Comment se porte votre mouvement?
Il
progresse. Nous sommes encore petits mais nous sommes désormais
présents dans toute la France. Nous avons 150 conseillers municipaux
depuis les Municipales de 2008 et deux députés de la Gauche Moderne ont
été élues lors des Européennes. Nous avons eu la capacité de présenter
des candidats crédibles aux Européennes, et nous l’aurons aux Régionales. C’est la preuve que nous sommes peut être une petite
formation politique mais une formation qui existe réellement sur le
terrain.
Diriez-vous que votre mouvement a réellement trouvé sa place sur l’échiquier politique?
Je
ne peux pas dire ça. La Gauche Moderne trouvera vraiment et durablement
sa place quand il se sera renforcé, quand il aura une influence, un
poids plus important, une capacité à produire des idées. Nous bossons,
nous avons un vrai corps de doctrine mais nous sommes encore trop
faibles. On ne nous entend pas assez. Nous sommes au milieu du gué,
nous avons accompli beaucoup de chemin depuis un an, où certains
prédisaient que dans six mois, nous ne serions plus rien. Je prends le
pari qu’après les régionales, nous serons encore mieux implantés dans le
paysage et en 2012, vraiment inscrits, respectés. J’espère que nous
aurons des parlementaires, que nos idées, nos propositions soient
reconnues.
"Un coup de gueule utile"
A court terme, quelle est votre ambition pour les élections régionales?
Aux Européennes, nous avons eu une stratégie réaliste: on n’avait
demandé aucune place éligible. Certains avaient souri à l’époque, mais
finalement, nous avons deux élues. Il faut savoir prendre des risques
quand on est petit... Là, nous avons la capacité d’avoir des places
éligibles dans certaines régions où nous sommes assez fort, comme
l’Ile-de-France ou l’Alsace. Dans d'autres, on jouera le succès: si on
gagne, on est élu, si on perd, on ne l’est pas. Et là où nous sommes
plus faibles, nous serons "pousseurs", pour marquer notre présence,
notre soutien. C’est une stratégie réaliste et appréciée. A l’UMP, nous
sommes vus comme des alliés libres indépendants mais fiables.
Se revendiquer de gauche, dans une majorité à droite, vous vous êtes habitué?
Nous
ne sommes pas une sensibilité de l’UMP comme peuvent l’être les
Progressistes ou le Parti radical, qui pratiquent la double adhésion.
Nous sommes autre chose, nous ne sommes pas associés à l’UMP, au même
titre que le Nouveau Centre. Nous sommes la formation politique
indépendante, alliée à la majorité, qui symbolise sur le plan d’une
formation politique l’aile gauche de la majorité.
Je parle
beaucoup avec les travaillistes britanniques, les sociaux-démocrates
allemands ou les socialistes italiens: partout nous sommes considérés
comme un élément de la gauche européenne, certes allié avec la droite
dans un contexte particulier, celui de la politique de réforme menée
par le président Sarkozy. Il n’y a qu’en France qu’on se fait insulter
de traître. Ailleurs on comprend, voire cela paraît assez naturel, car
beaucoup de députés socialistes européens se sentent plus proches de
nos idées ou de celles de Sarkozy, que de celles du PS français. Dans
cette majorité, nous voulons garder cette sensibilité propre, la
liberté de ne pas être d’accord, voire si vraiment on n’est pas
d’accord, de partir. Mais c’est aussi ce qui donne de la valeur à notre
soutien.
Et
vous pensez que ce positionnement vous permettra d’attirer à vous des
socialistes déçus par ce qui se passe au PS, comme vous l’avez souhaité
ce week-end?
Nous
pouvons attirer l’électorat de gauche qui se détourne du PS, qui se
pose des questions, qui ne se retrouve pas dans le caractère trop
dogmatique des Verts et qui ne rejette pas en bloc tout ce que fait le
gouvernement. Pour tous ces socialistes déçus, nous pouvons être, comme
je l’ai dit, "un permis de voter". Un marqueur. Le fait que nous soyons
au gouvernement montre qu’ils ne sont pas tout seuls à se poser des
questions. Ils peuvent voter pour des gens de la majorité qui pensent
comme eux et ont toute leur place au sein du gouvernement. Evidemment
je parle de ceux qui se sentent proche de la grande tradition
européenne de centre gauche. Ce qui peut être appelé la droite du PS en
France et qui serait appelé partout en Europe l’axe de la gauche.
Vous ne vous opposez peut-être pas assez pour attirer des électeurs socialistes, mêmes déçus…
S’opposer
pour s’opposer, sans que cela ait d’effets ensuite, cela ne nous rendra
pas plus crédibles. Nous sommes d’abord une force de proposition. A
plusieurs reprises, ce qu’on a pu dire a contribué à des réformes,
comme sur la flexi-sécurité. Lorsque Philippe de Villiers a intégré le
comité de liaison de la majorité, je crois que mon coup de gueule a été
utile. J’avais dit que pour que ce rassemblement fonctionne, il ne
fallait pas être négatif comme Philippe de Villiers, qui ne disait à
l’époque que vouloir être "contre" la gauche. J’avais souligné qu’il
fallait aussi être "pour", construire quelque chose de manière durable.
Ça a été entendu. Cela dit, nous restons vigilants et attentifs. Mais
je n’ai pas de raison non plus d’être sectaire a priori sur Philippe de Villiers, puisqu’on ne l’a pas été avec moi.
Maud Pierron



