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Lorsqu’il
y a 25 ans, surgissait électoralement, à l’occasion des européennes,
le Front National, qui s’était illustré localement
l’année précédente à Dreux, comment ne pas percevoir que c’était
la question de l’identité nationale française, qui, parce qu’elle
avait été trop longtemps oubliée, surgissait sous une forme exacerbée
par les difficultés économiques du moment, et allait nourrir un discours
populiste d’extrême droite.
La gauche,
comme la droite, ont choisi à ce moment là de condamner le Front
National, mais sans répondre à cette question qui avait fait renaitre
l’extrême droite française de ses cendres. Le vocabulaire de la
nation, comme son drapeau ont vite étés abandonnés à Jean-Marie
le Pen, sans débat, sans combat, par beaucoup de responsables politiques
qui craignaient, plus que tout d’être dénoncés comme « ringards »
ou « France-moisie » par les médias dominants de l’époque. Ils ont
choisi le seul terrain de l’antiracisme pour contrer la progression
de l’extrême droite, avec l’insuccès que l’on sait.
Aujourd’hui,
25 ans plus tard, c’est parce qu’il a osé poser cette question,
dans la campagne présidentielle, sans détour, que Nicolas Sarkozy
a fait reculer massivement le vote en faveur du Front National.
C’est dans
cette situation nouvelle que, conformément à l’intitulé de ses
fonctions, Éric Besson lance ce grand débat national.
Ceux qui osent
accuser la majorité de faire une diversion politicienne avant
les élections régionales devraient avoir honte d’eux-mêmes. Quel
meilleur moment pour avoir un débat si important, et qui a miné la
vie politique de notre pays pendant 25 ans, faute d’avoir eu lieu,
qu’avant les élections ? Si on veut faire un vrai débat, et pas un
simulacre, alors il faut le faire, tout naturellement, à ce moment
là, qui est celui où les Français s’intéressent le plus à la
politique. Et quelles leçons devrait-on recevoir de ceux qui n’ont
jamais voulu ou jamais su lancer ce débat, pendant les nombreuses années
où ils étaient au gouvernement du pays…
Ce débat,
auquel La Gauche Moderne prendra toute sa part, doit sortir de la forme
manichéenne et excessive qu’il a pris faut d’être mené.
- D’un côté, on
trouve une vision restrictive de l’identité française, passéiste.
Une vision qui sert d’abord à exclure, sous prétexte de préserver
la Nation. Dans le slogan, « la France, aimez-là ou quittez-là »,
on sent bien que c’est la seconde proposition qui a la faveur de l’auteur.
Il s’agit là d’une vision ancienne de la France, fondée au temps
du colonialisme, lorsque les nations européennes avaient le sentiment
d’apporter La civilisation à des barbares de par le monde. Elle sous-tend
une vision de l’assimilation des nouveaux arrivants – qui pour la
plupart viennent de territoires qui furent nos anciennes colonies –
qui ne correspond plus à l’état de la planète. C’est l’assimilation
par contrition, devant la grandeur de la France, et la reconnaissance
de l’œuvre civilisatrice universelle de la colonisation, qui es là
proposée. Chercher à imposer cela aux enfants et aux petits enfants
des combattants de l’indépendance algérienne, par exemple, c’est
être certain de créer sur notre sol rancœur et désamour à l’égard
de la Nation, chez des femmes et des hommes, souvent jeunes, qui n’ont
pas eu et n’auront pas d’autre patrie que celle qui est inscrite
sur leur carte d’identité : la France. C’est s’assurer qu’immigration
rimera durablement avec délinquance, spécialement dans la jeunesse.
- De l’autre côté,
de beaux esprits, souvent intellectuels protégés du monde et de ses
dures réalités, se sont plus à prendre le strict contrepied de cette
position. La France coupable de tant de siècles de colonisation « doit
payer ses dettes de sang ». Comment ? Les arrières petits enfants des
colonisateurs – que nous sommes collectivement – doivent accepter
tout ce qui plaira au dernier arrivant venu. On devra accueillir tous
ceux qui le souhaitent sans aucun contrôle, et les faire bénéficier
de nos régimes sociaux très favorables. Tous les droits pour les « enfants
des victimes de la colonisation », aucun devoir, en retour leurs aïeux
ayant déjà donné… Voilà pour la version d’extrême gauche. Une
version plus modérée, mais dans le même esprit, est répandue chez
nombre de responsables socialistes. Il ne s’agirait plus pour la France,
d’assimiler, comme elle l’a fait pendant des siècles, des populations
venues d’ailleurs pour faire, avec elles – à égalité de droit
et de devoirs entre les anciens et les nouveaux arrivants – une culture
française collective et contribuer à un Génie national propre. Au
contraire, la France devrait devenir une nation multiculturelle, dans
laquelle les arrivants et leurs descendants pourraient vivre dans leur
propre culture – à côté de la culture française d’origine –
une vie rythmée par les programmes des chaines satellites du pays d’origine
de leurs anciens. À la société française d’aplanir d’éventuelles
difficultés, liées au plein exercice de leurs coutumes ou cultes parfois
exigeants. Cette société désarticulée, qui est bien souvent celle
qui prévaut dans les banlieues de nombre de grandes villes, il n’est
pas besoin de grands efforts pour la généraliser au pays tout entier,
mais quel avenir aurait-elle. Le chaudron ainsi créé, éclaterait
vite…
Dans les deux
cas, ce qui frappe, c’est le renoncement à la France.
- On ne fera pas la
France de demain en imposant à ceux qui la rejoignent de renier leur
culture ou leur passé. On ne leur imposera pas de relire l’histoire
du seul point de vue des colonisateurs notamment. Ceux qui proclament
cela ont déjà renoncé, il n’est qu’à lire le fait que, bien
souvent, ils présentent la France comme envahie, voire asservie par
les étrangers. Il n’y a pas d’espoir dans cette voie.
- On ne fera pas plus
la France de demain en l’abaissant, comme si elle n’avait plus la
force de parler à d’autres civilisations, comme si elle n’avait
plus rien à dire au monde, ni même à ceux qui la rejoignent venant
de tant de régions différentes.
La voie que
nous proposons ne renonce pas à l’assimilation, mais au sens
plein du terme. C’est d’une double assimilation qu’il s’agit,
et c’est cela qui a « fait France » pendant tant de siècles. Jusqu’au
milieu du XX° siècle, la France a su assimiler l’apport culturel
et civilisationnel que portaient avec eux les nouveaux arrivants, et
leur faire bénéficier en retour de ce génie spécifique qui ne s’est
jamais dissout dans un pays ou la nationalité n’a jamais été liées
à la couleur de la peau, ni la religion, ni l’origine, mais à la
volonté de vivre ensemble.
Il faut retrouver
cette dynamique que les difficultés de la décolonisation ont un temps
interrompue. Il faut retrouver la force de montrer aux
jeunes générations issues de l’immigration quel avenir prometteur
la France peut leur proposer si ils jouent le jeu de la construire pleinement,
sans renoncer en rien à leur histoire, à leur origine, ou leur religion,
ce que la France n’a jamais demandé à personne. Il faut retrouver
la force de montrer aux anciens combien cette jeunesse va contribuer,
elle aussi, à faire de la France un pays moderne capable de garder
son haut niveau de solidarité et de protection sociale.
Ce sont, notamment,
les initiatives et les mesures pratiques qui permettront d’aller dans
ce sens que La Gauche Moderne défendra au sein de la majorité présidentielle,
comme elle les expliquera dans le cadre du débat d’ensemble qui s’engage.
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