S'il se revendique toujours "homme de gauche", Jean-Marie Bockel est resté fidèle au gouvernement Fillon, qu'il a rejoint au nom de l'ouverture chère à Nicolas Sarkozy. Après un an de mandature, le fondateur du parti Gauche moderne dresse pour leJDD.fr un premier bilan de l'action du chef de l'Etat. En n'oubliant pas d'adresser une petite pique à ses anciens camarades socialistes.En un mot comment définiriez-vous la première année de mandat de Nicolas Sarkozy?(Long silence) Studieuse, car on a beaucoup travaillé. J'aurais aussi pu dire laborieuse, car cela comporte également une notion d'efforts, mais le côté péjoratif ne me plaît pas, on va donc rester sur "studieuse". Je trouve que cela colle bien à l'activité du gouvernement depuis un an.
Le style de Nicolas Sarkozy a également beaucoup fait parler...Oui, mais ça y est, le correctif a eu lieu et cette image de départ va peu à peu s'estomper, j'en suis convaincu. Maintenant, on est centré sur les questions de fond, à savoir les réformes. Si je suis entré au gouvernement, et si je compte y rester, c'est justement en raison de cette idée de reforme juste. J'ai longtemps attendu que le Parti socialiste soit porteur de cette modernisation de la société que j'appelle de mes voeux depuis longtemps. Cela n'a pas été le cas donc je suis parti. Et en tant qu'homme de gauche, je souhaite plus que tout continuer sur la voie de la réforme, il ne faut surtout pas s'arrêter en chemin.
A titre personnel, on dit que vous avez été sanctionné par le chef de l'Etat pour avoir manifesté trop d'impatience à en finir avec la Françafrique *...Vous aurez remarqué que je me suis abstenu de tout commentaire depuis mon changement de poste, ce n'est pas pour en parler aujourd'hui....
Mais Nicolas Sarkozy avait annoncé une rupture...(Il coupe) J'ai fait ce que j'avais à faire et dit ce que j'avais à dire. Et je pense que ce que j'ai dit a eu son utilité pour faire bouger les choses.
"Des erreurs dans la pédagogie de la réforme"Pour en revenir au PS, en tant que ministre d'ouverture, pensez-vous que Nicolas Sarkozy a contribué à une évolution du Parti? D'une certaine façon oui. Je pense que la volonté farouche du président de réformer -en en payant le prix fort en termes de popularité- a dû au moins les interpeller et leur montrer la nécessité de changement.
Ce qui a donc abouti à "une déclaration de principes" qui consacre l'économie de marché et renie les ambitions révolutionnaires du PS?Franchement, je ne pense pas, car c'est quelque chose que, personnellement, je réclamais depuis plus de dix ans. Et c'est ce que disent tous les sociaux-libéraux européens depuis plus de trente ans, donc il n'y a rien d'exceptionnel là-dedans. Pour moi, c'est un premier pas, certes, mais ce n'est pas suffisant. Je pense que ce ne sera qu'un nettoyage de façade.
Vous avez quitté le PS en raison de son refus de s'adapter au social-libéralisme. Pourriez revenir dans le giron socialiste si une avancée était faite dans ce domaine?Aujourd'hui, je suis dans l'état d'esprit d'être un allié libre et loyal du président de la République. Et je ne suis pas quelqu'un qui regarde en arrière. Et quand bien même, je ne vois pas de signaux tangibles marquant une possible inflexion de la politique socialiste depuis mon départ.
Certains leaders, comme Manuel Valls, cherchent pourtant à faire bouger le curseur vers le centre.Oui, vous avez raison, mais ces idées, je les portais déjà il y a dix ans, et voyez ce qu'il s'est passé... Dès lors, je ne suis pas du tout convaincu que Manuel Valls soit entendu. Je le crains pour lui.
Les réformes lancées ne sont-elles pas menées de façon un peu trop dure pour être acceptées par les Français? On ne peut pas nier qu'il y a eu des erreurs de faites dans la pédagogie de la réforme ou dans la communication. Rien que le terme de paquet fiscal était une erreur, même si c'est toujours plus facile de le dire avec le recul. Concernant le RSA, avec lequel je suis en phase, je comprends que cela fasse débat, mais c'est pourtant une réforme juste, dont le contenu n'est pas à remettre en cause, même si son financement peut faire grincer des dents. C'est d'ailleurs la même chose pour le si critiqué paquet fiscal qui, finalement, concerne essentiellement les classes moyennes.
"Je comprends la mauvaise humeur des Français"Ce n'est donc pas la réforme qui pose problème mais la façon d'en parler?C'est un peu ça oui... De toute façon, en France, si on ne réforme pas, on est impopulaire et si on réforme... on est encore plus impopulaire! La vérité, c'est que, comme l'ont fait nos voisins européens depuis quelques années, il faut accepter d'être impopulaire pour faire changer les choses. Commençons par bien finir cette législature et on jugera sur pièce à ce moment-là.
La baisse de popularité du chef de l'Etat vous inquiète-t-elle dans cette course aux réformes?Pas du tout. Tout simplement car il n'y a aucune alternative crédible à ce que l'on propose. Même s'il y a bien quelques grèves, je constate qu'il n'y a pas en France de grands mouvements sociaux capables d'influer le cours des évènements. Nous ne sommes pas dans un climat qui pourrait constituer un frein aux réformes. Les Français les critiquent beaucoup, mais ils savent aussi que réformer est indispensable. Je comprends leur mauvaise humeur. Il ne faut pas être sourd aux revendications de la rue, bien au contraire. Je constate d'ailleurs qu'il y a rarement eu autant de dialogue avec les syndicats qu'en ce moment, ce qui est indispensable pour trouver les bonnes solutions pour tous.
Au final, regrettez-vous parfois d'avoir rejoint la majorité présidentielle?Qui n'a jamais eu de doutes? Le jour où je ne douterai plus, je commencerai à m'inquiéter sérieusement. Mais je ne regrette rien, et ce n'est surtout pas le Parti socialiste tel qu'il est aujourd'hui qui va me faire regretter... Non, franchement, j'éprouve une certaine fierté à faire partie de ce gouvernement réformateur.
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Alors secrétaire d'État chargé de la Coopération et la Francophonie, Jean-Marie Bockel demandait publiquement le 15 janvier 2008 au Président, conformément aux promesses de celui-ci, d'accentuer la fin de la Françafrique. Après les élections municipales, le maire de Mulhouse était "muté" aux Anciens combattants.