et le maintien d’une diversité concurrentielle.
- C’est la libération des énergies,
l’initiative, la concurrence qui permettront le développement. C’est le
développement qui nous donnera les moyens de la solidarité et du progrès social.
- Dans
notre économie de marché, l’acteur économique principal est l’entreprise. Les TPE, les petite
PME-PMI sont de grandes créatrices d’emploi. Nous avons besoin de faire évoluer
la taille de nos PME pour qu’elles atteignent la masse critique qui leur permet
de soutenir la concurrence internationale. Pour atteindre cet objectif il est
indispensable de leur faciliter l’accès à tout type de financement, public,
privé, et en particulier un accès simplifié aux financements opérationnels. Les
pays qui créent le plus d’entreprises sont ceux qui ont le plus de croissance
et créent le plus d’emplois. Encourageons l’esprit d’initiative, soutenons ceux
qui prennent des risques, réduisons les obstacles administratifs à la création
d’entreprises et les réglementations pénalisantes, allégeons les charges qui pèsent
sur elles et qui sont parfois décourageantes, quitte à ce que ces allègements
comme l’attribution d’aides diverses, soient conditionnels et liés à des
progrès dans l’investissement, la recherche et la politique sociale. Pour
permettre aux PME d’emporter davantage de marchés publics, un « Small
Business Act » à la française peut être institué.
- La
liberté des entreprises est une nécessité. Comme toute liberté elle ne peut se
concevoir sans régulation et sans responsabilité. Les entreprises doivent jouer
leur rôle d’acteur social et se convaincre que leur développement ne peut
s’inscrire que dans le cadre d’une relation responsable avec la société, avec
leurs actionnaires, avec leurs salariés. L’entreprise doit être incitée à
devenir « socialement responsable », et à admettre que respecter une
éthique sociale peut correspondre à son intérêt. Un nombre croissant
d’entreprises sont amenées à prendre en compte des indicateurs autres que
purement financiers et à intégrer les dimensions sociales et environnementales
dans leurs politiques. Des entreprises du CAC 40 ont créé des fondations à but
social, signé des partenariats avec des ONG, au titre de conseils, pour
favoriser leur démarche de développement durable. Elles sont amenées à se fixer
des règles pour lutter contre la corruption, contre le travail des enfants,
pour participer à la défense de l’environnement. L’idée se répand, portée par
des analystes ou des financiers que la prise en considération de l’éthique
n’est pas contradictoire avec une bonne gestion de l’entreprise. Les investisseurs
qui choisissent les fonds socialement responsables le font en estimant que les
entreprises qui les composent réussiront sur une longue période, grâce à leurs
principes de développement et leurs méthodes de management, à apporter plus de
sécurité et de valeur ajoutée à leurs actionnaires.
On peut inciter les partenaires sociaux
à négocier une « charte de l’entreprise citoyenne », identifiant les
comportements souhaitables qui, sans remettre en cause l’objectif de profit, permettraient
d’inscrire l’activité des entreprises dans une démarche de responsabilité et de
solidarité qui profitera à tous. Cette charte couvrirait le domaine du
recrutement, notamment en adoptant des règles anti discriminations, de la
formation continue et de l’apprentissage, du reclassement des salariés
licenciés, du développement local, du respect de l’environnement.
- Les
actionnaires doivent être incités à exercer un contrôle plus sévère sur tous
les éléments de la rémunération des dirigeants. Les rémunérations des managers
augmentent de manière constante, y compris quand les résultats ne sont pas
satisfaisants et les « parachutes dorés » sont intolérables. Ces
avantages indus qui vont à l’encontre de l’éthique et sont ressentis comme des
provocations par les salariés, contredisent même les principes du capitalisme
en tendant à supprimer tout risque pour les managers, alors que celui-ci est la
justification de gains importants. Une réglementation s’impose qui ne permette
plus un niveau de rémunération extravagant, limite les indemnités de départ et
interdisent d’en attribuer quand les résultats de la gestion auront été
négatifs. Les patrons et les cadres dirigeants peuvent être intéressés aux
résultats de l’entreprise mais on supprimera les distributions de stock
options, porteuses d’effets pervers car elles conduisent à privilégier la
valeur boursière à court terme et non les performances réelles de l’entreprise,
pour les remplacer par des intéressements particuliers sur les résultats ou des
participations directes au capital.
- Espace naturel de la
lutte pour le partage de la valeur ajoutée, où s’affrontent des intérêts
contradictoires, l’entreprise peut aussi être un lieu de partenariat dans
lequel les conflits seront assumés. Un équilibre, par nature instable, y régne,
comme dans tout corps social, entre tension et coopération. La flexibilité
nécessaire aux entreprises, pour répondre aux besoins de leurs clients, pour
s’adapter aux variations de la demande et de la situation économique, pour
limiter leurs coûts tout en accroissant leur productivité comme les y oblige
une concurrence multiforme, doit se négocier avec les compensations à donner
aux salariés concernés. Si le droit du travail doit mieux s’adapter aux
évolutions de l’économie et aux exigences de la concurrence, les salariés
doivent en contrepartie obtenir des garanties, notamment en termes de protection,
d’expression et de formation. Le contrat fondateur de l’entreprise doit reposer
sur la reconnaissance d’une contribution mutuelle, précisant, pour les salariés
leurs droits, les conditions de leur participation aux décisions, et de leur
représentation dans les instances stratégiques.
Le contrat à durée déterminée ne doit
être qu’une exception. Un CDI, réformé, assurant une réelle sécurité tout en
étant évolutif dans l’extension de ses garanties en fonction de l’ancienneté et
de la fonction occupée, doit devenir
Le temps partiel choisi, sera considéré,
dans le cadre d’accords entre les partenaires sociaux, comme un droit du
salarié. L’égalité entre hommes et femmes ne peut souffrir d’exceptions, ni en
terme de salaire ni en terme de déroulement de carrière. Il est temps aussi que
l’entreprise redécouvre l’avantage d’une pyramide des âges cohérente et donne
leur place aux travailleurs plus âgés dont elle a tout autant besoin que de
plus jeunes.
- Associer les salariés
aux performances auxquelles ils ont contribué, relève de la justice mais aussi
de l’évidence économique. Les entreprises manifesteraient une vision à courte
vue si elle ne consacraient pas une part importante de leurs bénéfices à une
amélioration de la rémunération des salariés, et notamment de ceux qui y ont le
plus contribué. Reverser la totalité des gains de productivité aux actionnaires
est injuste puisque on en prive ainsi ceux qui y ont directement contribué,
mais cela a, de plus, comme conséquence, d’entraîner démotivation, opposition
interne, troubles sociaux. Au-delà même de la participation aux résultats et de
l’intéressement, cette rémunération doit s’étendre à la participation au
capital. L’actionnariat salarié, les plans d’épargne abondés par les
entreprises et bénéficiant d’avantages fiscaux, résultant d’accords
d’entreprise ou interentreprises peuvent, en les associant plus étroitement à
la stratégie, au fonctionnement, et aux résultats de l’entreprise, leur faire
prendre en compte les intérêts de celle-ci. Cet actionnariat salarié peut
représenter une étape vers une gouvernance partagée et s’affirmer comme un élément important d’un nouveau contrat
social.
- Les représentants du
personnel doivent pouvoir accéder aux informations tout en participant
davantage aux décisions. L’association, chaque fois que cela est possible des
syndicats aux projets est un moyen de lutter contre les surenchères, les
oppositions systématiques ou les incompréhensions qui conduisent au refus ou au
blocage.
- Le poids de l’État est
tel que les luttes sociales, en France, se réduisent souvent à une tentative
d’influer sur ses choix et ses décisions. La négociation collective n’a jamais
pu devenir le mode courant de régulation des rapports sociaux. La loi, par définition
générale et lente dans son élaboration, les décisions d’une administration
éloignée des réalités, des urgences et des contradictions du terrain, ne sont
pas les mieux adaptées pour intervenir sur ce qui touche à l’entreprise, au
travail. Il incombe au politique de favoriser la contractualisation collective
qui rendra possible l’élaboration de réformes au plus près des besoins des
entreprises et des attentes des salariés, de créer une nouvelle dynamique et
d’attribuer la maîtrise du social à la société civile.
L’État doit faciliter, si nécessaire
initier, ce dialogue entre partenaires responsables qui se déroulera dans le
respect de principes préalablement fixés. Lorsque seront remis en cause des
accords de branche, les accords majoritaires doivent devenir
Pour être reconnus et se placer en
situation d’agir en véritable contre pouvoir, dans la société et dans
l’entreprise, les syndicats doivent trouver une légitimité et une représentativité
qu’ils ne possèdent pas. Cela peut passer par des aides publiques mais dépendra
surtout de leur capacité à remplir concrètement leur mission première qui est
d’être à l’écoute des salariés, au service de leurs préoccupations et de leurs
intérêts quotidiens: salaires, conditions de travail, hygiène et sécurité,
formation. Ils doivent aussi prendre leurs responsabilités en conciliant
réalisme et visée transformatrice et non se contenter d’être des forces de revendication
et de contestation, s’imaginant compenser – alors qu’ils l’aggravent – leur
faiblesse par l’intransigeance et le jusqu’au-boutisme.
6-
Un Nouveau pacte social
- Une tendance à
l’individualisation se répand. Les affiliations traditionnelles perdent de leur
force, les parcours s’individualisent, les attentes et les besoins sont de plus
en plus caractérisés par
Les
approches uniformes et égalitaires d’un État providence dépassé et privé de
moyens ne sont plus adaptées à cette diversification des situations, à cette
société composite. Les schémas de redistribution insuffisamment diversifiés ne
fonctionnent plus, les solutions globales ne peuvent répondre aux phénomènes de
chômage de longue durée et de précarité et contribuent même souvent à maintenir
des situations d'exclusion, « les
mesures de portée générale butent sur la complexité du réel » a pu
dire Zaki Laïdi. Le caractère ultra protecteur de notre droit du travail
n’empêche pas l’insécurité professionnelle d’être, chez nous, ressentie comme
particulièrement importante. Le nouveau pacte social devra mettre en œuvre des
solutions différenciées et ciblées. Prenant en considération que l’exclusion
sociale revêt des aspects multiples : emploi, santé, éducation,
toxicomanie, délinquance, etc. et des cibles diverses : famille, adolescence,
petite enfance, population en phase de paupérisation et non insérables. On ne
doit plus se limiter à une distribution de prestations égales à des
bénéficiaires fortement inégaux en termes de revenu, de statut, de patrimoine
culturel, de santé, d’espérance de vie, mais concentrer les incitations et les
aides sur les plus fragiles ou les plus menacés.
Plutôt
que de recourir à l’assistance qui conduit à la dépendance ou à la résignation
il faut favoriser la prise de responsabilité, l’initiative. Tout doit être fait
pour inciter les chômeurs à reprendre rapidement un emploi, ceux qui ont connu
un échec à repartir de l’avant. Les conditions de l’autonomie doivent être
données aux jeunes en difficulté à partir de mécanismes de soutiens
conditionnés par l’engagement dans des formations qualifiantes ou des projets.
Si la société a le devoir de prendre généreusement en charge ceux qui ne
peuvent le faire eux-mêmes - l’allocation pour adulte handicapé, le minimum
vieillesse et les plus basses retraites doivent être, malgré la crise,
fortement augmentés - elle doit encourager ceux qui peuvent se lancer à le
faire et leur en fournir les moyens.
D’abord
l’emploi. Facteur
d’autonomie, le travail est aussi un élément essentiel de l’estime de soi et de
la construction de l’identité individuelle. Il joue un rôle capital dans la
création et le maintien du lien social, l’insertion qu’il permet demeurant la
pierre angulaire de la lutte contre la précarité et l’exclusion. Face au fléau
du chômage, les solutions qui paraissent défendre les salariés, en retardant
artificiellement les réorganisations nécessaires sont contre productives.
Empêcher les licenciements est illusoire, les rendre par trop difficiles ou
coûteux a comme conséquence de multiplier les « licenciements pour
faute » et de raréfier les embauches. La gauche a eu le tort de se focaliser
sur le maintien à toute force du salarié dans son emploi, même si celui-ci est
condamné par la concurrence ou le progrès technique. Ce ne sont pas les emplois
qu’il faut protéger mais les personnes qu’il faut rendre employables et mettre
en condition de retrouver le chemin d’un nouvel emploi. Plutôt que de se battre
pour protéger des activités ou des emplois obsolètes, il faut tout faire pour
en créer de nouveaux. Pour aller vers une société du plein emploi qui doit
mobiliser les énergies de l’ensemble de la société, on dépassera les politiques
globales défensives, pour privilégier l’adaptation aux besoins et la
responsabilisation des acteurs.
- Première nécessité, une
politique de croissance, car on ne diminuera pas le chômage sans croissance. Le
soutien aux entreprises et notamment des PME est une priorité pour la
croissance et l’emploi. Les banques doivent être incitées à faire mieux leur
métier de soutien à l’économie, c’est dans cette direction que doivent se
prendre les risques et non dans
Les charges sociales pesant sur les
entreprises seront révisées. Certaines peuvent être basculées sur la valeur
ajoutée des entreprises, au lieu d’être liées aux salaires, ce qui pénalise les
entreprises de main d’œuvre. Par ailleurs ces charges seront modulées, par un
système de bonus malus en fonction des évolutions en terme de niveau et de
qualité d’emploi, compte tenu du secteur d’activité et du secteur géographique
où intervient l’entreprise.
- Faciliter l’embauche,
passe, notamment, par une simplification et un assouplissement du contrat de
travail. Retenons l’idée d’un CDI généralisé (le CDD sera réservé à des durées
très courtes, des métiers ou des missions bien spécifiques), qui verra augmenter
avec le temps les garanties offertes au salarié, en terme de formation, mais
aussi de préavis, d’indemnités de licenciements, d’indemnités chômage. C’est
bien là que réside le nœud de la question: les conditions d’un éventuel
licenciement, sachant que le faciliter peut permettre un recrutement plus
facile. Si les modalités du licenciement doivent être suffisamment simples et
rapides pour ne pas freiner une éventuelle embauche, elles doivent être suffisamment
entourées de garanties pour donner au salarié la sécurité qu’il réclame
légitimement. Certaines avancées ont été obtenues par la loi sur « la
modernisation du marché du travail », prolongeant un accord entre organisations
syndicales.
- Permettre une sécurité accrue en cas de mobilité, comme lors des périodes
de chômage, avec le transfert de certains droits, notamment de formation, d’une
entreprise à une autre. Un « compte mobilité » pourrait apporter à
chacun des garanties quelles que soient les variations de sa situation professionnelle.
Permettre un meilleur retour à l’emploi, plus rapide doit être un
objectif prioritaire, sachant que la gravité, tient moins dans la perte
d’emploi que dans la difficulté à un trouver un nouveau, dans l’installation
prolongée dans le chômage. Les mesures essentielles décidées récemment par le
gouvernement, dans le cadre de la création de
- la
réunification de l’ANPE et de l’UNEDIC, pour créer un service public unique,
plus proche des demandeurs d’emploi et plus efficace. Des suivis individuels
seront possibles, des recours à la formation et à la reconversion proposés, des
offres d’emploi adaptées présentées. Encore faut-il, pour que ce service
personnalisé trouve toute son efficacité, que les demandeurs d’emploi apportent
leur participation et que leurs efforts viennent répondre à ceux de
- le RSA, s’affirme comme
l’outil d’insertion qui doit permettre aux personnes au RMI de trouver un
avantage financier à reprendre un emploi, même partiel. Sans doute une des
grandes mesures sociales du quinquennat, à laquelle nous apportons notre soutien.
- la formation continue
qui doit, enfin, être réformée, pour servir à tous (particulièrement les demandeurs
d’emploi, les salariés de PME, les personnes non qualifiées) et non à ceux qui
en ont le moins besoin. L’utilisation des 34 milliards d’euros qui y sont
consacrés pourrait être considérablement améliorée, si la collecte était
mutualisée, et si un contrôle rigoureux sur les organismes de formation (relevant
notamment des acteurs sociaux) et les formations dispensées avaient lieu. La
formation est un atout essentiel, et la formation tout au long de la vie, doit
dépasser le stade du slogan pour devenir une réalité concrète, largement
utilisée.
- Et puis, la réforme
abîmée de réduction du temps de travail peut être reprise. Le temps partiel
choisi doit devenir un droit, à négocier dans l’entreprise et être développé,
quand on sait que près de deux millions de personnes travaillant à temps plein
souhaitent travailler à temps partiel, au moins autant que l’inverse.
Beaucoup a été fait, pour les retraites, mais on n’est sans doute pas
au bout des efforts nécessaires. Une plus grande égalité est encore à rechercher
entre le public, le privé, les régimes spéciaux, en terme de montant de
cotisation ou d’années de référence, quitte à les compenser avec la prise en
compte d’une part des primes dans l’assiette des cotisations et des
prestations. Reste aussi à trouver un financement équilibré pour une grande
part des besoins et accepter l’idée qu’il ne peut y avoir pour tous un même âge
couperet. D’abord parce que les écarts d’espérance de vie selon les catégories
sociales ou les professions sont réels. Mais aussi parce que la société de
liberté que nous voulons, exige d’accentuer les possibilités d’adaptation à des
choix différents. La durée doit primer sur l’âge. On donnera une plus grande
latitude d’arbitrage entre âge de départ en retraite et montant de la
pension : possibilité d’aller au delà de soixante cinq ans pour améliorer
sa pension, de « tirer » librement sur son compte retraite, de
choisir des formules de retraite modulées et progressives.
Pour permettre un maintien global du
niveau des retraites, et assurer un taux de remplacement suffisant pour les bas
salaires, le système par répartition sera conforté, ce qui entraînera dans les
années qui viennent de nouveaux efforts financiers. Au delà du fonds de
réserve, il faudra compléter l’allongement nécessaire de la durée de cotisation
par une hausse des cotisations, qui sera modulée en fonction du niveau de vie
comme en fonction des professions. Enfin, en complément, un recours à la
capitalisation, qui existe pour les fonctionnaires, doit être ouvert aux salariés
du privé. Permettons à tous d’y accéder, sans en masquer les risques que la
crise boursière a mis en lumière.
7
- Vivre ensemble
- Nous faisons le choix d’une
démocratie élargie et renouvelée. En complément de la réforme de la
constitution, trois mesures sont proposées :
Pour l’élection des députés, une dose de
proportionnelle devrait être introduite, ce qui permettrait, sans remettre en
cause la possibilité de constituer des majorités claires, de représenter au
Parlement l’ensemble des courants de pensée qui ont une existence dans notre
pays. Il n’est pas sain que les deux premiers partis, qui au premier tour ne
représentent qu’un français sur deux, disposent de manière permanente de plus
de 80% de la représentation nationale.
Limitation du nombre de mandats :
seul un mandat municipal (non exécutif, pour les communes de plus de 10.000
habitants) pourra venir s’ajouter à un autre mandat électif. Une réflexion peut
s’engager sur une limitation des mandats dans le temps.
Un examen critique du rôle et de la
composition du Sénat est nécessaire. Est-il imaginable qu’une assemblée élue ne
connaisse jamais aucune alternance ?
-
Vivifier les relations sociales, rendre la démocratie plus participative et
plus transparente correspond à une exigence centrale.
Dans notre pays, marqué par les
principes de la révolution française, les rapports ont souvent été difficiles
entre État et corps intermédiaires. A la différence des pays anglo-saxons on a,
en France, regardé avec méfiance les acteurs collectifs, les considérant comme
des écrans entre l’État et le citoyen, - donc préjudiciables à la démocratie -
comme les défenseurs d’intérêts particuliers ou corporatistes – ce qu’ils sont
parfois – ou comme des relais utiles au seul politique,
plutôt que comme des représentants d’une société diverse. Saura t-on admettre aujourd’hui
que la recherche du bien commun et du progrès social ne sont plus le monopole
de l’État et que la démocratisation de la société, comme son dynamisme passent
par la multiplication des prises d’initiatives ? Nous voulons contribuer à
accroître l’autonomie, la prise de responsabilité et la capacité de contrôle
des acteurs de la société civile, car c’est dans ses composantes aussi que
résident les acteurs de la régulation économique et sociale. Les médias, les
syndicats, les associations, toutes formes de regroupements de citoyens,
doivent s’affirmer comme des éléments moteurs de la société, et leur
intervention démocratique sera encouragée. C’est de la liberté des acteurs, de
leur responsabilité, de leurs initiatives, que naîtra une démocratie ouverte et
vivante, que se créera une dynamique de progrès et de transformation sociale.
Il faut faire confiance à
Les mobilisations civiques, quelles que
soient leurs formes, ou leurs objets, des regroupements d’habitants de
quartiers ou de consommateurs aux ONG internationales organisées en réseaux, se
multiplient. Capables de mobiliser, de créer des dynamiques, elles peuvent peser
sur le législateur et contribuer fortement à l’évolution du droit (on peut en
trouver un exemple, parmi d’autres dans ce qu’a été la lutte pour l’IVG…).
Elles agissent et tirent leur légitimité non pas d’un statut ou d’une élection,
mais de leur capacité d’action et de mobilisation collective, du témoignage
social qu’elles portent, de leur volonté d’agir sur
La forme associative est un mode de plus
en plus répandu de participation politique, sociale et civique. Le rôle non
lucratif qui est le leur ne peut être joué par le marché, les fonctions
concrètes de proximité qu’elles remplissent ne peuvent être assumées par
l’administration. Reposant
surtout sur le volontariat, mobilisant un travail bénévole, elles traduisent
une volonté d’initiative et d’engagement. Par l’exemple qu’elles donnent, par
le rôle social qu’elles jouent, par l’aspect de formation civique qu’elles
diffusent, les associations deviennent des constructeurs de citoyenneté, de
cohésion sociale et de relations humaines. L’État ne peut tout faire, il est
donc vital que les acteurs de terrain jouent un rôle décisif dans la
transformation de nos sociétés, notamment en intervenant dans les domaines qui
touchent à
Une politique de soutien et de promotion
de la vie associative doit tendre à la modernisation de la loi de 1901,
entériner le rôle économique capital ou de service public qu’incarnent nombre
d’entre elles, stabiliser leurs situations financières – l’accès aux prêts
bancaires sera facilité - leur permettre de recourir à des emplois aidés. Entre
le salariat et le bénévolat peut s’inscrire un statut souple du volontariat,
avec la possibilité donnée à des associations de passer des contrats de
volontaires rémunérés ou défrayés, et dont l’activité serait qualifiante. Les
déductions fiscales accordées pour des dons aux associations et
particulièrement à celles dont le rôle social est reconnu seront augmentées. Et
puis donnons sur un plan institutionnel une représentation aux associations,
notamment en permettant aux Conseils Economiques et Sociaux, de leur faire, au
niveau régional, national et Européen, la place que leur apport social justifierait.
En parallèle, car aux droits doivent
répondre des obligations, les responsabilités des associations et de leurs
dirigeants doivent être mieux définies. Elles doivent savoir évoluer et adapter
leurs structures et leur fonctionnement au désir d’autonomie et de responsabilisation
de ceux qui viennent leur apporter leur concours, se constituer en réseaux
ouverts, utiliser les nouvelles technologies. Les associations et notamment
celles qui bénéficient de subventions et de fonds publics doivent admettre une
évaluation démocratique de l’application de leur mission, la transparence doit
marquer leur fonctionnement et leur financement.
La démocratie participative s’exprime
particulièrement dans un cadre de proximité et dans l’engagement dans la vie de
- La mondialisation qui se
traduit par une circulation facilitée des marchandises ou des flux financiers
ne peut éviter de concerner aussi les hommes et les femmes. L’émigration vers
nos pays est une donnée compte tenu du déséquilibre en terme de démographie et
de richesse entre le « sud » et le « nord ». Quelles que
soient les politiques, il y aura toujours des millions de personnes prêtes à
courir les plus grands risques pour échapper à la misère ou tenter leur chance.
L’attraction de la richesse et de la liberté est irrépressible. Il y aura de
plus en plus d’immigrés dans nos pays, c’est une réalité, que nous devons
accepter. Mais pas plus qu’il y a 20 ans nous ne pouvons « accueillir
toute la misère du monde ».
Même si nous affirmons notre vocation
d’ouverture, même si nous savons à quel point nous avons et nous aurons besoin
de l’immigration, de son travail, de sa diversité et de son dynamisme, nous devons
envisager, en France et en Europe une claire politique de l’immigration et de
l’asile doublée d’une politique d’intégration.
Une des premières exigences sera de
lutter avec rigueur contre l’immigration clandestine, de sanctionner durement
ceux qui l’organisent et ceux qui en profitent, de procéder aux reconduites
décidées par la justice plutôt que de favoriser la surexploitation et la
maltraitance par des trafiquants. Les négociations avec les pays d’origine lieront certains aspects de la coopération avec
l’engagement de lutter contre l’émigration clandestine et d’accepter le
retour des expulsés. De même que tout signal de laxisme a pour effet de grossir
l’afflux de candidats à l’immigration tout signal de rigueur contribuera à
ralentir ce flux. Des régularisations auront lieu, mais les régularisations massives
ou automatiques au bout de dix ans seraient des erreurs. Dans ce domaine aussi
ce ne sont pas les mesures globales et générales qui doivent s’appliquer mais
bien des mesures ciblées, adaptées au différents cas. Les autorisations, définitives
ou temporaires, seront délivrées en prenant en compte, des raisons humanitaires,
la volonté et la réalité de l’insertion économique, sociale, culturelle, familiale
de l’intéressé. On doit se rapprocher d’une situation ou il n’ y aurait plus
d’immigrés en situation « irrégulière tolérée » durable à qui on
impose de manière hypocrite des conditions de vie impossibles et des moyens de
subsister marginaux.
Parce que pour une large part
l’immigration clandestine est une immigration de la misère, on doit agir en
amont, en mettant en œuvre une politique de coopération et de développement,
en travaillant à créer dans les pays d’origine les conditions permettant aux
migrants potentiels d’y demeurer. Des partenariats tournés vers l’action
concrète doivent être établis avec eux, passant par le financement de projets
créateurs d’emploi, des formations sur place entreprises.
Nous devons choisir l’immigration que
nous voulons et pouvons accepter, tenant compte des demandes émanant des pays
sources comme des besoins et des capacités d’accueil de nos sociétés. Il
s’agira d’une immigration concertée. On peut définir des critères
professionnels et sociaux, en collaboration avec les pays d’origine, pour
orienter les entrées vers les secteurs qui ont des capacités d’accueil et
d’emploi. Dans ce cas, et dès avant leur arrivée, les futurs immigrants
bénéficieront d’une première formation et d’une information sur les
caractéristiques de notre vie collective et les principes de notre pacte républicain.
On peut s’accorder avec ces pays sur
l’entrée de travailleurs venant se former et travailler en France, quitte à
envisager des séjours temporaires permettant des retours vers le pays
d’origine. Ce peut être le cas pour les migrants très qualifiés, ou pour les
étudiants étrangers qui doivent pouvoir faire une partie de leur carrière chez
nous avant de retourner dans leur pays pour aider à son développement. Des visas
à entrées multiples, pourront être généralisés. Les retours vers le pays d’origine
se feront d’autant plus volontiers que l’on saura pouvoir entrer à nouveau sans
difficulté, si on le souhaite, dans le pays destinataire. Cette aide et les
modalités de ces retours ou de ces allers-retours doivent être un élément de
notre politique de coopération avec les pays d’émigration.
Une politique commune d’immigration doit
être adoptée au niveau européen. La question du droit d’asile sera traitée de
manière coordonnée, et elle ne sera efficace et humainement acceptable que si
les délais d’étude de dossiers ne dépassent pas quelques semaines et si les
personnes dont les dossiers sont en cours d’examen bénéficient de conditions de
vie acceptables.
Toute politique d’immigration doit
trouver une complémentarité dans une politique d’insertion et d’intégration. La
politique d’intégration « à la française » est en panne. On a
considéré que l’obtention de la nationalité française était suffisante pour
assurer l’intégration des nouveaux citoyens qui étaient dès lors supposés
communier dans le pacte républicain, laïque et égalitariste, selon lequel les
origines ethniques ou religieuses des uns et des autres n’avaient plus cours.
Ce système d’immersion dans la communauté française a donné des résultats
jusqu’à la fin des années cinquante. L’origine européenne des populations
concernées, l’existence d’institutions « intégrantes » comme l’école,
les syndicats, le parti communiste, les églises ou la grande entreprise, la
rapidité de la croissance et les possibilités de hausse du niveau de vie qu’elle
entraînait, ont donné des résultats positifs. Mais aujourd’hui, les conditions
socio économiques sont plus difficiles et l’intégration républicaine basée sur
un principe d’égalité formelle ne suffit plus. D’autant que bien souvent le
regroupement - opéré par facilité coupable - des populations à intégrer dans
des quartiers ou des communes où elles finissent par être majoritaires, rend
cette perspective d’intégration illusoire.
L’accueil concret des
immigrés est une nécessité. Le minimum relatif à l’apprentissage de notre
langue et des principes d’organisation de notre République, le suivi social,
n’ont pas été réalisés ! Nous devons nous y attacher, avec l’aide
d’associations. Abandonnée, ignorée, souvent méprisée, la population immigrée
s’est repliée sur ses communautés et de la résignation des parents on est
passé à la révolte des enfants contre l’ensemble de ce qu’ils identifient comme
un système social hostile et hypocrite. Comment leur parler de
justice si on ne sait pas les accueillir, si on laisse dans une « inexistence
légale » leurs frères ou leurs coreligionnaires sans papiers, parfois sur
notre sol depuis des années ? Comment leur parler d’égalité alors que les
différences de situations sont criantes et que tous pourront constater que
les jeunes d’origine immigrée, y compris les diplômés ont trois fois plus de
risque de chômage que les « Français de souche ». Comment leur
parler de solidarité et d’insertion alors qu’ils ont vécu dans des cités
devenues ghettos, coupés du reste de la société française et conduits à
des modes de fonctionnement et des revendications communautaires qui
représentent pour la cohésion sociale des risques inacceptables, même si
l’existence de communautés, en tant que regroupement naturel de solidarités
voire de cultures ou de nostalgies ne peut être nié ou contrarié. Faire comme
s’il n’y avait pas de différences entre les individus, a donné des résultats
désastreux, développant en réaction les formes de communautarisme que l’on
voulait éviter. Il n’y aurait pire erreur que de vouloir traiter de manière uniforme
des situations inégales. Non, l’inégalité de départ ne se combat pas par
l’égalité mais par une sorte d’inégalité compensatrice. Oui il faut donner plus
à ceux qui cumulent tous les handicaps et faire en sorte que la mixité sociale
devienne une réalité concrète dans des domaines prioritaires : éducation,
formation, logement, emploi. Les manifestations de racisme et les
discriminations de toutes natures dans les comportements et dans les exclusions
concrètes que l’on constate, doivent être sanctionnées.
Le refus des discriminations doit aller
de pair avec une défense de la laïcité, qui refusant de fonder l’espace public
sur des vérités révélées, se veut le
principe fondateur d’un espace de liberté, constitutif du lien politique. La
laïcité permet l’émergence d’une identité humaniste commune dans l’acceptation
et le dépassement des diversités. La mise à la portée du plus grand nombre, de
la connaissance, et de la pratique des
diverses manifestations culturelles peut être à la fois une ouverture
facilitant la compréhension de soi-même et de l’autre, tout comme un ciment qui
aidera à la cohésion sociale.
- Dans les quartiers
sensibles, où, vivent principalement les immigrés et les Français, issus de
parents ou de grands parents immigrés, une politique d’intégration dans
l’ensemble urbain et dans le tissu social, doit être entreprise :
amélioration et réhabilitation des logements, urbanisme plus « humain »,
application de
[1]Tout en sachant que chaque situation nationale est
spécifique, Bernard Spitz rappelle que « en Suède, le ministère des
finances a externalisé la plupart de ses missions et n’emploie plus que 300
personnes. En proportion Bercy ne devrait compter que 1800 agents, il en a exactement
100 fois plus. »
[2] En vingt ans le nombre d’enseignants a augmenté de
100 000, alors que le nombre d’élèves baissait de 500 000. On sait
par ailleurs que plus de 30.000 enseignants (en équivalent temps plein)
n’enseignent jamais.
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